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Nos lecteurs ont la parole

Le Moyen-Orient en pleine tourmente

Par Joseph W. ZOGHBI
Peut-on vraiment qualifier de printemps arabe ce qui se passe de l’océan au Golfe, de la corne de l’Afrique aux confins de la Turquie, du Yémen aux rives de la Méditerranée ? Chacun le voit à sa manière. L’Américain, de sa position de relative force, pense profiter de la situation pour augmenter ou garder son influence dans la région. L’Europe se brûle les doigts en tirant les marrons du feu et pense qu’elle va les déguster. Les Frères musulmans, qui n’avaient rien à voir dans les soulèvements, cherchent à profiter du désarroi général pour gouverner. Le peuple, qui en a ras le bol et qui a été le moteur du soulèvement, entrevoit des lendemains qui chantent. Les petites puissances de la région s’imaginent, elles aussi, pouvoir profiter pour se renforcer ou pour ne pas devenir le dindon de la farce. 
L’équilibre est rompu et personne ne sait comment il va être rétabli. L’instabilité règne et régnera pour un bon bout de temps, mais personne ne sait à terme dans quel équilibre la région va s’installer. Un équilibre basé sur la démocratie ? Sur la terreur ? Ou sur de nouvelles dictatures religieuses ? C’est une inconnue. 
Tout ce monde s’agite comme des électrons chauffés à blanc sans encore trouver leur compte. Les États-Unis quittent l’Irak sans avoir obtenu satisfaction ; ce pays n’a pas pu devenir un ami, exception faite pour une partie, le Kurdistan, alors que l’Iran exerce une grande influence sur l’Irak. Et donc le grand vainqueur de la guerre finalement n’est pas celui que l’on croit, mais un autre. Est-ce acceptable, pour un pays qui a englouti plus d’un trillion de dollars et eu des milliers de morts, de voir sa conquête glisser vers d’autres cieux ? Ça l’aurait été si l’Iran était un allié des États-Unis, mais ce pays ne l’est pas puisqu’il est, d’un côté, le pire ennemi d’Israël, son allié stratégique, et, d’un autre côté, l’ennemi religieux et régional de l’Arabie saoudite, son autre ami. Alors que faire ? Il faut essayer – ironie ! – de saboter la région pour affaiblir le grand vainqueur de la guerre qu’est l’Iran sans avoir combattu, en brisant sa forte alliance avec la Syrie faute de lui faire directement une guerre qui sera dangereuse politiquement et militairement. Mais il s’avère que la Syrie n’est pas une mince affaire, c’est un pays puissant et stratégique dans la région, et le briser comporte des risques énormes quand on ne maîtrise pas la situation. De surcroît, les calculs ont été faussés quand on a sous-estimé les Russes, qui voient d’un très mauvais œil qu’on puisse empiéter sur leurs plates-bandes aussi bien en Turquie, qui a déployé le fameux bouclier antimissiles américain, ce qui les a menés à installer leurs stations d’alarme, qu’en Syrie en mettant en péril leur seule base militaire marine dans les « eaux chaudes », comme si les planificateurs de la chute du régime syrien avaient oublié ce point historique important stratégiquement depuis Pierre le Grand. C’est aussi comme si les planificateurs n’avaient pas retenu la leçon qu’il ne faut pas empiéter sur l’espace vital de quelqu’un au risque de le voir devenir violent, très violent. La Turquie, qui a montré ses serres imprudemment pendant un moment, se hâte maintenant de les rentrer sentant le danger devenir trop fort. 
Et Israël dans tout ça ? Ce pays, qui a perdu de nombreuses occasions de résoudre son conflit avec ses voisins, se trouve maintenant devant un dilemme : attaquer l’Iran, au risque de se voir infliger des pertes physiques et politiques immenses, ou s’écraser en attendant le moment propice alors que le temps ne joue pas en sa faveur puisque l’Iran se dote probablement de l’armement nucléaire. Tout cela sur fond de guerre civile en Syrie qui risque de déborder partout dans les pays de la région et de la déstabiliser encore plus, avec des résultats indéfinis. 
L’imprudence occidentale devient flagrante. Alain Juppé a été dupé. La Libye, qu’il a voulu démocratique et laïque, se voit gouvernée par les Frères musulmans ; la Tunisie aussi, et maintenant le Maroc. L’Égypte va aux urnes avec à la clé aussi la victoire attendue des Frères musulmans. On viole dans les rues du Caire, les femmes protestent contre la mainmise des Ikhwane en se mettant toutes nues sur le Net, s’attirant les foudres des barbus. 
Chaque pays qui se « démocratise » le fait selon ses structures socioculturelles, principalement religieuses puisque la culture dans ces pays a été complètement étouffée. Le temps de la séparation de la religion et de l’État n’est pas encore venu. Entre-temps, nous devons tenir bon au Liban en luttant pour arriver à cette séparation. À cet égard, la demande du patriarche concernant le mariage civil obligatoire vient à point et lance le débat qui
sera à la base de la paix civile
au Liban.
Peut-on vraiment qualifier de printemps arabe ce qui se passe de l’océan au Golfe, de la corne de l’Afrique aux confins de la Turquie, du Yémen aux rives de la Méditerranée ? Chacun le voit à sa manière. L’Américain, de sa position de relative force, pense profiter de la situation pour augmenter ou garder son influence dans la région. L’Europe se brûle les doigts en tirant les marrons du feu et pense qu’elle va les déguster. Les Frères musulmans, qui n’avaient rien à voir dans les soulèvements, cherchent à profiter du désarroi général pour gouverner. Le peuple, qui en a ras le bol et qui a été le moteur du soulèvement, entrevoit des lendemains qui chantent. Les petites puissances de la région s’imaginent, elles aussi, pouvoir profiter pour se renforcer ou pour ne pas devenir le dindon de la farce....
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