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Liban - Éclairage

« La neutralité positive » à l’épreuve des développements

Les développements en Syrie et dans l’ensemble de la région rendent chaque jour un peu plus difficile la position du gouvernement libanais, qui a déjà fort à faire avec les dossiers internes. Les éléments qui ont filtré de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères arabes au sujet des sarcasmes adressés par le ministre saoudien Saoud el-Fayçal à son homologue libanais Adnane Mansour (qui avait réclamé le retour du représentant de la Syrie aux réunions) mettent en évidence la délicatesse de l’attitude du Liban qui se veut favorable au régime, mais de loin en loin, rejetant les sanctions, mais s’abstenant de voter sur les sujets délicats. Cette politique dite « de neutralité positive », qui vise en réalité à mettre à l’abri le Liban des conséquences éventuelles des développements en Syrie, fait chaque jour l’objet de nombreuses critiques, de la part du 14 Mars, mais aussi des partisans du régime syrien.


C’est ainsi qu’au cours d’une des réunions du Conseil des ministres à Baabda, le ministre Ali Kanso a critiqué la tenue du Congrès de l’Escwa sur la démocratisation du monde arabe à Beyrouth et l’utilisation par le secrétaire général des Nations unies d’une tribune libanaise pour s’en prendre au régime syrien. Ce qui a poussé le président Michel Sleiman à riposter immédiatement en affirmant que les positions du Liban sont claires mais qu’il n’a pas non plus intérêt à attaquer le secrétaire général des Nations unies. En même temps, au cours de sa visite au Qatar, le leader druze Walid Joumblatt a entendu un discours qui souhaiterait que le Liban soit beaucoup plus offensif à l’égard du président syrien Bachar el-Assad. le chef druze a d’ailleurs multiplié les critiques à l’égard de Damas, tout en saluant la politique officielle libanaise de rester neutre au sujet du dossier syrien. De son côté, le Premier ministre Nagib Mikati reçoit régulièrement des conseils de la part d’interlocuteurs arabes et occidentaux sur la nécessité de se tenir aux côtés du peuple syrien et de jouer un rôle plus actif contre le régime.


Sur le terrain, la pression est tout aussi forte, les incidents se multipliant au Nord, transformé pratiquement en poudrière. Devenu la seule base arrière possible, après la quasi-fermeture de la frontière avec la Jordanie et les limites de l’utilisation de la frontière avec la Turquie, le Liban-Nord est le théâtre quotidien d’incidents liés aux développements en Syrie. Outre les tirs des deux côtés de la frontière et les victimes tantôt syriennes, tantôt libanaises, l’arrestation vendredi dernier de cheikh Abdallah Hussein, qui avait dans son prêche appelé les « bons musulmans » à refuser de s’enrôler dans l’armée, a fait encore monter la tension, au point de pousser le Premier ministre à demander sa remise en liberté pour calmer les esprits échauffés et pousser les manifestants à se retirer des rues de la capitale du Nord. Les discours enflammés au sujet de la réhabilitation de l’aéroport de Kleïate, qualifié par certains extrémistes « d’aéroport des sunnites » en opposition à l’aéroport de Beyrouth accusé d’être sous le contrôle des chiites, sont loin d’arranger les choses et montrent l’ampleur de la tension confessionnelle au Liban.
Les appels à l’armée pour contrôler les frontières avec la Syrie ont aussi montré qu’il s’agit essentiellement de surenchère politique, la troupe n’ayant pas pu accomplir sa mission à Ersal où elle devait arrêter un individu (membre présumé d’el-Qaëda) faisant l’objet de plusieurs mandats d’arrêt. Elle s’est aussitôt heurtée aux habitants qui, selon leur version, ont pris les éléments des services de renseignements de l’armée pour des militants du Hezbollah parce qu’ils étaient en civil. Au Nord aussi, ceux qui s’en prennent à l’armée ne sont pas inquiétés parce qu’ils utilisent le langage confessionnel et évoluent dans un environnement qui leur est favorable. D’ailleurs, depuis la polémique entre le ministre de la Défense et le courant du Futur à la suite de l’incident de Ersal et de la controverse sur une présence présumée d’éléments d’el-Qaëda au Liban, il est devenu clair que l’armée n’a pas les coudées franches. Pour agir fermement, elle a besoin d’une couverture politique qui fait pour l’instant défaut et qui, face à la division du pays, ne peut être assurée.
Enfin, les rumeurs sur la présence au Nord des « ingénieurs » iraniens arrêtés par l’opposition en Syrie augmentent encore la pression sur les autorités libanaises, tiraillées entre, d’un côté, le 14 Mars qui pousse vers la transformation du Liban en base de soutien de l’opposition syrienne, et, de l’autre, dans ce cas précis, l’ambassadeur d’Iran qui a réclamé hier l’ouverture d’une enquête sur le sujet.


Dans un contexte aussi sensible et tendu, le Premier ministre ne peut que jouer les équilibristes, s’abritant derrière la fameuse politique « de neutralité positive » et cherchant à naviguer dans des eaux plus que troubles. Prendre ouvertement le parti de l’un ou l’autre des camps syriens signifie l’éclatement du Liban, alors que le pays est tellement divisé et que la tension est si grande entre les deux camps. En dépit des critiques qu’on peut lui adresser, la politique des autorités serait donc la plus sage. Mais jusqu’à quand celles-ci pourront-elles tenir face aux pressions de développements de plus en plus violents ?

Les développements en Syrie et dans l’ensemble de la région rendent chaque jour un peu plus difficile la position du gouvernement libanais, qui a déjà fort à faire avec les dossiers internes. Les éléments qui ont filtré de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères arabes au sujet des sarcasmes adressés par le ministre saoudien Saoud el-Fayçal à son homologue libanais Adnane Mansour (qui avait réclamé le retour du représentant de la Syrie aux réunions) mettent en évidence la délicatesse de l’attitude du Liban qui se veut favorable au régime, mais de loin en loin, rejetant les sanctions, mais s’abstenant de voter sur les sujets délicats. Cette politique dite « de neutralité positive », qui vise en réalité à mettre à l’abri le Liban des conséquences éventuelles des développements en...
commentaires (3)

A quand la véritable "neutralité positive", clairement déclarée et reconnue internationalement, celle qui est un statut politique en soi et qui pourra donner au Liban sa véritable dimension de terre de cohabitation permanente intercommunautaire et multiculturelle, une terre message qui assume sa réalité et qui l'impose à tous sans ambiguité. Revenant à votre article, Madame, il y est question, pour être précis, d'une "neutralité négative" et non d'une "neutralité positive", car elle décrit l'attitude d'un pouvoir "fuyant, honteux et faible", face à l'arrogance d'un régime que nous ne qualifierons pas, laissant à son peuple le soin de le faire...! Il faut éviter les amalgames et les mauvaises excuses, l'objectivité consiste à toujours dire la vérité et non à transformer les lecteurs en complices de la triste réalité que vit le pays ces dernières années...!

Salim Dahdah

04 h 48, le 30 janvier 2012

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Commentaires (3)

  • A quand la véritable "neutralité positive", clairement déclarée et reconnue internationalement, celle qui est un statut politique en soi et qui pourra donner au Liban sa véritable dimension de terre de cohabitation permanente intercommunautaire et multiculturelle, une terre message qui assume sa réalité et qui l'impose à tous sans ambiguité. Revenant à votre article, Madame, il y est question, pour être précis, d'une "neutralité négative" et non d'une "neutralité positive", car elle décrit l'attitude d'un pouvoir "fuyant, honteux et faible", face à l'arrogance d'un régime que nous ne qualifierons pas, laissant à son peuple le soin de le faire...! Il faut éviter les amalgames et les mauvaises excuses, l'objectivité consiste à toujours dire la vérité et non à transformer les lecteurs en complices de la triste réalité que vit le pays ces dernières années...!

    Salim Dahdah

    04 h 48, le 30 janvier 2012

  • Il est vrai qu'un élastique ne peut se détendre infiniment qu'à la fin il craque. Les tiraillements sont nombreux et vont dans tous les sens, la capacité légendaire d'adaptation des libanais est rudement mise à l'épreuve, mais c'est dans le concept de neutralité que je m'interroge, fut il positif ou autre chose. La Syrie ne peut pas laisser indifférente, depuis l'indépendance, aujourd'hui et demain les libanais auront à la subir, qui peut jurer que si les insurgés comploteurs arrivaient à prendre le pouvoir dans ce pays, ils ne seraient pas tentés de s'immixer dans nos affaires. Arrêtons ce bluff , le statu quo en Syrie favorisera celui que nous avons au Liban et même le renforcera, et le renversement du régime entrainera irrémédiablement et immédiatement un changement des forces en présence.Les financiers de ce renversement, tout comme ils l'ont fait dans les révoltes arabes ne resteront pas les bras croisés, et même pire, je dirai, à celui de résister aux sionistes il va falloir revoir jusqu'à même, la présence palestinienne, étant donné que ce côté ci , on négocie et on sait quoi.

    Jaber Kamel

    03 h 13, le 30 janvier 2012

  • - - Je me demande parfois si dans l'état actuel des choses , un éclatement général CHEZ NOUS , ne serait pas la bonne chose , pour savoir qui est qui et qui fait quoi dans ce pays , devenu un passoire pour les terroristes du monde au vu et au su de tout le monde ! Que le meilleur gagne , au moins , il restera UNE SEULE FORCE qui régnera comme il se doit . Il faudra bien qu'un jour , je dis bien un jour , qu'on se débarrasse de ces parasites terroristes qui nous collent à la peau , et ne font que réclamer , réclamer , et se voient accorder accorder , avec des avantages et des prisonniers relâchés à chaque fois que la troupe et " ses " services les attrape avec des pertes humaines dans ses rangs . Mettons de côté la décision politique qui nous a ruiné au nom des communautés , et passons aux choses sérieuses , même si certains ne sont pas d'accord ! d'ailleurs ils ne le seront jamais et c'est bien eux qui démolissent ce beau pays ....

    JABBOUR André

    00 h 18, le 30 janvier 2012

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