En vertu de mon droit inaliénable d’exercer la liberté d’expression, énergie et intelligence aux services du progrès social et humain, de la fraternité et de la justice, valeurs suprêmes dont « le Liban démocrate » s’enorgueillit traditionnellement de manière très officielle lors des cérémonies magnifiques et coûteuses.
Je vous rappelle simplement que l’on meurt encore de misère en 2011 dans ce monde censé être réglé par un humanisme dominant, cher aux dirigeants.
Humanisme pompeusement revendiqué par une poignée de citoyens s’appropriant d’autorité la presque-totalité des richesses du pays pour les gaspiller à des fins de confort et de bien-être dont les excès indécents sont devenus la norme, même chez les plus pauvres des chômeurs. Dans ce pays prétendument civilisé, je constate que le cynisme, Monsieur le Président, est toujours du côté des plus forts qui ont l’avantage de pouvoir manger même quand ils n’ont pas faim, d’emmener leurs chiens chez le vétérinaire au moindre aboiement de travers, de s’offusquer que leur avion décolle avec un quart d’heure de retard.
Solidarité, altruisme, partage, justice : vains mots dont use et abuse notre gouvernement, plus soucieux de lustrer sa façade, toujours plus avide de confort que de serrer nationalement la ceinture avec héroïsme et pédagogie afin de mettre en pratique les valeurs les plus fondamentales qu’il prétend défendre.
Partager les richesses, Monsieur le Président, que dis-je partager : simplement ôter aux gavés une petite partie du surplus qui asphyxie afin d’en faire profiter les damnés qui n’ont pas eu l’heur de naître dans un pays où le pauvre peuple croule sous le poids de la cherté et de l’injustice.
Est-il chose insurmontable de bien gérer certaines richesses qui étouffent ? Je ne parle pas ici politique, ni grandes et complexes affaires économiques ; il est juste question de bon sens, de calcul basique, d’humanité élémentaire accessible.
Pas de sentiments, ni d’idéal, uniquement une réflexion froide, raisonnée, détachée, sommaire, confondante de simplicité : d’un côté on meurt d’excès, de l’autre on meurt de carences, dans un monde où, techniquement, il est possible de subvenir aux besoin vitaux de chaque individu.
Faut-il, Monsieur le Président, être nécessairement bardé de diplômes, avoir fait des années d’études supérieures pour saisir cette effroyable réalité ?
Nous nous scandalisons à juste titre devant les catastrophes des pays les plus pauvres. Pendant ce temps nous oublions que nous en faisons partie aujourd’hui. Nous nous engageons pour des revalorisations de salaires, en paroles et bien moins en action.
Il est grand temps de dénoncer ce cirque, Monsieur le Président. Les personnages falots et compassés, du haut de leurs trônes, sont bien sinistres dans leur rôle de défenseurs des droits de l’homme. Les premiers droits : manger sa faim, accéder aux soins et à l’éducation ne sont-ils pas bafoués par ceux-là mêmes qui sont censés les défendre, qui ont le pouvoir matériel, logistique, politique et surtout humain de réparer la grande injustice qui prévaut à tous les niveaux.
Vous me pardonnerez d’avoir cédé au recours à des expressions triviales afin d’exprimer ce que je crois être l’essentiel. En des circonstances particulières, pareil langage sied mieux qu’un autre plus formel, moins éloquent. J’ai eu le courage, Monsieur le Président, de dire ce que je pense même si cette lettre est surtout symbolique.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à ma parfaite considération.
Bonnes fêtes.


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