Telle est la conclusion qui ressort des entretiens des officiels libanais avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, durant leur visite à Beyrouth le week-end dernier. C’est bien pourquoi, affirment des sources proches du 14 Mars, les protestations du Hezbollah contre la visite de Ban se sont finalement montrées assez timides et n’ont pas été au-delà des discours habituels. Et ces sources d’ajouter qu’il existe désormais bel et bien des tabous inviolables sur la scène libanaise.
Pour la majorité, notamment les milieux proches du Hezbollah, les propos du secrétaire général de l’ONU sur les armes et le monopole de la violence légitime ne sont que l’expression d’une attaque américano-israélienne contre la Syrie et l’Iran par le biais du parti chiite. Aux yeux de l’Occident, ce parti est en effet une carte aux mains du front dit de la « moumana’a » dans la région, emmené par Damas et Téhéran. Voilà pourquoi les milieux du Hezbollah ont qualifié Ban d’« agent américain œuvrant à la solde d’Israël », et n’ont guère été étonnés des positions critiques du secrétaire général de l’ONU concernant l’arsenal du parti et le régime Assad.
Quoique se considérant comme pris pour cible, le Hezbollah tente pourtant de calmer le jeu politique et de rester attaché à sa position favorable à la négociation et au dialogue, et continue d’appeler l’État, à travers ses services sécuritaires et militaires, à assumer ses responsabilités, assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire et appliquer la loi également vis-à-vis de tous, sans prétexter l’existence d’îlots sécuritaires qui seraient interdits d’accès aux forces légales. Selon des sources proches de l’opposition, le Hezbollah a en effet besoin d’apaiser ses partisans et les Libanais qui craignent une éventuelle aventure au Liban-Sud qui viendrait porter secours à ses alliés régionaux – en clair, à contribuer à alléger la pression qui pèse actuellement à la fois sur le régime syrien et Téhéran.
Les milieux du 14 Mars ne s’en cachent pas : pour eux, l’appel du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à l’État pour qu’il assume ses responsabilités relève de la farce, sinon du mauvais goût. Ces milieux se demandent en effet ce que fait le Hezbollah pour aider l’État, et sur les mesures prises dans ce sens, notamment au Liban-Sud, qui se trouve dans la pratique sous l’hégémonie du parti armé. Les attaques contre les débits de boissons, par exemple, se poursuivent sans que le parti chiite ne fasse aucune démarche pour aider l’État à démasquer les coupables et les arrêter. Par ailleurs, s’interroge l’un des cadres de l’opposition, pourquoi tous les incidents qui se déroulent au Sud restent entourés d’un voile de mystère, de manière que personne ne soit démasqué, arrêté et sanctionné... Peut-être bien pour des raisons politiques, ajoute cette personnalité du 14 Mars – et ce alors même que l’État s’active dans les autres régions du pays pour mettre la main sur les criminels dans des laps de temps très courts.
Tout aussi étrange paraît, pour ces milieux, la contradiction intrinsèque au discours du patron du Hezbollah, qui d’une part lance un appel au dialogue, tout en refusant net, de l’autre, que l’arsenal de son parti y figure à l’ordre du jour. Il est évident, estime l’opposition, que la proposition de Hassan Nasrallah vise à présenter le Hezbollah sous ses meilleurs oripeaux, ceux du parti attaché à l’édification de l’État et de ses institutions. Sauf que les faits démentent allègrement les déclarations : ainsi, la décision de parlementer n’est pas aux mains du Hezbollah, qui n’est, au final, qu’un exécutant. Les responsables du parti ne s’en cachent d’ailleurs même pas : ils l’ont déjà dit à plusieurs occasions.
Or, pour l’opposition, un dialogue avec le Hezbollah n’a d’utilité que s’il porte sur l’arsenal du parti ; sinon, cela reste rien que de l’art pour l’art. Toute stratégie de défense suppose en principe que le monopole de la violence soit exclusivement aux mains de l’État et que la décision de guerre ne soit pas aux mains du Hezbollah. Ce qui signifierait que la « résistance » devrait intégrer sous une forme ou une autre le giron de l’État et se soumettre à ses orientations, et que le Hezb ne pourrait plus disposer de manière unilatérale de la carte de la « résistance » à Israël, avec tous les privilèges qu’il en tire.
Les milieux du 14 Mars estiment que la démarche du Hezbollah de consolider le dialogue avec Bkerké et avec le métropolite de Beyrouth, Mgr Élias Audi, constitue un message multidimensionnel. Ce faisant, le parti exprime sa volonté de dialogue avec ces parties, en exprimant son attachement à la stabilité et son ouverture sur ces autorités de référence comme objectifs, sans plus limiter sa relation avec la rue chrétienne par le canal exclusif du Courant patriotique libre. Au contraire, le Hezbollah souhaiterait de cette manière ouvrir une nouvelle page avec les milieux chrétiens. Mais la portée de la dynamique d’ouverture du parti de Dieu ne peut réellement se lire qu’à la lumière du printemps arabe, qui inquiète le directoire du parti, selon un député du 14 Mars. D’autant que ce printemps arabe n’est plus circonscrit à certaines contrées, mais menace désormais toute la région. C’est surtout la perspective d’un printemps iranien qui angoisse le Hezbollah, notamment avec l’affaire du détroit d’Ormuz, la montée progressive de la pression internationale contre Téhéran... et la possibilité que le régime des mollahs soit tenté d’utiliser la carte du Hezbollah au Liban-Sud dans le cadre de sa confrontation avec la communauté internationale.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Je vous prête le mien messieurs :-). Marie José Malha
05 h 34, le 19 janvier 2012