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Nos lecteurs ont la parole

Résolutions pour un début d’année

Pythagore avait dit : « N’entretiens pas l’espoir de ce qui ne peut être espéré. »
À défaut de prendre de bonnes résolutions par eux-mêmes, voici quelques suggestions à nos dirigeants, pour la nouvelle année ; puisse-t-elle les inspirer à en abuser, en faire des credo. Des « reminders », des pense-bêtes à lire en se rasant. S’ils se rasent...
« Je ne me sentirai pas intouchable, mais toucherai du doigt juste là où le peuple a mal. Je devrai me sentir concerné de temps en temps et me faire bercer par ma conscience qui s’impatiente et me harcèle, mais dont je me détourne au moindre effleurement.
Je serai raisonnable et ne me targuerai pas d’avoir tout le temps raison. Je tournerai ma langue 14 fois avant de laisser mon narcissisme et mon orgueil se partager mes avis. Je m’abstiendrai de crâner, de jeter de la poudre aux prunelles des moins puissants que moi, et m’inquiéterai plutôt de la poudrière sur laquelle je suis grassement installé.
Je serai élégant puisque la véritable élégance est de ne pas se faire remarquer. Mes costumes bien coupés ne seront pas réversibles, cousus d’intégrité, ils seront résistants et durables, de la très bonne qualité, dont les poches resteraient surfilées pour ne guère les remplir de confettis ou de paillettes, de vraies ou de fausses pièces.
Mon fils, mon frère, mon neveu, mon bouledogue et moi-même, tous égaux devant la loi. Je remettrai à l’ordre des priorités les sanctions, sans distinction, à tout le monde, pour faire des agents de sécurité des modèles à respecter, surtout respectables, n’autorisant sans crainte, ni faveur, ni privilège si la loi est enfreinte, même si le fumage des vitres et les vociférations, les torses bombeés et les références très haut placées falsifient l’effraction en menaces.
J’arrêterai toutes les tergiversations à la mesure des gains, cesserai tel un requin prédateur de tournoyer autour d’un ou plusieurs appâts, mais gagnerai plutôt la confiance, valeur sûre, plus enrichissante. J’éviterai de donner mes arguments à partir de mon salon cossu, celui-ci étant du domaine du privé, ainsi que tous les signes extérieurs et très voyants de mon salaire. Devant les caméras, je ne me comporterai pas comme un larron en foire, hilare avec mes potes de l’Assemblée, ridicule à force de pavoiser, pathétique, oubliant qu’on me regarde. J’insisterai pour un dialogue-échange constructif plutôt qu’un ping-pong sournois, vindicatif, ou alors une ritournelle-sérénade-tics convulsifs. Je ne régalerai plus les médias de mes impulsions de fauve dictées par ma vanité.
J’essaierai de me passer de ces lierres rampants qui me servent de cour empressée, ou de carpettes si affinités. Oui, je tenterai d’avancer sans assistanat ni dépendances. Yes ! Un vrai tour de force si je relève le défi. Je me convaincrai, pur et dur, que la nation ne se limite pas aux applaudisseurs de service, à mon entourage personnel, à la forêt de micros, au nombre de visites de condoléances, ou pire aux pique-assiettes mendiants une obole en échange d’urnes bien remplies. Je n’encouragerai pas les déçus des autres à venir nourrir mon ego déjà surdimensionné.
Que le bleu électoral de l’encre ne soit ni vague à l’âme ni blues de désillusion, mais une empreinte de bonne volonté et d’espoir.
Je taperai du poing pour imposer la protection de la femme, lacérée, ou lésée, ou discriminée. Et de ses enfants, abusés moralement et physiquement. Il en est grand temps, un point c’est tout !
Je m’occuperai des déchetteries, aussi bien des montagnes malodorantes que des couloirs de l’administration publique. Incinérer les dossiers fumeux, brûler les ailes des chevaliers de la corruption, cramer les échanges d’herbe et de shit qui portent le label du cèdre.
Je serai à l’écoute de la faim et de la clameur populaire, au lieu de jeter encore et encore des biscuits ; je descendrai de mon piédestal pour mesurer le froid et réchaufferai les cœurs par des actions réelles. Je déboucherai les caniveaux et rehausserai le niveau de survie.
Je jouerai à tâtonner dans l’obscurité, ou à la lueur d’une flamme, pour mieux mesurer l’ampleur du désastre dans laquelle mes concitoyens rament, l’échine plus que courbée, à contre-courant. Je me ferai ascète et incognito irai entendre doléances, râles populaires pour mieux comprendre les rancœurs dont je ne perçois que des bribes.
Le cynisme ne me servira pas de bouclier de défense quand je tombe dans mon propre piège, promis. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.
J’obligerai les voleurs de sable à le rendre, grain par grain, jusqu’à en refaire une dune dédiée au viol de ce littoral blond et aux plaies de ma terre, béantes et infestées. Plutôt que de tenir des propos mielleux, je ferai en sorte que le pays préserve sa production de miel, de lait, et de tout ce que sa terre peut engendrer, confortant ses artisans et ses planteurs d’or, d’encens, de myrrhe et d’huile d’olive.
Que les ressources naturelles ne soient plus l’apanage d’un clan ni l’appropriation par un autre, mais bien une source qui jaillira sur tous.
De cette mosaïque qu’on nous envie, j’aimerai faire une plage d’accueil, pour tous les touristes qui nous boudent, qui nous manquent cruellement, tarifer leurs visites pour qu’ils reviennent se baigner dans notre cacophonie. Reboiser à grande échelle, pour enrayer le béton rongé par un vert-de-gris qui métastase le paysage. Interdire l’étal des parcelles comme à un vulgaire marché aux bonnes affaires.
Je ferai de ces printemps teinteés de douleurs des étés à la moisson généreuse. Je refuserai l’ivresse de l’extrémisme et remettrai sur les étagères les nectars qui grisent et adoucissent les mœurs, des baumes qui rendent la vie la un peu plus rose pour certains. J’exhorterai mes collègues à prôner plutôt un retour à la culture, canaliser les censures absurdes, redorer le blason de la francophonie. Je lancerai de toutes mes forces un appel urgent à la jeunesse qui s’enfuit ; je remettrai d’aplomb celle qui reste, en insufflant un violent désir de patriotisme véritable ; plutôt que de les laisser se pendre à mes basques et à cultiver ma personnalité, leur apprendre à semer l’avenir pour les générations à venir. Que le comptage des élus des universités ne s’évalue pas au nombre des baffes et des armes pointées sur les autres, mais au potentiel du sang neuf. Le bon exemple, c’est moi qui vais le leur donner. De l’arsenal d’armes et de ceux qui les portent, je ferai une puissance nationale qui mériterait le salut aux braves, un et unique uniforme, une et même cause. Je refuserai que mon drapeau soit un étendard hissant les couleurs de la prostitution collective nationale. »...
(Liste absolument non exhaustive à compléter...)
Imagine all the people...
J’ai plongé des pièces d’or dans ma coupe de fin d’année, j’ai brisé des assiettes et des verres, j’ai marché sur les tessons pour conjurer le sort, j’ai fait des invocations à la pleine lune, et des suppliques à tous les saints et prophètes que je connais, je suis passée et repassée sous le gui et étreint l’Espérance, j’ai allumé des bougies et attendu le souffle des anges, j’ai jeté des pièces, fais des dons, marché sur les genoux. J’ai juste souhaité que le point de non-retour ne soit pas encore atteint, et supplié, imploré, sollicité avec ferveur de savoir résister et persévérer.
Bonne année !...

Éliane ZEENNY-KHAYAT
Pythagore avait dit : « N’entretiens pas l’espoir de ce qui ne peut être espéré. » À défaut de prendre de bonnes résolutions par eux-mêmes, voici quelques suggestions à nos dirigeants, pour la nouvelle année ; puisse-t-elle les inspirer à en abuser, en faire des credo. Des « reminders », des pense-bêtes à lire en se rasant. S’ils se rasent...« Je ne me sentirai pas intouchable, mais toucherai du doigt juste là où le peuple a mal. Je devrai me sentir concerné de temps en temps et me faire bercer par ma conscience qui s’impatiente et me harcèle, mais dont je me détourne au moindre effleurement.Je serai raisonnable et ne me targuerai pas d’avoir tout le temps raison. Je tournerai ma langue 14 fois avant de laisser mon narcissisme et mon orgueil se partager mes avis. Je m’abstiendrai de crâner, de...
commentaires (1)

Que nous reste-t-il d'autre que l'espoir? Peut-etre, agir pour transformer le reve en realite.Agir en groupe afin que nous puissions nous encourager et nous reconforter les uns les autres. Agir ensemble pour atteindre un but que nous nous serions fixe et sur lequel nous nous serions entendus au prealable.Agir apres avoir cerne les faits, apres en avoir tire les conclusions indiscutables, et determine la marche a suivre. Agir pour verifier chaque soir ce qui a ete accompli durant le jour, et revoir ce qu'on compte faire le lendemain.Agir pour corriger les erreurs et les fautes qui seront inevitablement commises. Nous sommes humains, apres tout. Agir enfin pour fournir au monde sceptique et desillusionne la preuve irrefutable que tout ce qui est entrevu dans cet admirable piece de Eliane Zeeny-Khayat peut etre accompli.

George Sabat

01 h 30, le 19 janvier 2012

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Commentaires (1)

  • Que nous reste-t-il d'autre que l'espoir? Peut-etre, agir pour transformer le reve en realite.Agir en groupe afin que nous puissions nous encourager et nous reconforter les uns les autres. Agir ensemble pour atteindre un but que nous nous serions fixe et sur lequel nous nous serions entendus au prealable.Agir apres avoir cerne les faits, apres en avoir tire les conclusions indiscutables, et determine la marche a suivre. Agir pour verifier chaque soir ce qui a ete accompli durant le jour, et revoir ce qu'on compte faire le lendemain.Agir pour corriger les erreurs et les fautes qui seront inevitablement commises. Nous sommes humains, apres tout. Agir enfin pour fournir au monde sceptique et desillusionne la preuve irrefutable que tout ce qui est entrevu dans cet admirable piece de Eliane Zeeny-Khayat peut etre accompli.

    George Sabat

    01 h 30, le 19 janvier 2012

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