Le porte-parole du Comité supérieur de défense lisant le communiqué. Photo Dalati et Nohra
Conformément à la loi, les participants ont gardé la teneur de la réunion secrète, se contentant de publier un communiqué vague et global dans lequel ils ont insisté sur la nécessité de mieux contrôler les frontières, soulignant leur « satisfaction » au sujet de la situation générale.
Celle-ci n’a pourtant pas manqué de fournir, au cours des dernières semaines, matière à polémique, pour ce qui a trait notamment à la situation frontalière avec la Syrie où les incidents et les violations par les forces syriennes du territoire libanais se répètent au quotidien au vu et au su de tout le monde, notamment du gouvernement, dont la passivité et le mutisme deviennent des plus embarrassants.
La mort de deux citoyens libanais abattus mercredi par une patrouille syrienne en territoire libanais s’est conclue par une simple condamnation du Conseil supérieur de défense. Quant aux propos du ministre Ghosn sur l’existence d’el-Qaëda au Liban, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont eu l’effet d’une bombe dans les milieux politiques libanais, qui se sont montrés divisés une fois de plus sur ce plan, les uns prenant la défense du ministre et se solidarisant avec lui, les autres stigmatisant sa position, dans un schéma qui reproduit non seulement la division horizontale issue de la polarisation entre les forces du 8 et du 14 Mars, mais également un clivage majeur au sein du même gouvernement.
À suivre de près les commentaires disparates, voire même contradictoires, des différents protagonistes de la majorité, l’on constate que le ministre Ghosn n’avait même pas pris la peine de coordonner sa position avec les responsables concernés, à leur tête le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre, qui ont pratiquement désavoué le ministre de la Défense en démentant subtilement ses propos. Le seul fait que le Comité central de sécurité et le Conseil supérieur de défense aient décidé de se réunir deux semaines après la déclaration lâchée par le ministre de la Défense prouve au plus haut degré l’absence de coordination entre les services sécuritaires, et le manque de sérieux dans cette affaire autrement dangereuse pour le Liban et sa réputation. De sources concordantes on apprenait d’ailleurs que les participants à la réunion du comité supérieur de défense sont parvenus à la conclusion qu’il n’y a pas d’éléments affiliés à el-Qaëda à proprement parler au Liban, encore moins à Ersal, mais qu’il pourrait y avoir eu une infiltration d’individus qui s’inspirent de ce mouvement fondamentaliste, comme l’avait déjà affirmé le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel.
L’affaire de Ersal, qui a été exploitée à fond par le régime syrien dont les porte-voix ont repris à la lettre les dires de M. Ghosn, n’est cependant pas le seul contentieux entre Beyrouth et Damas. Selon des sources citées par notre collègue Philippe Abi Akl, le refus du Liban de participer à la mission des observateurs en Syrie aurait été « mal interprété » par les milieux du président Assad, qui y ont vu une dérobade du gouvernement libanais, accusé par Damas de refuser d’assumer ses responsabilités envers la Syrie.
Les responsables syriens, qui espéraient pouvoir exploiter la participation libanaise en faveur du régime, n’ont pas manqué d’exprimer leur surprise au sujet de la position de « neutralité » à laquelle continue de s’attacher le Premier ministre Nagib Mikati concernant l’instabilité qui prévaut chez eux. Ainsi, et malgré l’insistance du gouvernement à vouloir épargner au Liban, dans la mesure du possible, les éventuelles retombées de la crise qui gronde à ses portes, rien n’y fait, atteste l’équipe du 14 Mars. Celle-ci reste convaincue que le régime de Bachar el-Assad, rompu à l’utilisation de la scène libanaise comme boîte postale pour véhiculer des messages express et efficaces, n’hésitera pas à le faire une fois de plus. C’est dans cette optique que l’opposition interprète les incursions régulières des forces syriennes à la frontière, la poursuite d’opposants ayant fuit vers le Liban, ainsi que le survol d’avions militaires syriens au-dessus de Ersal et des localités avoisinantes, à la recherche de prétendus membres d’el-Qaëda. Un comportement qui prouve que le régime syrien se comporte comme s’il n’avait de comptes à rendre à personne. C’est ce qui confirme également le fait que la Syrie ne reconnaît pas les frontières avec le Liban, qu’elle avait préalablement refusé de délimiter, rappellent encore les sources du 14 Mars.
Bref, autant de brèches que les Syriens chercheraient à élargir en vue de détourner l’attention de la situation dans leur pays et de faire baisser la tension chez eux, estime l’opposition. Les regards sont également tournés vers le Sud, un terrain potentiellement explosif que Damas pourrait également chercher à déstabiliser, histoire de rappeler qu’il est toujours capable, même en pleine crise du pouvoir, de faire la pluie et le beau temps au pays du Cèdre. Toujours selon l’opposition, la manipulation, une fois de plus, de la carte libanaise par la Syrie pourrait s’expliquer par le fait que Damas a désormais perdu la carte palestinienne, après la tentative d’unification des rangs, initiée par Fateh et Hamas.
Des éléments inquiétants qui risquent, dès le début de l’année 2012, de replacer le Liban dans une situation inextricable si le pouvoir en place persiste à vouloir pratiquer la politique de l’autruche.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes mais la crise syrienne s’invite bon gré mal gré au Liban deux belles contradictions dans un pays aux frontières non sécurisees ou les surprises triomphent toujours . Antoine Sabbagha
06 h 53, le 30 décembre 2011