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Liban - Social

Salaires : un « mauvais » projet qui unit et divise tout le monde

Le projet de relèvement des salaires adopté mercredi en Conseil des ministres a été rejeté par une partie du patronat et des syndicats et accepté de mauvaise grâce par une autre. Les enseignants ont lancé un mot d’ordre de grève pour jeudi prochain et des menaces de recours au Conseil d’État fusent de partout.
Le projet de décret de majoration des salaires adopté mercredi en Conseil des ministres fait pratiquement l’unanimité autour de lui : personne n’en est satisfait. Cependant, tant au sein du patronat que chez les syndicats, les partenaires sont jusqu’ici très divisés sur la marche à suivre. D’aucuns affirment leur rejet du texte et envisagent une nouvelle fois la saisine du Conseil d’État, voire donnent le mot d’ordre de grève, tandis que d’autres insistent sur la nécessité de mettre un terme à la crise sociale qui dure depuis plusieurs mois en appelant à considérer ce projet comme un pis-aller.
Mais d’abord, au-delà des partenaires sociaux, c’est au sein même du gouvernement que le projet adopté aura provoqué les fissures les plus graves. Désormais, soulignent de nombreux observateurs, il n’y a plus de composantes gouvernementales concurrentes mais alliées, il y a des barricades dressées les unes contre les autres ; des barricades à partir desquelles on tire un jour à droite et le lendemain à gauche. C’est par exemple le cas du Hezbollah qui, après avoir sagement fait voter par ses deux ministres le projet défendu par le chef du gouvernement, Nagib Mikati, annonce vingt-quatre heures plus tard son soutien à l’ordre de grève et de manifestation lancé hier par le comité de coordination syndical, qui regroupe les syndicats d’enseignants du public et du privé.
Dans un communiqué publié en soirée, le Hezbollah est allé jusqu’à justifier ce soutien par la nécessité de « rejeter la méthode avec laquelle le Conseil des ministres a traité la question des salaires et la crise sociale ». C’est un comble, sachant que le matin même, sur les pages du journal as-Safir, l’un des deux ministres du parti, Mohammad Fneich, confirmait son adhésion et celle de son collègue Hussein Hajj Hassan au plan de M. Mikati.

 La grogne du CPL
Quant au CPL du général Michel Aoun, il se considère désormais clairement comme le dindon de la farce du cabinet. Le ministre du Travail, Charbel Nahas, dont le projet avait été cavalièrement court-circuité par ses propres alliés qui lui avaient préféré le plan Mikati, a ouvert hier le feu dans toutes les directions, menaçant de recourir au Conseil d’État et n’épargnant même pas ses partenaires au sein du bloc du Changement et de la Réforme. Freige Sabounjian, ministre du Tachnag qui s’était détaché de ses collègues pour voter en faveur du projet du chef du gouvernement, s’est ainsi vu traiter par M. Nahas de « trop proche des intérêts de sa poche ».
Plus généralement, la grogne monte dangereusement au sein du CPL contre l’attitude des alliés, et en particulier du Hezbollah. Alors même que sous la pression du chef des Marada, Sleimane Frangié, le général Aoun avait accepté de faire participer ses ministres à la réunion gouvernementale de mercredi, très précisément parce qu’il devait y être question du projet social de Charbel Nahas, le comportement du parti de Dieu et des autres composantes du 8 Mars s’est révélé, pour le moins, inamical à son égard.
Des sources aounistes ont d’ailleurs révélé à L’Orient-Le Jour qu’un mouvement de ras-le-bol commence sérieusement à pointer au sein du CPL, où l’on se demande pourquoi on n’est jamais payé en retour pour tous les services rendus au Hezbollah. À en croire les mêmes sources, la grogne viserait aussi le chouchou du CPL lui-même, le ministre de l’Énergie Gebran Bassil, rendu en partie responsable de cette situation.
Pour en revenir à la question sociale, le ministre du Travail – et le CPL derrière lui – jouent à fond dans cette affaire, comme dans d’autres, la carte des réformateurs incompris par le reste de la classe politique. M. Nahas oublie néanmoins que son plan avait été rejeté par l’ensemble des partenaires sociaux avant que de l’être par les autres composantes du gouvernement.
Comme l’explique Fouad Zmokhol, président du Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprises libanais (RDCL), le rôle du gouvernement, et singulièrement du ministre du Travail, est d’être un arbitre entre les partenaires sociaux, d’opérer la synthèse entre leurs vues respectives. « Or au lieu de faire cela, M. Nahas est venu dire aux partenaires sociaux : “vous ne comprenez rien tous les deux (patronat et syndicats) ; moi, je comprends”. »
En fait, précise M. Zmokhol, sur le fond, personne ne peut être contre le plan de M. Nahas, lequel, dans son essence, intègre l’ensemble des volets des prestations sociales dans une vision globale. « Mais il s’agit d’un projet ambitieux qui nécessite des mois, voire des années d’étude et qui, en tout état de cause, ne saurait résoudre le problème qui se pose aujourd’hui. »
Pour le chef du RDCL, l’essentiel est là : en finir avec la crise sociale qui secoue le pays depuis plusieurs mois. Voilà pourquoi le projet adopté par le gouvernement devrait être avalisé, bien qu’étant à ses yeux « mauvais » et qu’il pèserait lourd sur les finances des entreprises, en particulier des PME.
« Il y a des tensions au sein des entreprises et le fossé s’est élargi entre les partenaires sociaux. On ne peut plus négocier. Il fallait donc une issue de secours », souligne-t-il, en indiquant que le patronat se réunirait incessamment pour adopter une position commune. « Nous n’allons pas nous diviser », assure-t-il.
Ce n’est – jusqu’ici – pas le point de vue du président de l’Association des commerçants de Beyrouth, Nicolas Chammas, qui reproche à certains organismes patronaux d’avoir au cours des soixante-douze heures qui ont précédé le Conseil des ministres mené des « conciliabules » avec les syndicats « sans avoir reçu de mandat » de l’ensemble du patronat. « Vous vous êtes déshabillés sans résultat », lance M. Chammas à l’égard de ses collègues, en référence au mécontentement des syndicats.
Affirmant que l’association « envisage » un recours devant le Conseil d’État, il note que certaines conclusions de cette instance, dans l’avis rendu en octobre sur le premier projet présenté par le gouvernement, n’ont pas été respectées dans le plan actuel, notamment en ce qui a trait à la prise en compte de l’indice des prix et sur le point concernant le soutien aux écolages.
« Le fardeau est beaucoup plus lourd que prévu », souligne-t-il, en précisant que le secteur commercial représente 33 % de l’activité du pays et emploie 27 % de la population active.
La veille, sur la chaîne NBN, M. Chammas avait défendu son point de vue en exhibant des manchettes de L’Orient-Le Jour datées du 20 au 28 février 1992. Il y était question d’une majoration de 60 % des salaires, suivie aussitôt d’un dérapage des prix et d’une inflation galopante qui allait entraîner la monnaie nationale dans les abîmes.
« Ce que nous disons aujourd’hui, c’est qu’il faut faire attention à la spirale inflationniste salaires-prix », souligne-t-il.
Du côté syndical, le président de la CGTL a qualifié hier d’« injuste » le projet du gouvernement, mais il s’est abstenu jusqu’ici de s’associer au mouvement de grève décrété par les enseignants.
Ces derniers, par le biais du Comité de coordination syndicale, ont, en sus de la grève, menacé eux aussi de recourir au Conseil d’État, en faisant valoir que les pourcentages d’augmentation prévus dans le projet ne sont qu’un leurre dans la mesure où ils sont neutralisés par les plafonds fixes (200 000 pour les salaires de moins d’un million de LL et 275 000 pour la tranche au-dessus du million).
Le projet de décret de majoration des salaires adopté mercredi en Conseil des ministres fait pratiquement l’unanimité autour de lui : personne n’en est satisfait. Cependant, tant au sein du patronat que chez les syndicats, les partenaires sont jusqu’ici très divisés sur la marche à suivre. D’aucuns affirment leur rejet du texte et envisagent une nouvelle fois la saisine du Conseil d’État, voire donnent le mot d’ordre de grève, tandis que d’autres insistent sur la nécessité de mettre un terme à la crise sociale qui dure depuis plusieurs mois en appelant à considérer ce projet comme un pis-aller.Mais d’abord, au-delà des partenaires sociaux, c’est au sein même du gouvernement que le projet adopté aura provoqué les fissures les plus graves. Désormais, soulignent de nombreux observateurs, il n’y a plus...
commentaires (1)

- - NOUS attendons avec impatience mardi prochain , ou peut-être avant , de connaître la décision " politique " attendue par la base , du conseil du CPL réuni par son chef , sur ce qui est arrivé en conseil des ministres , le lâchage des alliés politiques , fièrement confirmé aux médias le lendemain par un de leurs ministres , comme pour remuer le poignard dans la plaie . Jamais , mais jamais , même du temps de Rafik Hariri , un projet de loi sur les affaires sociales , n'avait été présenté et approuvé , sans que le ministre de tutelle , ne l'ai lu , approuvé et présenté lui même !! La cassure est profonde , le cristal s'est fissuré et reste irréparable . Le conseil des ministres du mercredi 7 décembre 2011 , restera une date à retenir , et après cette date , rien ne sera plus comme avant .

JABBOUR André

00 h 22, le 09 décembre 2011

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  • - - NOUS attendons avec impatience mardi prochain , ou peut-être avant , de connaître la décision " politique " attendue par la base , du conseil du CPL réuni par son chef , sur ce qui est arrivé en conseil des ministres , le lâchage des alliés politiques , fièrement confirmé aux médias le lendemain par un de leurs ministres , comme pour remuer le poignard dans la plaie . Jamais , mais jamais , même du temps de Rafik Hariri , un projet de loi sur les affaires sociales , n'avait été présenté et approuvé , sans que le ministre de tutelle , ne l'ai lu , approuvé et présenté lui même !! La cassure est profonde , le cristal s'est fissuré et reste irréparable . Le conseil des ministres du mercredi 7 décembre 2011 , restera une date à retenir , et après cette date , rien ne sera plus comme avant .

    JABBOUR André

    00 h 22, le 09 décembre 2011

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