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Quand parlent les chiffres

L’Assemblée générale des Nations unies, c’est le lieu où chaque État a entière latitude de dire ce qu’il pense de telle ou telle situation, que l’affaire le concerne de près, de loin ou même pas du tout : c’est, par excellence, le forum du monde. Ses résolutions tiennent plutôt de la recommandation, du moment qu’elles ne revêtent aucune force exécutoire ? Si cet organe est donc dénué de crocs, ses coups de griffe ne laissent personne insensible, tant ses verdicts traduisent en effet les sentiments et préoccupations non pas tant des colosses militaires ou économiques mais du gros de l’humanité, du commun des mortels éparpillés aux quatre coins de la planète.

Un pays, un vote : au sein de l’Assemblée générale, l’atoll de Kiribati, Trinité-et-Tobago, le Luxembourg ou Vanuatu pèsent tout autant que les grandes puissances car le droit de veto n’y a pas cours comme au Conseil de sécurité où à deux reprises, en l’espace de quelques mois, la Russie et la Chine ont aisément bloqué des projets de résolutions flétrissant la barbare répression exercée contre les révolutionnaires de Syrie. Doublement significatif néanmoins, chiffres à l’appui, est le verdict rendu jeudi au Palais de Verre de Manhattan, même si le régime Assad n’en a eu cure, allant jusqu’à redoubler de férocité face aux rebelles.

Sur 193 États siégeant à l’ONU, non moins de 137 ont ainsi reconnu la criminelle culpabilité de ce régime : voilà qui fait plus de 70 % des membres, proportion atteignant même 82,5 % si l’on ne tient compte que des seules délégations présentes à cette séance en tout point historique. Ce décompte illustre de la plus évidente des manières l’effroyable isolement qui frappe en ce moment l’une des dictatures les plus sanguinaires de cette région du globe. Mais il en dit long aussi sur la nature et les états de service de ces gouvernements qui s’acharnent à protéger la sanguinaire dérive baassiste. Quels sont-ils ainsi ces quelques défenseurs de la veuve et de l’opprimé qui ont rejoint Moscou et Pékin dans leur refus de condamner Damas ? Ce sont, entre autres, des États aussi recommandables et fréquentables, aussi notoirement épris de démocratie que la Corée du Nord, l’Iran, Cuba et le Venezuela de Hugo Chavez.

Mais les deux manieurs de veto eux-mêmes préservent-ils vraiment leurs intérêts bien compris quand ils se placent dans une position aussi inconfortable et qui pourrait s’avérer intenable à la longue ? Ce n’est pas en s’obstinant à défendre l’indéfendable qu’un Kremlin désoviétisé certes, en rupture avec l’imposture communiste, c’est vrai, mais déjà contesté à l’intérieur en raison de ses rapports avec la mafia, peut espérer séduire les peuples et regagner de la sorte sa stature d’antan. Et si le prodigieux essor économique de la Chine ne peut que forcer l’admiration, ses références en matière de démocratie, ce n’est jamais, jusqu’à nouvel ordre... que du chinois.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

L’Assemblée générale des Nations unies, c’est le lieu où chaque État a entière latitude de dire ce qu’il pense de telle ou telle situation, que l’affaire le concerne de près, de loin ou même pas du tout : c’est, par excellence, le forum du monde. Ses résolutions tiennent plutôt de la recommandation, du moment qu’elles ne revêtent aucune force exécutoire ? Si cet organe est donc dénué de crocs, ses coups de griffe ne laissent personne insensible, tant ses verdicts traduisent en effet les sentiments et préoccupations non pas tant des colosses militaires ou économiques mais du gros de l’humanité, du commun des mortels éparpillés aux quatre coins de la planète.Un pays, un vote : au sein de l’Assemblée générale, l’atoll de Kiribati, Trinité-et-Tobago, le Luxembourg ou Vanuatu pèsent tout autant que...