Le bras de fer qui se déroule actuellement au sein – et autour – du gouvernement peut paraître quelque peu déplacé et même vulgaire dès lors qu’on jette un coup d’œil sur ce qui se passe dans la région et en particulier à nos frontières.
En apparence, le décalage est énorme, et l’on est en droit de se demander si, après tout, il n’y aurait pas quelque part un lien entre ces vagues que provoque chez nous un décret sur les indemnités de transport et l’ambiance de Troisième Guerre mondiale – le mot est d’un revenant, Henry Kissinger – qui commence à prévaloir aux Proche et Moyen-Orient.
Il est vrai, cependant, qu’en héritiers des bonnes vieilles habitudes phéniciennes, des Libanais ne jugent pas superflu de temps en temps de se chipoter les parts du fret pendant que le bateau coule...
Pour le moment, c’est le régime d’à côté qui prend une allure de Titanic à la verticale, et si au sein du gouvernement libanais on se dispute quelque chose, ce sont les bouées de sauvetage.
Tout le monde a les yeux rivés sur les législatives de 2013. Et tout le monde semble se dire que, peut-être, ces élections-là se dérouleront pour la première fois depuis très longtemps en l’absence d’un Assad dans le voisinage immédiat. Il faut donc, dès à présent, prendre ses marques, sauter à l’eau, savoir flotter jusqu’à cette rive qui, bien qu’encore lointaine, s’annonce déjà pour d’aucuns comme étant celle de la dernière chance. La porte du paradis ou le néant. À jamais...
C’est dans cette perspective qu’il convient de comprendre la partie qui se joue actuellement entre les composantes gouvernementales sur fond de querelles autour des nominations et d’un ministre frondeur. S’agissant de ce dernier, l’affaire – on le sait – ne s’est corsée qu’en cours de route, alors que la suspension des travaux du Conseil des ministres avait été décidée quelques séances après son refus de contresigner le décret sur l’indemnisation des salariés au titre des transports.
Pourquoi, dès lors, a-t-on choisi de se focaliser sur cette question particulière, sachant qu’il serait difficile de lui trouver une issue sans qu’il n’y ait de vainqueur et de vaincu ? Peut-être, tout simplement, parce que quelqu’un, au sein du gouvernement, a voulu qu’il y ait plus ou moins clairement un vainqueur et un vaincu avant que les réunions du cabinet ne soient reprises.
Or les portraits du vainqueur et du vaincu dans cette affaire s’étaient déjà dessinés lors de l’entrevue du chef du CPL, le général Michel Aoun, avec le président de la Chambre, Nabih Berry, la semaine dernière. Ce dernier lui avait clairement fait savoir qu’il ne pourrait être question, pour cause de séparation des pouvoirs, que le Parlement offre un alibi sur un plateau d’argent au ministre du Travail, Charbel Nahas, en votant l’une des propositions de loi actuellement à l’étude sur la question des indemnités. Tant que le point restera en suspens au niveau de l’exécutif, le Parlement ne s’y prononcera pas. Ce qui signifie que M. Nahas devra signer le décret avant la séance de législation prévue demain mercredi.
Signer avant entraîne l’humiliation du ministre du Travail et du bloc du Changement et de la Réforme ; après, celle du Premier ministre et du trio « centriste » au sein du gouvernement. Alors que faire ? À moins d’ajourner les deux à la fois – signature du ministre et vote au Parlement –, il faut très vite trouver de quoi maquiller la défaite en victoire.
Le général Aoun aurait promis à M. Berry d’« arranger l’affaire » avant mercredi. Jusqu’à hier soir, rien n’était encore certain, si ce n’est que d’une façon ou d’une autre, M. Nahas allait finir par s’exécuter. Comment ? On ne le sait pas encore, mais il était question d’une mise en scène en préparation.
C’est dire que dans l’affaire, ce ne sont pas exactement les intérêts des salariés qui sont pris en compte. Pas plus d’ailleurs que ceux de la République, puisqu’au sein même du bloc du Changement et de la Réforme, certains, comme le député du Tachnag Agop Pakradounian, n’hésitent pas, d’ores et déjà, à dire de ce gouvernement qu’il est « parmi les plus nuls »...
Pour le moment,...


M. Sabat, je sais que votre discours est adressé directement à nos dirigeants, et vous avez bien raison. Mais ce qui m'inquiète c'est que, démission ou pas démission, nous assistons à tout ce ramdam pour une simple question d'indemnités de transport, et ce après des mois d'immobilisme. Que vont-ils nous offrir comme spectacle lorsqu'il s'agira de sujets un peu plus pointus ? Quand on lit votre plan, on ne peut qu'y adhérer, mais comment ne pas être sceptique quant aux capacités de nos dirigeants pour les appréhender ?
16 h 01, le 21 février 2012