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Moyen Orient et Monde - Le Point

Dommages collatéraux

À Benghazi, le siège du quartier général du Conseil national de transition (CNT) a été occupé par des manifestants qui entendaient protester contre la lenteur des réformes. L’aéroport de Tripoli est aux mains des anciens rebelles de Zintan, tout comme une dizaine de places fortes. Au cœur de la capitale, des incidents ont éclaté il y a quelques jours entre miliciens de la ville et éléments armés originaires de Misrata, faisant quatre tués. À Bani Walid, l’ordre règne depuis quelques heures, mais 200 dignitaires de la localité ont décidé de « bannir » les membres du conseil militaire et de le remplacer par une organisation locale, formée d’éléments de la puissante tribu des Warfalla. Dans l’ouest du pays, les Amazigh, traités en parias du temps de Mouammar Kadhafi, exigent du nouveau régime la reconnaissance de leurs droits et de leur langue, le tamazight. Dimanche, le vice-président du CNT, Abdel Hafiz Ghoga, a jugé sage de démissionner « pour le bien de la nation », a-t-il prétexté, et parce qu’« à l’atmosphère d’union sacrée qui prévalait aux premiers jours de la révolution a succédé un climat de haine ». Pas question de démission, a tonné le numéro un de l’embryon d’autorité mis en place il y a deux mois, Moustapha Abdel Jalil, tout en reconnaissant que la Libye se dirige droit vers une guerre civile. À moins, a-t-il jugé, de désarmer les milices qui ont champignonné dans la foulée des affrontements des derniers mois. Mais en week-end, il a été hué par la foule et convié à « dégager », comme un vulgaire Zineddine Ben Ali. À Bani Walid en début de semaine, les insurgés brandissaient les drapeaux verts qui avaient flotté quarante-deux ans durant, depuis septembre 1969, et rejetaient par avance toute solution qui leur serait imposée par la force.
Il est évident, au fil des jours, que ce qui a été réalisé grâce aux raids de l’OTAN ne pourrait déboucher sur les réformes tant espérées, à l’ombre de l’équipe placée aux commandes, et cela en raison des réalités sur le terrain, c’est-à-dire essentiellement d’un système clanique encore à l’honneur. Certes, le « roi des rois d’Afrique » était parvenu à neutraliser les diverses tribus – elles sont au nombre de 61 ! ... – mais ce succès, il l’avait obtenu en instituant un habile mécanisme fait de prébendes, de délégation de pouvoirs, d’accession aux hautes charges de l’État et de promotions au sein de l’armée. S’en prendre à ces acquis reviendrait aujourd’hui à porter atteinte à la dignité des chefs, une offense qui leur semble d’autant plus intolérable que leurs hommes se sont battus dans les rangs des insurgés de l’époque contre le tyran. Ce sont eux encore qui ont capturé le 11 novembre
dernier Seif el-Islam, le fils du dictateur déchu. Et, détail qui revêt une signification toute particulière : ces combattants refusent toujours d’arborer sur leur treillis le badge du gouvernement intérimaire.
En pilonnant, des semaines durant et jusqu’au mois de novembre 2011, les casernes tenues par les troupes fidèles à l’autorité étatique, les pilotes de l’Alliance atlantique et ceux de l’« Expeditionary Strike Group 3 » du contre-amiral américain Gerard P. Hueber ont rendu un fier service à tous les apprentis guérilleros accourus des quatre coins du pays et de diverses contrées d’Afrique. La majeure partie des arsenaux se trouve depuis entre les mains de ces vaillants volontaires, pour un usage que l’on devine aisément et une durée indéterminée. Ainsi, le chef d’el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI), Mokhtar Ouldmokhtar, se targue de disposer désormais d’un imposant butin militaire qui donne des sueurs froides au président mauritanien Moukhtar ould Ben Abdel Aziz et à ses pairs du Sahel. Petit bilan non exhaustif de l’armement présentement en circulation libre : 5 000 armes semi-lourdes et lourdes, des fusées sol-air SA-7 et des Milan français, du plastic hautement explosif Semtex jadis fabriqué par l’ancienne Tchécoslovaquie...
Dès le mois d’août 2011, le Centre français de recherche sur le renseignement, dans un long rapport, notait que le CNT ne constituait qu’« une coalition d’éléments disparates, aux intérêts divergents », qu’il n’était pas « représentatif du peuple libyen », enfin qu’« il n’a(vait) pas les moyens de tenir le pays, déstructuré par six mois de guerre (...) et l’exacerbation des haines internes ». Les deux principaux risques qui guettent la Libye, selon cet organisme, sont une partition est-ouest et la création d’un foyer jihadistes en Cyrénaïque.
La prochaine fois que l’Occident voudra voler au secours d’une révolution, en n’importe quel coin du globe, un seul conseil : tout le monde aux abris.
À Benghazi, le siège du quartier général du Conseil national de transition (CNT) a été occupé par des manifestants qui entendaient protester contre la lenteur des réformes. L’aéroport de Tripoli est aux mains des anciens rebelles de Zintan, tout comme une dizaine de places fortes. Au cœur de la capitale, des incidents ont éclaté il y a quelques jours entre miliciens de la ville et éléments armés originaires de Misrata, faisant quatre tués. À Bani Walid, l’ordre règne depuis quelques heures, mais 200 dignitaires de la localité ont décidé de « bannir » les membres du conseil militaire et de le remplacer par une organisation locale, formée d’éléments de la puissante tribu des Warfalla. Dans l’ouest du pays, les Amazigh, traités en parias du temps de Mouammar Kadhafi, exigent du nouveau régime la...
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