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Nos lecteurs ont la parole

Attention, les Ottomans sont de retour

Par Joseph W. ZOGHBI
C’est le comble de l’interventionnisme. Le ministre des Affaires étrangères de Turquie, M. Ahmet Davutoğlu, s’est arrogé le droit de déclarer de Téhéran : « Au Liban comme en Irak, il y a une différence entre le “schéma” issu des élections et le choix qui a été fait pour le pouvoir politique. » Et d’ajouter : « Nous voulons que ce pouvoir soit basé sur le choix du peuple et non pas les choix ethniques ou confessionnels. » Il a ensuite classifié le Moyen-Orient en trois groupes, le premier groupe comprenant la Tunisie, le Maroc, la Libye et l’Égypte, « où s’opère un changement en faveur de la démocratie » ; le deuxième groupe comprenant la Syrie, l’Irak et le Liban, où « nous sommes devant le problème d’absence de perspectives de changement, et nous en sommes très sérieusement inquiets » ; et le troisième groupe, les États riches du Golfe, « qui ont leurs propres conditions et avec qui la Turquie a des relations stratégiques ».
Concernant le premier groupe, M. Davutoğlu déclare « avoir donné des instructions pour fournir à ces pays tout le support possible ». Concernant le deuxième groupe, la Turquie, dit-il, « fait de son mieux pour que la lutte ne devienne pas confessionnelle, ou ethnique, et pour que la volonté du peuple se reflète dans le pouvoir politique ». Et il ajoute : « Il faudrait que le pouvoir politique soit formé en Irak et au Liban selon les résultats des élections. Quant à la Syrie, notre inquiétude est grande, et il est important que l’axe Irak-Liban-Syrie ne se transforme pas en un groupe de crise, la stabilité de l’Irak est très importante. »
Il fallait reprendre les déclarations du ministre des Affaires étrangères turc pour montrer l’étendue de l’ingérence de ce pays dans les affaires de la région, et en ce qui nous concerne dans les affaires du Liban. Je me demande qui lui a donné le droit de s’immiscer dans les affaires intérieures du Liban en critiquant la représentativité de son gouvernement. Depuis que les Ottomans ont quitté cette terre après l’avoir occupée pendant 400 ans qui l’ont plongée dans l’ignorance la plus absolue, et après avoir fomenté deux guerres civiles meurtrières, au Liban en 1840, et au Liban et en Syrie en 1860, avec leur lot de massacres de chrétiens, M. Davutoğlu donne des leçons. De son côté, son Premier ministre a voulu donner des leçons aux Français en déclarant que la France avait perpétré un génocide en Algérie, s’attirant une riposte du Premier ministre algérien.
En gros, en politique étrangère, la Turquie tire dans tous les sens et ne semble pas suivre une stratégie claire. C’est comme si elle voulait avoir un rôle qu’elle ne peut tenir et qu’elle a de la peine à définir.
Nous voulons rappeler à monsieur le Ministre le massacre des Libanais chrétiens instigué par les Ottomans, celui des Arméniens que les Turcs s’évertuent toujours à nier alors qu’il est tout aussi évident, l’invasion et l’occupation turque de l’île de Chypre, le droit bafoué des minorités chrétiennes de Turquie, le séminaire des grecs-orthodoxes qui est toujours fermé, les Kurdes qui luttent pour recouvrer leurs droits, et enfin les journalistes – plus de 100 – qui croupissent en prison. La diplomatie turque voulant faire contrepoids à l’Iran chiite, les Turcs distribuent les bons points aux Frères musulmans qui sont élus, eux, mais ils donnent aussi l’absolution aux monarchies absolues du Golfe pour cause de « relations stratégiques » et qui représentent des marchés importants pour leurs produits. Vous voulez jouer à la grande puissance, c’est votre affaire, mais ne songez pas à revenir sur les terres libanaise en conquérants ; venez en amis, si vous le souhaitez. L’Empire ottoman est loin.
C’est le comble de l’interventionnisme. Le ministre des Affaires étrangères de Turquie, M. Ahmet Davutoğlu, s’est arrogé le droit de déclarer de Téhéran : « Au Liban comme en Irak, il y a une différence entre le “schéma” issu des élections et le choix qui a été fait pour le pouvoir politique. » Et d’ajouter : « Nous voulons que ce pouvoir soit basé sur le choix du peuple et non pas les choix ethniques ou confessionnels. » Il a ensuite classifié le Moyen-Orient en trois groupes, le premier groupe comprenant la Tunisie, le Maroc, la Libye et l’Égypte, « où s’opère un changement en faveur de la démocratie » ; le deuxième groupe comprenant la Syrie, l’Irak et le Liban, où « nous sommes devant le problème d’absence de perspectives de changement, et nous en sommes très sérieusement...
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