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Nos lecteurs ont la parole

Qui donne ordonne

Par Georges TYAN
Des jésuites, j’ai retenu la manière d’écouter un discours ou lire un texte, de l’analyser, d’en tirer les points forts, de mettre en exergue ce qui me semble être le message que son auteur veut faire passer à ses auditeurs ou lecteurs. Je remercie les bons pères de m’avoir inculqué cette possibilité que je crois avoir cultivée.
Pour ce qui est du dernier discours du secrétaire général du parti de Dieu, je ne pense pas qu’il faille trop se fouler la rate ou se gratter les méninges pour en tirer la quintessence. Elle tient en quelques mots, adressés à ceux qui n’admettent pas qu’il puisse exister un État dans l’État et, aux côtés de l’armée régulière, une armée bis qui, du fait de son armement supérieur, la supplante et de loin tant du point de vue force, armement sophistiqué, entraînement, mobilité et sans doute nombre.
Et j’en reviens aux pères jésuites. À côté du bagage culturel et intellectuel qu’ils nous ont communiqué, il y avait cette finesse à nulle autre pareille que nous avons acquise, celle de savoir dire ce que nous voulons dire sans le dire vraiment, tout en respectant autrui, sans le blesser, laissant la porte entrebâillée pour que le dialogue s’y glisse, tel un rai de lumière.
Il y avait aussi les comédies de Molière, les tragédies de Racine et les fables de La Fontaine que nous retenions par cœur ; elles nous amusaient, nous laissaient pensifs, nous faisaient sourire. Entre-temps germait petit à petit en nous une certaine humilité ; nous devenions un peu comme le roseau qui plie mais ne rompt pas, riant de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf et qui finit par éclater.
Ils nous ressassaient également des exemples pleins de bon sens, nous en matraquant à longueur de journée : l’épi de blé courbe la tête parce plein du bon grain, l’ivraie fanfaronne qui reste droite comme un i, tête en l’air, désespérément vide qu’elle est, et le restera.
Mais ce n’est pas tant le discours de M. Nasrallah qui m’a fait revenir à mes années de collège, bien que chaque mot qu’il prononçait fût un défi, non pour mon humble personne – certes mon petit ego de citoyen en a pris un coup -, mais tant de désinvolture envers ce qui reste encore de notre République comme responsables m’a bouleversé.
Où est l’amour-propre des présidents, des ministres, des députés, des hommes de droit et de loi, des militaires à qui on a joué le tour pendable des Mig soviétiques, remplacés par des hélicoptères qui ne voleront jamais dans nos cieux, de tous nos vaillants soldats qui n’avaient que de faibles ressources et leur seul courage à opposer aux infiltrés de Nahr el-Bared.
Je suppose que leur moral est dans leurs petits souliers, qu’ils mettront à Noël
sous la cheminée. Saint Nicolas passera-t-il pour le renflouer ? J’en doute fort, car au train où vont les choses, même lui désertera nos cieux de peur qu’un de ces missiles ne vise son traîneau et le descende en vrille.
Quelle aberration pour un homme de religion censé prêcher l’amour de Dieu et du prochain, approuver publiquement avec enthousiasme la possession par des civils de moyens pour trucider son voisin, allant du pistolet aux lance-roquettes, en passant par les mitraillettes de tout calibre, comme s’il s’agissait de simples ustensiles de cuisine, alors que dans mon entendement, dans un État de droit, détenir un canif est passible de prison.
Cerise sur le gâteau, ces armes sont à l’usage du menu fretin, les siennes sont sophistiquées et coûteuses ; il s’agit de centaines, voire de milliers de missiles de moyenne et longue portée. Et de préciser, comme pour rassurer les esprits chagrins, qu’ils ne sont pas utilisables à l’intérieur des villes. Quel réconfort !
Je ne suis pas vénal, mais il y a des questions légitimes qui se posent : les missiles, l’armement de pointe, son renouvellement puisqu’il n’y a pas de rouille, d’obsolescence, les munitions, l’entraînement des miliciens, leurs habits, leurs salaires, les avantages qui s’ensuivent, tout cela chiffre. Qui paye ?
L’État libanais est exsangue, s’il avait des sous à donner il fournirait à son armée un équipement décent, ramènerait l’électricité, l’eau, offrirait à son peuple des prestations sociales pour le moins convenables, s’occuperait de l’avenir de sa jeunesse et du bien-être des plus âgés. Le seuil de mendicité, qui désormais est bien en vue, s’estomperait.
Alors qui paye ?
Qui sont ces généreux donateurs prodigues d’armes, destructrices pour leurs utilisateurs plus que pour ceux qui, hypothétiquement, les recevront sur la tête, sachant qu’en retour, un seul avion de combat peut occasionner beaucoup plus de dégâts que cent ou mille missiles. Nous en savons quelque chose. Personne, je le crois, n’a envie de remettre le couvert.
Je ne suis pas défaitiste, mais pragmatique, je n’aime ni les armes ni leur langage. De plus, je pense que ce n’est pas demain la veille que le rapport des forces va changer, sachant qu’aussi innocents qu’ils soient, ces cadeaux au coût faramineux ne sont pas sans retour, le ou les donateurs étant loin d’être des organisations caritatives.
Qui donne ordonne ; un jour prochain, le parti de Dieu devra passer à la caisse, rendre des comptes. D’ici là, aura-t-il rempli son contrat, fait courber l’échine à ses opposants, réduit au silence les chantres du printemps arabe, récupéré les territoires occupés par les sionistes depuis 1948 ?
Pas un seul Libanais, j’en suis certain, ne contredirait M. Nasrallah et son parti dans leur aversion de l’État sioniste et son rejet, mais encore faut-il ne pas affaiblir et étioler notre pays, car seul un Liban uni, florissant, havre de paix et de liberté, peut efficacement contrer et Israël et ses protecteurs qui, eux, ne s’embarrassent pas de manigances pour assurer sa pérennité.
Et partant annihiler, sinon éradiquer, une fois pour toutes, le seul exemple flagrant dans cette région du monde, où des communautés diverses vivent en bonne intelligence et parfaite harmonie sur un même sol, criant à qui peut l’entendre, même aux durs d’oreilles, qu’avant tout ils sont libanais.
Des jésuites, j’ai retenu la manière d’écouter un discours ou lire un texte, de l’analyser, d’en tirer les points forts, de mettre en exergue ce qui me semble être le message que son auteur veut faire passer à ses auditeurs ou lecteurs. Je remercie les bons pères de m’avoir inculqué cette possibilité que je crois avoir cultivée.Pour ce qui est du dernier discours du secrétaire général du parti de Dieu, je ne pense pas qu’il faille trop se fouler la rate ou se gratter les méninges pour en tirer la quintessence. Elle tient en quelques mots, adressés à ceux qui n’admettent pas qu’il puisse exister un État dans l’État et, aux côtés de l’armée régulière, une armée bis qui, du fait de son armement supérieur, la supplante et de loin tant du point de vue force, armement sophistiqué, entraînement,...
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