Raffinerie pétrolière à Assalouyeh au sud de l'Iran. Caren Firouz/
L'Union européenne s'oriente vers la mise en place d'un embargo pétrolier à l'encontre de l'Iran avec une période de transition de six mois, ont indiqué jeudi des diplomates européens. Cette période de transition vise notamment à tenir compte des craintes exprimées par les pays qui ont des liens commerciaux forts avec l'Iran, tels que la Grèce, a indiqué un diplomate européen. Toutefois, "il n'y a pas encore d'accord sur le nouveau train de mesures", qui devrait être à l'ordre du jour de la prochaine réunion des ministres européens des Affaires étrangères, le 23 janvier, a précisé un autre diplomate. Plusieurs réunions sont encore prévues au niveau des ambassadeurs européens pour préparer ces mesures, ont-ils ces diplomates.
Les pays de l'UE soutiendraient notamment l'idée que l'embargo pétrolier soit assorti d'exemptions comme celle permettant à des entreprises iraniennes ayant des dettes en Europe de pouvoir continuer de les rembourser en pétrole, ont indiqué les sources diplomatiques.
"Des groupes iraniens ont des dettes en Europe qu'elles remboursent non en argent mais en pétrole. Il est suggéré que ces dettes puissent continuer d'être remboursées en pétrole. Nous parlons bien de dettes existantes et aucune nouvelle dette ne pourra être contractée", a indiqué un diplomate européen. "Nous ne parlons pas d'une possibilité de continuer les importations ou de s'engager dans de nouvelles transactions. Nous parlons de sommes d'argent qui sont dues par des opérateurs iraniens et sont remboursées en pétrole. Il serait contre-productif de ne pas permettre ces remboursements", a-t-il ajouté.
Le Premier ministre italien Mario Monti, dont le pays est le premier importateur européen de pétrole iranien, avait plaidé pour la mise en place d'un embargo graduel, dont soient exclues les livraisons qui servent à rembourser les dettes que l'Iran a contracté envers la compagnie nationale italienne ENI.
Un second diplomate a confirmé que cette proposition était désormais largement soutenue. "Elle s'appliquerait à toutes les entités qui se font rembourser une dette en pétrole. Cela n'a d'ailleurs rien de scandaleux parce qu'il s'agit bien d'une créance et que cela remplit les objectifs de l'embargo, qui est d'assécher les ressources iraniennes", a-t-il dit.
Une autre diplomate a précisé que les Européens pourraient également s'entendre sur un délai de carence de trois mois pour un embargo sur les produits pétrochimiques et de six mois sur le brut iranien. Ces délais de carence seraient sujets à une clause de révision d'ici l'entrée en vigueur de l'embargo afin d'ajuster les mesures en fonction des premiers résultats enregistrés.
Téhéran vend quelque 450.000 barils par jour (18% de ses exportations) à l'Union européenne, essentiellement à l'Italie (180.000 b/j), à l'Espagne (160.000 b/j) et à la Grèce (100.000 b/j), trois pays en mauvaise posture économique du fait de la crise de la dette.
Selon des données provisoires de la Commission européenne concernant les trois premiers trimestres de 2011, la Grèce a accru au cours de cette période sa dépendance au pétrole iranien qui représentait 34,2% de ses importations, suivie de l'Espagne (14,9%) et de l'Italie (12,4%).
Hier, et lors d'une réunion à huis clos du Conseil de sécurité de l'Onu, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Etats-Unis ont condamné la mise en service annoncée lundi par l'Iran d'une nouvelle unité d'enrichissement d'uranium en Iran à Fordo. "Il s'agit d'un développement inquiétant", a déclaré Martin Briens, adjoint du représentant permanent de la France aux Nations unies, à l'issue de cette réunion. Le diplomate a dénoncé une nouvelle violation des multiples résolutions de l'Onu et de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Mais selon plusieurs de ses collègues occidentaux, il y a peu de chance de voir un cinquième train de sanctions adopté à brève échéance au Conseil de sécurité contre l’Iran.
Il y a quelques jours, réagissant à des menaces d'embargo de l'Union Européenne, la République islamique a menacé de fermer le détroit d'Ormuz, par où transite 40% des exportations de brut mondial. Téhéran a toutefois proposé dans le même temps la reprise des négociations avec les "Six" (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine et Allemagne), gelées depuis un an.
Les pays de l'UE soutiendraient notamment l'idée que l'embargo pétrolier soit...

