Comment en est-on arrivé à transformer une barrière métallique en un amas indescriptible de ferraille tordue, défoncée, arrachée, dévastée ? Cela est le triste résultat d’un mal endémique dont souffre l’automobiliste libanais, un mélange d’irresponsabilité, de morgue, d’insolence, de mépris des autres, d’insouciance, de désinvolture, de manque de civisme, de totale ignorance des règles les plus élémentaires du code de la route.
Cette route Jounieh-Beyrouth, je la connais bien pour l’emprunter quotidiennement. Ces photos, j’avais pensé les faire. Mais ayant été le témoin d’un de ces accidents journaliers, j’ai compris l’inutilité de la démarche. Ce soir-là, la voiture qui m’avait dépassé à une vitesse folle alla heurter sur une dizaine de mètres les garde-fous, avant de terminer par un spectaculaire tête-à-queue et l’arrêt du véhicule au milieu de l’autoroute, à contre-courant de la circulation. Imaginez un peu la panique générale tandis que de la voiture accidentée émergeaient deux jeunes gens hilares d’avoir réussi un tel « exploit » !
Tant que sur nos routes circuleront des criminels qui auraient dû être sous les verrous, des schizophrènes échappés de quelque hôpital psychiatrique, des fiers-à-bras qui ne connaissent que la loi du plus fort, tant qu’il n’y aura pas de contrôle routier efficace, des agents zélés et honnêtes, tant qu’on n’aura pas mis en place une stricte pénalisation à toutes les infractions, tant qu’on n’aura pas légiféré afin que les passants ne soient pas tous les jours fauchés par des chauffards, mais surtout, surtout, tant qu’on n’aura pas initié une politique d’éducation routière, il ne servira strictement à rien de remplacer la ferraille tordue, défoncée, arrachée, des garde-fous de l’autoroute Jounieh-Beyrouth. Car il est tout à parier qu’un mois après l’installation d’une nouvelle panoplie de protection (?) nous retrouverons le même état des lieux.
Alain PLISSON


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