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Nos lecteurs ont la parole - Courrier Des Lecteurs

L’armoire et le mari

Par Rolla AOUN
Allons encore un petit effort et ça ira ! Ayant enfin aperçu le signal du réseau sur mon portable, je commençais à former le numéro de ma meilleure amie, pour bavarder un peu en buvant le café du matin quand les cris de mon mari furieux me firent sursauter.
– « Enfin, qu’est-ce qui te prend de rentrer comme cela à l’improviste ! Tu as failli me faire dégringoler ! » lui dis-je.
– « Ah bon ? Combien de fois nous sommes-nous mis d’accord que tu ne monterais pas sur une échelle si tu es seule à la maison ? Et pourquoi n’attends-tu pas la femme de ménage pour les gros travaux ? »
– « Euh... oui, mais ce n’était pas pour le ménage. Je voulais juste téléphoner à Marie ! Tu me tiens un peu la tasse à café que je puisse descendre ? » Mon mari me regardait à présent d’un air bizarre.
– « Ben quoi tu sais bien que j’aime bavarder en prenant le café, alors pourquoi pas au téléphone puisqu’il n’y a personne à la maison ? »
– « C’est ça, c’est ça, c’est normal de prendre son
café sur le dos de l’armoire. Oui, bien sûr, j’aurais dû y penser. »
– « Allons bon, voilà que tu me parles comme si j’étais une demeurée ! Qu’est-ce qu’il y a encore ? Et puis pourquoi tu es revenu du travail à cette heure, tu n’es pas malade au moins ? »
– « Il y a que c’est une journée de fous. J’ai pris l’ascenseur le matin et j’ai été coincé dedans par une coupure de courant. J’ai attendu un peu puis j’ai essayé de t’appeler sur ton cellulaire, mais en vain. »
Je m’exclamais : « Ah ! Tu comprends maintenant pourquoi j’étais sur l’échelle : il n’y avait pas de réseau, pourtant j’avais tout essayé : sous le lit, dans la baignoire, sur le rebord de la fenêtre... rien à faire ! Mais vas-y continues, qu’est-ce que tu as fait alors ? »
– « Que veux-tu que je fasse, j’ai attendu pensant que le courant ne mettrait pas plus de 10 minutes à revenir, car ces derniers jours, c’était 10 minutes fi kahraba, 10 minutes ra7et el-kahraba. Mais aujourd’hui ils ont dû changer les règles du jeu, car 20 minutes plus tard rien ne s’était passé. Bref je me suis dit alors heureusement que nous avions accepté de payer un surplus pour que l’ascenseur soit relié au moteur du quartier. Il allait certainement démarrer bientôt. Une quinzaine de minutes plus tard, toujours rien. Je commençais à transpirer. Je pris quelques inspirations profondes pour me calmer, puis j’essayais d’appeler le responsable du moteur. Le disjoncteur de notre immeuble avait certainement été déconnecté, il y remédierait. Mais comme tu t’en doutes, le responsable, comme tout bon responsable qui se respecte dans ce pays, était aux abonnés absents. Ce n’est qu’une demi-heure plus tard que j’ai réussi à l’avoir. Hélas, me répondit-il, je ne peux rien faire pour vous, je suis bloqué dans un trafic inimaginable et je ne sais pas à quelle heure j’arriverai ! Comment ? Non il n’y a plus quelqu’un qui me remplace... À propos, je voulais vous informer que les 5 ampères seront désormais à 120$, il y a une pénurie de mazout rouge et... je coupais la ligne pour éviter de déverser sur lui le flot d’injures qui se précipitaient dans ma gorge. Tout à coup comme par miracle l’ascenseur se remit en marche et voilà comment j’ai pu te surprendre sur l’échelle ! Tu n’aurais plus encore un peu de café pour moi ? »
Allons encore un petit effort et ça ira ! Ayant enfin aperçu le signal du réseau sur mon portable, je commençais à former le numéro de ma meilleure amie, pour bavarder un peu en buvant le café du matin quand les cris de mon mari furieux me firent sursauter.– « Enfin, qu’est-ce qui te prend de rentrer comme cela à l’improviste ! Tu as failli me faire dégringoler ! » lui dis-je.– « Ah bon ? Combien de fois nous sommes-nous mis d’accord que tu ne monterais pas sur une échelle si tu es seule à la maison ? Et pourquoi n’attends-tu pas la femme de ménage pour les gros travaux ? » – « Euh... oui, mais ce n’était pas pour le ménage. Je voulais juste téléphoner à Marie ! Tu me tiens un peu la tasse à café que je puisse descendre ? » Mon mari me regardait à présent d’un air bizarre.– « Ben...
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