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Nos lecteurs ont la parole

La mort de Vaclav Havel

Par Antoine MÉDAWAR
Le dramaturge Vaclav Havel, le « combattant de la liberté », vient de disparaître. Il a été salué par les dirigeants du monde entier et par une large majorité du peuple tchèque sur la place Wenceslas à Prague, la place où il prit la tête de la « révolution de Velours » de 1989 contre le régime communiste en place. Un homme de lettres vainquit ainsi les chars, et les oubliettes des régimes de terreur n’ont pas eu raison de lui après des années de réclusion et de pressions. Fallait-il être un écrivain, un artiste, pour posséder les moyens de résister ?
En Pologne, Lech Walesa est sorti des rangs des syndicats, aguerri dans les négociations et les tractations, mieux armé pour se soulever contre le même adversaire communiste. Quelle arme possède l’homme de lettres pour atteindre cette gloire à la fin de son combat ? On admire le syndicaliste qui prend le pouvoir, mais on est charmé par l’écrivain qui rend la liberté à toute une nation et défie la terreur.
Les artistes sont donc souvent au pouvoir.
On a vu au Sénégal un grand poète, Léopold Sédar Senghor, accéder après avoir passé plus de quinze ans dans les couloirs de la politique internationale, à la présidence de son pays. Il démissionna de ses fonctions en 1980 pour devenir membre de l’Académie française, après avoir été membre de nombreuses académies politiques et littéraires mondiales.
On a vu aussi le compagnon de Senghor, Aimé Césaire, un grand poète, devenir député dans son pays, la Martinique. Les deux hommes déclenchent un mouvement contre le colonialisme de leur époque. L’œuvre poétique de Césaire accéléra les luttes pour l’indépendance en Afrique.
Pablo Neruda, sur fond d’exil, d’attentat et d’emprisonnement, fut le maître à penser des révolutionnaires tant au Chili qu’en Espagne. Reconnu comme l’un des poètes les plus importants du XXe siècle, il obtient le prix Nobel de 1971.
Il faut aussi signaler que des révolutionnaires, à l’origine maquisards et guérilleros, ont trouvé dans la poésie un moyen d’expression et de communication. Ainsi Che Guevara fut poète, croyant que « l’homme nouveau » doit être aussi bien un homme éduqué qu’un guérillero redoutable.
En France, Victor Hugo fut un député sans pareil, particulièrement en se battant avec acharnement contre la peine de mort. Malraux, avec son talent d’auteur et d’orateur, fut plusieurs fois ambassadeur et ministre sous de Gaulle, et participa à la lutte contre le fascisme.
La liste est longue. Et il faudrait peut-être y inclure les artistes qui ont mis leur notoriété au service de la politique : l’acteur Ronald Reagan fut président aux États-Unis entre 1981 et 1989 ; à la même époque, Arnold Schwarzenegger et Clint Eastwood s’impliquèrent dans la vie publique. Cette même célébrité fit aussi de certains des « ambassadeurs de bonne volonté » auprès de l’ONU : Peter Ustinov, Audrey Hepburn, Claudia Cardinale, Jean-Michel Jarre, Céline Dion, Marcel Khalifé...
Par ailleurs, certaines œuvres ont fait l’histoire. Goya dénonce, en 1824 dans les Fusillades du 3 mai, les exécutions en 1808 par Napoléon de prisonniers en Espagne. Delacroix immortalise la détermination des Français pendant un demi-siècle de révolution en peignant La liberté guidant le peuple à l’occasion du soulèvement qui renversa Charles X en juillet 1830. Et le Guernica de Picasso continue de faire le tour des musées du monde pour parler de génocides. Le crime contre l’humanité immortalisé dans l’œuvre d’art reste inoubliable. Cette œuvre participe au rétablissement de la justice, et cela plus que les hautes statues érigées en l’honneur de Staline et de Saddam Hussein entre autres. Ces statues, on les a vues piétinées par des foules assoiffées de démocratie. C’est qu’une œuvre d’art authentique dure plus longtemps que l’objet qu’elle reproduit, survit toujours à son auteur et peut même servir des valeurs plus hautes que celles visées par son créateur : les poètes qui ont tant loué les bienfaits du communisme ont mieux illustré le modèle de la liberté de l’expression, concept qui faisait défaut dans les régimes que ces poètes appuyaient ; quant au Che, on lui pardonne son recours au terrorisme dans sa lutte politique.
Car l’image est sublime quand l’œuvre d’art précède le pouvoir, et pas le contraire. L’opposé serait servitude et démagogie. Un Vaclav Havel au pouvoir est juste, parce que l’artiste n’a pas d’autre quête que celle de la vérité, sinon il retombe dans la dimension politicienne, et celle-ci est vouée à son propre anéantissement. L’énergie discursive déclenchée par l’art mène la crise à son issue finale, en réunissant la dialectique à la tolérance. Le politicien, plus dogmatique, s’enlise dans la crise en étouffant toute liberté et culture autres que les siennes.
Havel, bourgeon du printemps de Prague, a fleuri... Verra-t-on un bourgeon éclore dans le printemps arabe actuel ?
Le dramaturge Vaclav Havel, le « combattant de la liberté », vient de disparaître. Il a été salué par les dirigeants du monde entier et par une large majorité du peuple tchèque sur la place Wenceslas à Prague, la place où il prit la tête de la « révolution de Velours » de 1989 contre le régime communiste en place. Un homme de lettres vainquit ainsi les chars, et les oubliettes des régimes de terreur n’ont pas eu raison de lui après des années de réclusion et de pressions. Fallait-il être un écrivain, un artiste, pour posséder les moyens de résister ? En Pologne, Lech Walesa est sorti des rangs des syndicats, aguerri dans les négociations et les tractations, mieux armé pour se soulever contre le même adversaire communiste. Quelle arme possède l’homme de lettres pour atteindre cette gloire à la fin de...
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