M. Medvedev a affirmé avoir « entendu » les appels au changement, alors que selon des experts et la presse libérale, le pouvoir russe s’efforce de désamorcer par tous les moyens la contestation montante dans le pays après les législatives du 4 décembre marquées par des accusations de fraude massive. « Les gens ont le droit d’exprimer leur opinion par tous les moyens légaux, mais les tentatives de manipuler les citoyens russes, de les induire en erreur et d’attiser les conflits sociaux sont inacceptables », a lancé le président russe, s’exprimant devant les parlementaires des deux Chambres réunis au Kremlin. « Nous ne laisserons pas les provocateurs et extrémistes entraîner la société dans leurs aventures. Nous ne tolérerons pas non plus d’ingérences de l’étranger », a-t-il ajouté, reprenant les critiques déjà exprimées par son premier ministre Vladimir Poutine qui a accusé les États-Unis d’avoir attisé la contestation en Russie. « Je propose une réforme complète de notre système politique », a poursuivi M. Medvedev, affirmant qu’il comprend « ceux qui parlent de la nécessité de changements ». Il a notamment annoncé le retour à l’élection directe des gouverneurs de région, nommés par le Kremlin depuis 2004, l’assouplissement des règles d’enregistrement des partis politiques et l’abaissement de deux millions à 300 000 du nombre de signatures d’électeurs à présenter pour l’enregistrement d’une candidature à la présidentielle.
Un des leaders de l’opposition libérale, Boris Nemtsov, a proposé, à l’antenne de la radio Écho de Moscou, de prendre au mot le président russe en exigeant que les réformes politiques soient votées avant le 1er février 2012. M. Medvedev n’a en effet pas précisé quand ses propositions entreraient en vigueur. Sergueï Mitrokhine, leader du parti d’opposition Iabloko, a estimé de son côté que ces propositions « ne répondent pas à la principale question, qui est de savoir si les législatives frauduleuses seront invalidées », selon Interfax.
Rappelons que les législatives ont suscité une contestation sans précédent dans le pays depuis les années 1990, l’opposition dénonçant de vastes fraudes au profit du parti au pouvoir Russie unie qui a gardé la majorité absolue à la Douma (Chambre basse). Selon une étude publiée hier, jusqu’à 200 000 personnes pourraient manifester samedi à Moscou, une mobilisation inédite depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000.
Notons que le président russe a indiqué faire ces propositions en accord avec M. Poutine, l’homme fort du pays, qui a annoncé son intention de revenir au Kremlin à la présidentielle de mars. La présidence a d’ailleurs annoncé jeudi la nomination d’un proche du PM russe, ancien membre comme lui du KGB soviétique, Sergueï Ivanov, à la tête de l’administration du Kremlin. Ce poste est vacant depuis l’élection de son prédécesseur Sergueï Narychkine, présumé lui aussi être issu des rangs de l’ex-KGB, à la tête de la Douma.
Pour le politologue Nikolaï Petrov, de l’antenne russe du Centre Carnegie, les propositions de M. Medvedev visent à désamorcer la contestation pour permettre au régime de se maintenir. « Le pouvoir est contraint à ces changements du système politique », a-t-il précisé. Même opinion pour Iouri Korgouniouk, du fonds Indem, selon lequel le régime en place s’est aperçu qu’il « ne pouvait plus faire aujourd’hui ce qu’il faisait hier ». Les deux experts estiment cependant qu’il pourrait être « trop tard » pour enrayer le développement de la crise politique.
(Source : AFP)

