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Nos lecteurs ont la parole

Le Liban est malade !

Par Joseph W. ZOGHBI
Jamais, nous Libanais n’avons ressenti de la sérénité dans notre pays. De par la composition de son peuple, le Liban porte en lui-même les germes de la division. Plusieurs religions et communautés existent sur son sol, chacune évolue dans sa logique de vie et dans ses alliances au-delà de ses frontières. Rien n’a changé depuis des siècles sauf, bien sûr, le développement technologique. Le développement humain et la culture se sont fait d’une façon inégale, au gré de l’éducation intra muros et des émigrations de par le monde. Ce développement humain hétéroclite n’a pas aidé à consolider la cohésion interne, mais au contraire à éloigner encore plus les Libanais les uns des autres. Les uns ayant acquis la culture anglo-saxonne, d’autres la culture européenne, d’autres encore la culture arabo-musulmane, d’autres enfin ne se souciant même pas de la culture et vaquant à leurs occupations purement mercantiles.
Ces cultures hétéroclites se sont reflétées dans la composition même de l’establishment politique du pays. Toutes les tendances culturelles se sont retrouvées au sein de l’hémicycle et de la rue. Tous tirent la couverture, mais chacun de son côté. Chacun voulant imposer son point de vue aux autres, mais aucun ne voulant écouter les autres. Le résultat est désastreux car ce tiraillement, au lieu d’être générateur de progrès, a pour but d’établir un diktat basé sur les croyances religieuses et non une démocratie basée sur le patriotisme.
Le Liban est vraiment malade et sa maladie est à l’image du monde, car il est un monde en soi. L’on se demande si on pourrait le guérir et quel est le remède !
Encore une fois, les seuls remèdes qui nous viennent à l’esprit sont ceux qui s’attaquent aux divisions internes ; l’éducation et la laïcité.
Comment un pays qui ne s’est pas encore mis d’accord pour enseigner sa vraie histoire pourrait-il s’accorder autour des principes mêmes de son existence ? Si dans un manuel d’histoire on décide de cacher l’histoire, les générations à venir ne pourront jamais s’unir autour d’un destin commun car elles n’étudient pas leur histoire et, si elles l’étudient, cette histoire n’est pas commune car travestie selon les croyances de chacun. Donc les générations futures, comme les générations avant elles, grandissent dans la division et l’incertitude de leur passé, ce qui ouvre la voie aux grands malentendus.
S’il faut résoudre le problème de l’éducation, il faudrait tout d’abord commencer par le problème du communautarisme qui est la base même de leur division. On revient donc sur la nécessité de séparation de la religion et de l’État. C’est le choix qui permet de garder la cohésion du pays. On parle quelquefois de créer une confédération à la Suisse, mais nous ne nous rendons pas compte qu’on est déjà confédéré dans nos esprits et dans notre Constitution, et cela dans la répartition des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. C’est une « confédération de communautés » et non de
territoires.
Le patriarche maronite, Mgr Raï, a proposé l’instauration du mariage civil. C’est un grand pas en avant pour créer une société civile régie par des lois communes non religieuses et une base non négligeable pour la séparation de la religion et de l’État. La plus haute autorité catholique au Liban s’est prononcée et c’est un énorme pas en avant. Y aura-t-il un écho à cette déclaration ? Il suffirait d’une autre déclaration de taille pour mettre en marche cette machine. Le président de la Chambre des députés, qui ne cesse de déclarer qu’il veut abolir le « confessionnalisme politique », pourrait bien appuyer cette déclaration, si les motifs qu’il invoque pour l’abolition du confessionnalisme ont pour but d’arriver à la séparation à terme de la religion et de l’État.
Jamais, nous Libanais n’avons ressenti de la sérénité dans notre pays. De par la composition de son peuple, le Liban porte en lui-même les germes de la division. Plusieurs religions et communautés existent sur son sol, chacune évolue dans sa logique de vie et dans ses alliances au-delà de ses frontières. Rien n’a changé depuis des siècles sauf, bien sûr, le développement technologique. Le développement humain et la culture se sont fait d’une façon inégale, au gré de l’éducation intra muros et des émigrations de par le monde. Ce développement humain hétéroclite n’a pas aidé à consolider la cohésion interne, mais au contraire à éloigner encore plus les Libanais les uns des autres. Les uns ayant acquis la culture anglo-saxonne, d’autres la culture européenne, d’autres encore la culture...
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