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Spécialistes très spéciaux

Sans doute traînent-ils au plantureux petit déjeuner servi à leur hôtel de Damas car ils n’arrivent pas toujours à l’heure pour mener leurs observations. Et quand ils débarquent enfin, le décor officiel est déjà planté, les tanks sont savamment redéployés et si des manifestants continuent tout de même de mourir, c’est seulement parce que les tireurs et tueurs d’élite ne chôment pas durant les heures d’observation, eux.

 

Manque de professionnalisme : d’une surprenante indulgence est ce jugement que porte amèrement l’opposition au régime Assad sur les observateurs de la Ligue arabe qui ont entamé leur mission le 26 décembre dernier en Syrie. Tant d’incompétence et d’inhibition est difficile à croire en effet, et on risque fort de s’apercevoir bientôt qu’on n’avait là, au contraire, que des spécialistes : de véritables experts dans l’art de noyer le poisson dans une mer de sang.

 

C’est dans un contexte heureusement moins tragique, bien qu’assez préoccupant, que sévit dans le même temps au Liban, à l’échelon gouvernemental cette fois, ce même manque de professionnalisme dont on ne sait trop s’il relève de la médiocrité ou de la malveillance, de la stupidité ordinaire ou de la frénésie bassement politicienne. On vient de voir tout d’abord un ministre de la Défense formellement contredit sur un sujet de première importance par son collègue de l’Intérieur, et même pratiquement désavoué par le président de la République et le Premier ministre, sans pour autant que démission s’ensuive. Le maladroit avait fait état d’activistes d’el-Qaëda infiltrés en Syrie à partir de la localité frontalière libanaise de Ersal, sans trop se soucier des retombées que pouvaient avoir de telles assertions sur la position internationale déjà branlante de notre pays.

 

Or la bévue n’était pas perdue pour tout le monde. Le régime baassiste avait beau jeu alors, en effet, d’imputer aux disciples de Ben Laden la responsabilité de deux attentats aux explosifs contre des centres sécuritaires, se posant ainsi en innocente victime d’un complot terroriste d’inspiration étrangère. Et l’ambassadeur d’une Syrie qui n’a cessé, des décennies durant, d’inonder ouvertement le Liban d’armes et de combattants, pouvait, sans attraper le fou rire, appeler Beyrouth à surveiller avec davantage de sérieux les trafics à la frontière !

 

C’est à un gâchis encore plus effarant, car à répétition celui-là, que donne lieu la question de la majoration des salaires. Ce n’est certes pas de sollicitude pour les classes laborieuses, ce n’est même pas de gesticulations démagogiques mais de persévérance dans l’obstruction que fait preuve le ministre du Travail, c’est d’entêtement puéril qu’il fait profession en mettant et remettant sur le métier un ouvrage vicié dans le fond comme dans la forme. Pour la seconde fois ainsi en l’espace de deux mois, le Conseil d’État rejetait hier un projet dont ce ministre devrait être le premier à savoir pourtant qu’il était truffé d’irrégularités.

 

C’est pour cette même raison d’ailleurs que certains de ses alliés au sein du gouvernement l’avaient froidement lâché à mi-chemin, finissant toutefois par faire prévaloir la cohésion du bloc prosyrien sur la raison, le bon sens, l’intérêt national. Car dans l’intervalle était torpillé un accord en bonne et due forme auquel étaient miraculeusement parvenus, le 21 décembre, les organismes économiques et les syndicats, principaux concernés. Lesquels s’étaient fort bien débrouillés pour émerger du tunnel en se passant des aveuglantes lumières du ministre du Travail.

 

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Sans doute traînent-ils au plantureux petit déjeuner servi à leur hôtel de Damas car ils n’arrivent pas toujours à l’heure pour mener leurs observations. Et quand ils débarquent enfin, le décor officiel est déjà planté, les tanks sont savamment redéployés et si des manifestants continuent tout de même de mourir, c’est seulement parce que les tireurs et tueurs d’élite ne chôment pas durant les heures d’observation, eux.
 
Manque de professionnalisme : d’une surprenante indulgence est ce jugement que porte amèrement l’opposition au régime Assad sur les observateurs de la Ligue arabe qui ont entamé leur mission le 26 décembre dernier en Syrie. Tant d’incompétence et d’inhibition est difficile à croire en effet, et on risque fort de s’apercevoir bientôt qu’on n’avait là, au contraire, que des...