« Plus de 5 000 personnes sont mortes en Syrie. Cela ne peut plus durer. Au nom de l’humanité, il est temps pour la communauté internationale d’agir », a ainsi déclaré le secrétaire général de l’ONU, qualifiant la situation de « très inquiétante. J’espère que les Nations unies seront en mesure de prendre des mesures concertées », a-t-il souhaité. Rappelons que le Conseil de sécurité n’arrive pas à se mettre d’accord sur une résolution condamnant la répression sanglante, du fait de l’opposition de la Russie et de la Chine, qui avaient opposé un double veto le 4 octobre dernier, torpillant un projet de résolution sur la Syrie et provoquant la colère de la France, qui avait estimé que c’était « un scandale ». M. Ban a en outre indiqué qu’il avait transmis « ces derniers jours » au Conseil de sécurité un rapport du Conseil des droits de l’homme condamnant le régime de Damas pour les exactions commises en Syrie.
Régime « mort-vivant »
Les États-Unis n’y sont pas non plus allés de main morte, au cours de l’audition devant une commission de la Chambre des représentants, Frederic Hof, coordinateur des Affaires régionales pour le Moyen-Orient au département d’État, a déclaré : « Notre point de vue est que ce régime est l’équivalent d’un mort-vivant. » Interrogé sur le temps que pourrait mettre le régime à s’effondrer, il a répondu que cela était « difficile à prévoir. Mais je ne vois pas ce régime survivre ». Il a par ailleurs appelé la Russie, la Chine et l’Inde à se joindre aux efforts de l’ONU pour protéger la population syrienne de la répression, allant jusqu’à accuser les États qui s’opposent à l’action de l’ONU de « calculs politiques ». Par ailleurs, l’élu républicain Steven Chabot, qui présidait l’audition, a estimé que la politique, qui a été défendue par l’administration récemment, « d’encourager la non-violence contre le régime d’Assad devient de plus en plus intenable ».
En attendant, l’opposant syrien Abdallah Terkmani, représentant du Conseil national syrien (CNS) à Tunis, a indiqué que le premier congrès de l’organisation se tiendra du 16 au 18 décembre à Tunis, précisant que Burhan Ghalioun y sera présent aux côtés de quelque 200 membres du CNS.
Intenable
Malgré les appels pressants de la communauté internationale, la situation sur le terrain reste intenable, au moins 35 personnes ayant trouvé la mort, dont 23 dans la seule région de Hama. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des insoumis ont tendu une embuscade à un convoi de quatre jeeps militaires, faisant huit morts parmi les soldats. Cette embuscade constituait apparemment une riposte après une attaque de l’armée contre une voiture de civils, qui avait fait cinq morts. Peu après, des activistes ont signalé que des militaires, appuyés par des chars d’assaut, avaient tué au moins dix personnes. À Homs, cinq civils ont en outre été tués par des tirs nourris de mitrailleuses dans des quartiers comme al-Bayyada et Bab Amro, où quatre autres personnes ont péri « à la suite d’actes de torture ou de blessures reçues il y a quelques jours ». À Idleb, près de la frontière turque, trois civils ont également été tués par des tirs des forces de sécurité à Maar Masrine. « Une femme irakienne a été tuée par des tireurs embusqués à Zabadani » dans la province de Damas, a rapporté l’OSDH, ajoutant qu’un autre civil a péri sous les balles de la sécurité à Bosr al-Harir, dans la région de Deraa. Des affrontements entre insoumis et forces de sécurité ont également lieu dans le village al-Loujat, selon la même source. Près de la capitale, les liaisons téléphoniques étaient coupées depuis l’aube à Douma alors que des tirs nourris étaient entendus près du bâtiment de la sécurité de l’État dans cette ville à 20 km de Damas. Les insoumis ont par ailleurs attaqué le QG de l’aviation militaire à Mazzé.
Signalons également que le journaliste Ammar Masarea a été arrêté par les forces de sécurité alors qu’il se trouvait à l’aéroport de Damas.
La grève, « deuxième étape »
Par ailleurs, la grève décrétée depuis dimanche par les militants pro-démocratie se poursuivait à Deraa, Homs, Hama, Idleb et Douma. Sur leur page Facebook, les militants ont appelé les Syriens à poursuivre le mouvement de désobéissance civile, écrivant : « La deuxième étape a commencé, nous allons fermer nos portables pendant quatre heures les après-midi, bloquer les rues, aller au travail mais sans vraiment travailler, couper les moyens financiers du régime, avec lesquels il tue nos enfants ». Lundi, « personne n’a voté aux municipales. La grève continue depuis dimanche et les élèves ne vont pas à l’école », a indiqué de son côté Hachem, un habitant de Kanaker, à 50 km au sud de Damas.
Sur un autre plan, le chef du Parlement irakien Oussama al-Noujaifi a affiché sa crainte de voir une guerre civile en Syrie déborder sur son pays. Téhéran a de son côté décidé de baisser de 60 % les taxes imposées sur les produits syriens importés.
Signalons finalement que le Parlement européen a remis son prestigieux prix Sakharov à cinq militants du printemps arabe, lors d’une cérémonie marquée par les messages émouvants transmis par les deux lauréats syriens, Ali Farzat et Razan Zeitouneh. Dans son message enregistré, M. Farzat a rendu hommage à tous les Syriens qui vont manifester « malgré la peur », car ils « savent à quel point la liberté est précieuse ». La lauréate s’est également adressée aux députés, par le biais d’un message écrit particulièrement émouvant : elle y dédie son prix à Ghiyath Matar, un militant mort en détention en septembre dernier, à 26 ans, à la suite de tortures, et dont l’épouse a donné naissance « il y a quelques jours » à un garçon qui porte son prénom.
(Sources : agences et rédaction)


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