Les faits et les circonstances ayant précédé l’effondrement du bâtiment de Fassouh sont communs à d’autres cas d’immeubles situés dans divers secteurs de la ville : Achrafieh, Fassouh, Gemmayzé, Saydeh, Sassine, Monnot, Mar Mikhaël, Ras el-Nabeh, Basta, Mousseitbé et Ras Beyrouth.
Au cours des cinq dernières années, le prix de l’immobilier a quadruplé à Beyrouth. Les propriétaires des vieux immeubles voulant vendre leur propriété ou les nouveaux acquéreurs de ces bâtiments qui ont pour but de les détruire pour les remplacer par des immeubles plus élevés, abritant des appartements plus petits et plus modernes, ne savent plus comment faire pour se débarrasser des anciens locataires... Dans ce cadre, dans les immeubles fraîchement acquis par les promoteurs immobiliers, chaque ancien locataire a une histoire à raconter.
Dimanche soir, peu après l’écroulement de l’immeuble de Fassouh, on a vu le vrai Beyrouth dans la rue.
Des jeunes hommes et des jeunes filles sont venus s’enquérir de leurs camarades de classe qui fréquentaient avec eux l’école du quartier. Des parents habitant à deux pas ont accouru aux nouvelles. Des voisins ayant vécu plusieurs dizaines d’années ensemble, et se connaissant depuis des générations, étaient effondrés.
Il y a ceux qui ne connaissent pas Beyrouth et il y a ceux qui veulent peut-être oublier. Il faut se souvenir pourtant du fait que plusieurs secteurs de la capitale, notamment à Achrafieh, ne sont autres que de petits villages, où voisins et parents vivent côte à côte préservant leurs us et coutumes.
Beaucoup ont oublié aussi que la plupart des secteurs d’Achrafieh abritent des familles appartenant à la classe moyenne et à la classe ouvrière, que la ville ne se résume pas aux rues Sursock, Abdel Wahab el-Inglizi et à quelques tours de la place Sassine et du secteur de l’Hôtel-Dieu. Ces familles ne peuvent plus acheter, voire louer des appartements dans les quartiers desquels elles sont originaires.
À la lumière d’une telle réalité sociologique et de la tragédie de Fassouh, un impératif s’impose : il faut, certes, trouver une solution au problème des immeubles anciens qui ne sont plus habitables ; mais cette solution ne réside pas dans la construction de grandes tours luxueuses dont l’édification aboutit à déplacer les habitants ancestraux des vieux quartiers d’Achrafieh qui ne sont pas en mesure d’acquérir des appartements onéreux et qui se trouvent par conséquent contraints de quitter les quartiers où eux, leurs parents, leurs ancêtres, leurs amis ont grandi. La solution consisterait plutôt à réhabiliter les anciens bâtiments ou, à défaut, à construire des logements conservant le cachet de la région et qui puissent être acquis par les habitants des quartiers.
Il est déplorable de constater qu’à Beyrouth, on s’obstine à transformer la ville, en saccageant ses vieux bâtiments, en modifiant son paysage urbain, en détruisant son tissu social, en délogeant ses véritables habitants... Et parfois le coût de la cupidité est horriblement trop élevé.


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Un étau autour de la liberté d' expression concernant nos deputés intouchables . Merci pour ce vent nouveau Antoine Sabbagha
06 h 46, le 17 janvier 2012