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Nos lecteurs ont la parole

Réapprendre à écrire le français

Par Philippe KANDALAFT
À l’heure où les organisateurs du Salon du livre francophone de Beyrouth constatent un ralentissement dans la fréquentation du salon et essaient d’en comprendre les raisons, que la coopération avec l’État français ne cesse de se renforcer, que les comités de la francophonie se mobilisent pour promouvoir la langue française, que la Mission culturelle française, plus généralement connue sous le nom de Centre culturel français, se transforme en Institut français avec également une attention particulière portée à la promotion de la langue et de la culture françaises, j’ai pensé qu’une réflexion sur l’état de la langue française au Liban était plus que jamais indispensable. 
Il est vrai que le sens souvent donné au terme « Francophonie » ou « Littérature francophone » est très discuté. Le sujet fait suffisamment débat pour ne pas s’en rendre compte. Certains réfutent d’ailleurs cette expression parce qu’elle semble porter en elle un aspect réducteur. « Francophonie » ou « Littérature francophone », disent-ils, se rapporteraient à la langue ou littérature d’expression française mais qui n’est pas essentiellement française. Ce qui reviendrait à dire qu’il existe en réalité une littérature française et une autre d’expression française en référence aux pays qui font partie du cercle francophone, excepté bien entendu la France. Nous aurions tort de penser la francophonie dans ce sens. Car ce serait admettre la coexistence de deux langues françaises, celle parlée et écrite en France et celle parlée et écrite dans les autres pays membres. Donc deux niveaux de langue. Certes, il ne s’agit pas de transformer les petits Libanais en petits Français. C’est d’ailleurs impossible. Et c’est d’autant plus valable pour le français parlé. J’entends, la facilité à s’exprimer verbalement, le débit ou la richesse du vocabulaire, l’aisance, la spontanéité. Pour le français écrit c’est une toute autre affaire,car il est plus étroitement lié à l’apprentissage et la maîtrise de la langue « des études ». 
Il est désormais évident que nous assistons, depuis plus d’une décennie, à un recul véritable de la langue française au Liban. Les parties concernées (communauté éducative libanaise et francophone) ont fourni, sans doute, de grands efforts afin de la rendre plus accessible. Mais peut-être ont-elles pêché par excès de zèle en pensant qu’il fallait niveler par le bas. Ce faisant, elles ont pris de grands risques. Leurs actions portant sur « le français langue étrangère » ou « le français adapté », si elles sont louables en elles-mêmes, n’apportent pas de vraies solutions. Surtout lorsque nombre de disciplines scolaires et universitaires sont enseignées en français et qu’il n’y a pas au Liban, à ce que je sache, d’intention d’arabiser le système éducatif. On explique souvent qu’il fallait, avec la baisse de niveau général, adapter la langue française à celui des petits Libanais. Mais les enfants d’avant-guerre n’étaient pas mieux lotis : quand ils entraient en maternelles, avec de surcroît des classes de quarante-cinq élèves, la très grande majorité d’entre eux ne s’exprimaient pas en français et leurs parents non plus. Et pourtant, ils ont fait leur chemin en tête des meilleurs écoles et établissements universitaires au Liban ou à l’étranger avec, reconnaissons-le, pour la plupart une bonne maîtrise de la langue. On explique également que devant l’accès facile à la langue anglaise, il fallait tailler dans les difficultés de la langue française pour continuer d’attirer les petits Libanais. En agissant ainsi, je ne suis pas sûr que nous ayons bien cerné le problème et que nous leur ayons rendu service. Professeurs, instituteurs, directeurs de collèges et de lycées, doyens, recteurs, enfin membres de la société éducative au Liban sont unanimes à reconnaître cette baisse généralisée du niveau de la langue française. Je n’exclue pas ici quelques-uns des meilleurs établissements, scolaires soient-ils ou universitaires. Il suffit d’examiner de plus près le travail des élèves ou des jeunes étudiants en phase préparatoire ou même de validation de diplôme. L’expression écrite, vous le constaterez, est moins que moyenne pour ne pas dire pitoyable. Les règles les plus élémentaires de l’écriture ne sont pas acquises. La structure de la phrase, la notion même de phrase est absente. Il n’existe aucune connaissance de la coordination par exemple et pire de la ponctuation. Si bien que lorsque vous les lisez vous ne comprenez plus où commence et où se termine leur énoncé. Ne parlons pas ici des choses plus compliquées comme l’orthographe, les accords, la concordance des temps, la répartition des paragraphes, la maîtrise du vocabulaire ou des phrases complexes, l’usage des possessifs. Les « fondamentaux » ou règles élémentaires de l’écriture font, en effet, strictement défaut. Et, c’est là que le problème réside réellement : revenir à ces règles, à la base, avec la volonté de les faire acquérir aux enfants à chaque étape de leurs parcours. Si les compétences manquent, il faudra travailler à une meilleure sélection des enseignants et à leur formation. Mais, par la même occasion, il ne faudra pas oublier de sanctionner, c’est-à-dire d’entériner et de punir à la fois. Peu importe le sens que l’on donnera alors au terme « francophonie ». L’essentiel étant dans le fardeau que l’on fait porter et assumer aux enfants tout le long de la vie car ils doivent lire en français, comprendre en français et s’exprimer par la suite en français, pour la majorité des disciplines étudiées. Imaginez un peu les tares qu’ils ou qu’elles véhiculent lorsque, au départ, les « fondamentaux » ne sont pas bien assimilés. Voilà pourquoi nous avons le devoir et même l’obligation morale et pédagogique de revenir sur la nature de l’enseignement fourni et ses exigences. 
Car aujourd’hui, tout le monde ou presque ferme les yeux : les uns affirment sans cesse que l’échec scolaire est néfaste, mais n’apportent pas de solution pour remédier aux lacunes constatées, les autres calculent en terme de politique financière et de rentabilité, enfin les parents pensent tout simplement que leurs enfants sont des génies. Beaucoup s’accordent à répéter : on ne peut pas faire mieux dans l’état actuel des choses, le Liban traversant des circonstances délicates. La belle excuse que celle-là ! Alors dans tout cela, que devient la politique éducative ? Elle est, hélas, réduite à sa plus simple expression : un couloir qu’il convient de faire traverser aux élèves et aux étudiants sans obstacles et sans embûches, afin, de ne pas submerger le marché du travail, de maintenir en équilibre un exercice budgétaire, et de satisfaire ailleurs l’ego des parents, ceux-là qui inondent leurs enfants de propos élogieux quand ce n’est pas de feux d’artifice et de pétards de tout genre.
 Revenir aux règles élémentaires dès le plus jeune âge scolaire est donc plus qu’une nécessité absolue, c’est une exigence avec laquelle il faudrait se réconcilier : réapprendre à lire et à écrire correctement dans l’intérêt des générations à venir. Et à l’ère où l’ordinateur semble être un outil de travail fantastique ne pas croire surtout qu’il fera tout à notre place. Il ne saurait y avoir deux langues françaises, celle de la France et celle du Liban. Il y a tout simplement un français écrit et parlé correctement, et ce critère de qualité devrait être le même partout. Sur le fond, tout projet pédagogique devrait prendre en compte ce postulat. En réaffirmant cette règle il ne s’agit pas, évidemment, d’oublier les spécificités du Liban, mais de savoir en tenir compte pour un résultat meilleur sans nous détourner pour autant de l’objectif
principal : la maîtrise de la langue et la capacité à écrire correctement. Volonté, compétence, formation, sanction, devoir moral, obligation pédagogique, courage, défi, politique éducative sont de maîtres mots pour réussir cette mission.
À l’heure où les organisateurs du Salon du livre francophone de Beyrouth constatent un ralentissement dans la fréquentation du salon et essaient d’en comprendre les raisons, que la coopération avec l’État français ne cesse de se renforcer, que les comités de la francophonie se mobilisent pour promouvoir la langue française, que la Mission culturelle française, plus généralement connue sous le nom de Centre culturel français, se transforme en Institut français avec également une attention particulière portée à la promotion de la langue et de la culture françaises, j’ai pensé qu’une réflexion sur l’état de la langue française au Liban était plus que jamais indispensable. 
Il est vrai que le sens souvent donné au terme « Francophonie » ou « Littérature francophone » est très discuté. Le sujet...
commentaires (1)

Tout dépend de la volonté de l'Etat à conserver ou non la langue française dans le patrimoine culturel libanais, et les moyens qu'on se donne pour ce faire, même s'il s'agit d'un héritage historique. C'est vrai que la qualité du français et l'intérêt qu'on lui porte se perdent mais cela est peut-être dû en partie au fait que durant ces trente dernières années, l'ouverture vers l'étranger s'est davantage axée sur les affaires dont la langue (pour ne pas dire langage tant elle est bafouée) est l'anglais. Il y a aussi (et je n'en connais pas la raison) une sorte de ras-le-bol de la France et de l'esprit français au Liban, phénomène assez palpable surtout chez les jeunes. Quant au Salon du livre, je trouve qu'il est démesuré de le tenir sur une durée de onze jours ! Le Liban n'a pas la population nécessaire pour absorber onze jours de salon (sachant que le Salon de Paris se tient sur quatre jours seulement !). A méditer... (cela dit, M. Kandalaft, il y a dans votre article une faute de grammaire, d'inattention je n'en doute pas un instant, mais je vous le dis tout bas parce qu'on va encore m'attribuer des métiers qui ne sont pas les miens) (sourire).

Robert Malek

06 h 44, le 14 décembre 2011

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Commentaires (1)

  • Tout dépend de la volonté de l'Etat à conserver ou non la langue française dans le patrimoine culturel libanais, et les moyens qu'on se donne pour ce faire, même s'il s'agit d'un héritage historique. C'est vrai que la qualité du français et l'intérêt qu'on lui porte se perdent mais cela est peut-être dû en partie au fait que durant ces trente dernières années, l'ouverture vers l'étranger s'est davantage axée sur les affaires dont la langue (pour ne pas dire langage tant elle est bafouée) est l'anglais. Il y a aussi (et je n'en connais pas la raison) une sorte de ras-le-bol de la France et de l'esprit français au Liban, phénomène assez palpable surtout chez les jeunes. Quant au Salon du livre, je trouve qu'il est démesuré de le tenir sur une durée de onze jours ! Le Liban n'a pas la population nécessaire pour absorber onze jours de salon (sachant que le Salon de Paris se tient sur quatre jours seulement !). A méditer... (cela dit, M. Kandalaft, il y a dans votre article une faute de grammaire, d'inattention je n'en doute pas un instant, mais je vous le dis tout bas parce qu'on va encore m'attribuer des métiers qui ne sont pas les miens) (sourire).

    Robert Malek

    06 h 44, le 14 décembre 2011

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