Ali Cherri livre sur écran les imperceptibles frémissements de son visage...
Pour «Exposure 2011», le choix s’est porté sur sept artistes qui se sont démarqués, parmi une cinquantaine de postulants, par la singularité de leur approche.
À commencer par ce qui pourrait être considéré comme la pièce-phare de cette exposition: la Toyota To Benz de Franziska Pierwoss. Cette artiste allemande, qui partage son temps entre Berlin et Beyrouth, a tout simplement transformé – dans les ateliers de Ouzaï et de Mar Mikhaïl – une Toyota Corona de 1981 en Mercedes-Benz Classe C, 2006!
Trônant au centre de l’espace d’exposition du BAC, ce modèle hybride (carrosserie de berline allemande sur habitacle japonais) exprime avec une terrible évidence ce goût du show off, souvent frauduleux et fabriqué de toutes pièces, largement répandu dans la société libanaise!
Autre pièce intéressante, My Pain Is Real, trois vidéos formant une installation conçue par l’artiste libanais Ali Cherri. Lequel livre sur écran les imperceptibles frémissements de son propre visage (curieusement parcouru par le curseur d’un ordinateur en forme de main), accompagnant en simultané deux vidéos mêlant en vrac des images privées et d’autres d’événements traumatisants (à l’instar du 11-Septembre ou de la guerre de 2006). Une manière d’explorer l’impact des images de la violence, relayées quotidiennement par les médias sur nos êtres, nos souvenirs, nos visages même!
Impact de la violence et questionnement identitaire
Impact de la violence également, celle des événements de 1975, dans la Vitrine 70 de Stéphanie Saadé. Née au Liban, cette jeune plasticienne, qui travaille entre la France, la Chine et son pays d’origine, présente ici deux photographies (format poster, imprimées au jet d’encre) posées sur un présentoir en plâtre et bloc de ciment. Des images d’un amalgame informe de bronze et de verre.
En fait, il s’agit d’un ensemble de petites pièces d’antiquités du Musée national qui, bien qu’ayant été entreposées à l’abri durant la guerre, ont été victimes d’un incendie les transformant en un magma impossible à démêler. Et, tout autant, à déchiffrer. Une métaphore de la situation du pays du Cèdre et de son peuple, signale la notice qui accompagne ce travail.
Questionnement sur l’identité évoquée par l’installation (elle-même faisant partie d’un travail en cours de l’artiste, A Tribute to Danis Tanovic) de Nadia al-Issa, née en Syrie mais vivant et travaillant au Liban. Laquelle, planifiant de camper dans un no man’s land de la frontière syro-libanaise, expose le matériel de campement nécessaire, les formulaires d’autorisation, ainsi que les incertitudes et les angoisses inhérentes à un tel projet...
Moins clairement lisible, mais dégageant un certain attrait, la Moonlight Boutique de Setareh Shabazi, photographe iranienne partageant son temps entre Beyrouth, Berlin et Téhéran. L’œuvre est composée d’un mur d’images (clichés et collages) digitales laminées sur panneaux de bois. Elle semble également questionner les composantes de l’identité, entre symboles et nostalgie.
Exploration des textures du son à travers les vocalises du duo d’artistes vidéastes, Bassem Mansour (Libanais installé au Koweït) et Dana Aljouder (Koweïtienne), enregistrées et filmées dans différents environnements.
Et regard sociopolitique de la Franco-Suisse Laure de Selys qui, dans Submarine, une vidéo accompagnée d’un texte sur boîte lumineuse, pointe du doigt le problème de l’inaccessibilité à l’eau et à la mer dans les territoires occupés. Et la résignation de leurs habitants à «cet état de perte qui devient une façon d’être».
Une variété de concepts et de démarches artistiques pour des œuvres qui mettent en évidence le dynamisme de la jeune scène artistique locale!
* Jisr el-Wati. Horaires d’ouverture : du lundi au samedi, de 12h à 20h. Tél. : 01/397018.


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