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Liban - Secours

Les bénévoles de la Défense civile parlent de leur métier

Ils ont travaillé durant 32 heures à la recherche de survivants lors de l’effondrement de l’immeuble de Fassouh. À chaque incident, les hommes de la Défense civile se mobilisent, donnant le meilleur d’eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux sont entièrement bénévoles.

Les volontaires de la Défense civile, de gauche à droite : Fadi Kassas, Youssef Mallah et Mohammad Itani.

Aïn el-Remmaneh, le bâtiment qui abrite le siège de la Défense civile. C’est ici que l’on centralise les grosses opérations de secours sous la supervision du directeur des opérations, Georges Bou Moussa. C’est un homme de terrain, qui reste sur place, sans jamais se reposer, et qui donne beaucoup de courage aux équipes, les hommes le prenant pour exemple à suivre.
L’immeuble de Fassouh n’était pas le premier effondrement où la Défense civile est intervenue au cours de ces dernières années. Il y avait eu notamment des effondrements à Kahalé, à Mousseitbé et à Zouk. Mais c’était le premier accident du genre où l’on compte un nombre aussi élevé de victimes, au total 27 tués.
Pour dégager les décombres à Fassouh, les membres de la Défense civile ont travaillé durant 32 heures, du dimanche 15 janvier à 17h20, au mardi 18 janvier à 1h30.
Selon les équipes présentes sur place, la façon avec laquelle le bâtiment s’est effondré, s’effritant comme un biscuit, a provoqué la mort immédiate de nombre de ses habitants. Il n’y avait pas d’alvéoles et de cavités donnant la possibilité aux victimes d’avoir des passages d’air leur permettant de respirer et de survivre. L’espoir de trouver des survivants était donc réduit.


Quatre hommes, tous volontaires, qui participent régulièrement aux opérations de secours, nous ont parlé de leur expérience à Fassouh et ailleurs.


Youssef Mallah a rejoint les rangs de la Défense civile en 1989. Il est bénévole. Il note : «Notre première mission était de rechercher des survivants, même si parfois l’espoir était réduit...»
S’il a choisi d’être volontaire de la Défense civile, c’est parce que sa propre mère avait été blessée, non loin de l’avenue Béchara el-Khoury, durant la guerre, et que les secours avaient tardé à arriver. Une fois adulte, il avait décidé d’aider ceux qui avaient besoin d’être secourus.


«Pour moi les véritables héros sont les secouristes de la Défense civile, ceux qui accourent sous les bombes et les obus, ceux qui bravent les snipers et les flammes», dit-il, avant d’ajouter: «Ce n’est pas l’argent qui nous motive, nous voulons juste aider les autres. Notre métier est une mission.»


Mohammad Itani est graphic designer. Il a rejoint les rangs de la Défense civile en 2000. Depuis qu’il était petit il aimait l’action humanitaire. «De plus, c’est un vrai boulot d’hommes», explique-t-il.
Concernant l’immeuble de Fassouh, il souligne: «Nous sommes restés là-bas 32 heures. Durant les quelques premières heures nous avons pu retirer des survivants des décombres. Nous avons tout de suite remarqué, vu la manière de l’effondrement de l’immeuble, qu’il n’y avait plus de cavités qui permettent de garder l’espoir, l’immeuble s’est effondré comme un biscuit, il s’est tout simplement effrité.»
«Ce que je n’oublierai jamais à Fassouh, c’est la famille Farhat, les trois jeunes hommes morts avec leur père», ajoute-t-il.
Il souligne que le site de Fassouh était certes éprouvant vu le nombre des victimes. Mais sur le plan humain, le plus difficile était, selon lui, de traiter avec les suicidés de Raouché. «Récupérer les corps des morts est un peu plus facile que le fait de dissuader des personnes qui veulent se suicider et se jeter de la falaise. Je l’ai fait je pense à sept reprises, et c’est très éprouvant de parler avec quelqu’un qui a décidé mourir», confie-t-il.


Joseph Abou Chaïa est le chef du centre de la Défense civile à Antélias. Lui aussi est bénévole. Il a rejoint les rangs de la Défense civile en 1989. Quelques mois auparavant, il avait secouru sept militaires blessés devant lui par un obus. «Je les avais transportés à l’hôpital», se souvient-il. «De mon temps aussi, c’était le seul moyen pour un jeune homme d’exercer des activités sociales sans pour autant appartenir à un parti politique», dit-il.


Évoquant le drame de Fassouh, il souligne: «Quand j’ai vu l’immeuble qui s’était effondré en mille-feuille, ne laissant aucun espace libre, j’ai su que nous n’allions pas trouver beaucoup de survivants. Les deux derniers étages sont tombés vers l’arrière, alors que les niveaux moins élevés se sont effondrés vers l’avant.»


«Nous avons divisé l’espace en cinq zone et nous étions 300 à travailler. Nous avons utilisé les caméras, les écouteurs, des coussins spéciaux qui peuvent soulever des tonnes de pierres et les chiens policiers. Mais très vite nous avons compris que le bâtiment s’est effondré sans laisser d’alvéoles permettant aux personnes sous les décombre de respirer et de survivre», ajoute-t-il. «Mais dans notre travail, il ne faut jamais perdre espoir et nous continuons toujours jusqu’au bout», martèle-t-il.


Fadi Kassas est bénévole lui aussi. Il travaille à l’EDL. Il souligne que devant les catastrophes chacun, inconsciemment, peut devenir bénévole.
«Pour Fassouh, nous étions les premiers à arriver sur place. C’était atroce, un immeuble de six étages a été réduit à quatre mètres de hauteur. Tout s’était effondré. Les seuls survivants étaient ceux qui habitaient les étages supérieurs. Il n’y avait pas d’alvéoles», dit-il.


«Nous avons travaillé 32 heures. Nous étions à 95% sûrs qu’il n’y aurait pas de survivants. C’est le plus mauvais type d’effondrement. L’immeuble est construit en pierre de sable et on n’a même pas trouvé les restes des piliers. C’est moi qui ai retrouvé sous les décombres les deux jeunes de la famille Farhat qui portaient leur père sur une chaise, le troisième frère était dans un autre endroit de l’appartement», raconte-t-il.


L’opération qu’il n’a jamais oubliée? Celle d’un incendie dans une maison de Aïn el-Remmaneh. «C’était Noël et une bougie avait incendié tout un appartement où trois enfants âgés de 2, 4 et 6 ans dormaient. La maison était en feu, la maman s’était rendue chez les voisins, nous avions sorti les petits intacts des flammes», se souvient-il.
«Bien sûr que l’on n’oublie pas. Tout reste gravé quelque part dans notre cerveau. Parfois, comme c’était le cas à Fassouh, on rentre à la maison et on ne s’endort pas très facilement. Pour lutter contre ce stress, nous parlons des incidents entre nous», confie-t-il.


Tous se souviennent de Harès Abdo, seul survivant d’un effondrement, il y a deux ans, d’une usine à Zouk. Sept étages ont été démolis au-dessus de lui.
«Quand nous l’avions retrouvé en vie, avant de le secourir, il nous a demandé: qui a gagné le match de foot ce soir? Il était fan de l’équipe allemande. Il nous avait parlé de tout et de rien durant des heures, c’est lui qui nous avait donné courage au lieu que ce soit le contraire. Quelques semaines après l’accident, nous nous sommes rendus chez lui, tellement il était exceptionnel», raconte Youssef.


Youssef, Mohammad, Joseph et Fadi ont pris part à des sessions de formation données par des experts français dans le cadre d’un projet de coopération avec l’ambassade de France et le PNUD.


Ariane Elmas, chef de projet au sein du PNUD, a indiqué que durant deux ans, grâce à un projet conjoint de l’institution onusienne et de la France, la Défense civile a bénéficié de six formations pour équipiers et chefs de groupes. Deux ensembles nécessaires à la gestion des catastrophes lui ont été remis dans le cadre de cette coopération.

Aïn el-Remmaneh, le bâtiment qui abrite le siège de la Défense civile. C’est ici que l’on centralise les grosses opérations de secours sous la supervision du directeur des opérations, Georges Bou Moussa. C’est un homme de terrain, qui reste sur place, sans jamais se reposer, et qui donne beaucoup de courage aux équipes, les hommes le prenant pour exemple à suivre. L’immeuble de Fassouh n’était pas le premier effondrement où la Défense civile est intervenue au cours de ces dernières années. Il y avait eu notamment des effondrements à Kahalé, à Mousseitbé et à Zouk. Mais c’était le premier accident du genre où l’on compte un nombre aussi élevé de victimes, au total 27 tués. Pour dégager les décombres à Fassouh, les membres de la Défense civile ont travaillé durant 32 heures, du dimanche 15 janvier...
commentaires (3)

héros méconnus, et souvent mal récompensés

Talaat Dominique

05 h 31, le 15 février 2012

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Commentaires (3)

  • héros méconnus, et souvent mal récompensés

    Talaat Dominique

    05 h 31, le 15 février 2012

  • Témoignages émouvants de ces héros de la Défense civile, au milieu de délires intarissables.

    Halim Abou Chacra

    04 h 27, le 15 février 2012

  • Les anges existent.Le courage et la foi de ces hommes est exceptionnelle. Que Dieu les protegent dans leurs missions. Et merci de nous inspirer...

    Rbeiz Joanna

    01 h 40, le 15 février 2012

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