Vladimir Poutine devrait être élu en mars pour un troisième mandat, après ceux accomplis entre 2000 et 2008. Alexei Nikolsk/
Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont affirmé lundi avoir constaté des "violations" lors des législatives en Russie qui ont accordé la veille la majorité absolue à la chambre basse du Parlement au parti de Vladimir Poutine.
"Le vote était bien organisé mais la qualité du processus s'est considérablement détériorée durant le décompte des voix, qui a été caractérisé par des violations fréquentes de la procédure, notamment avec de sérieuses indications de bourrage des urnes", a relevé la mission de l'OSCE. Comme en 2007, elle a aussi constaté que "la concurrence politique avait été limitée et pas équitable" durant la campagne et a souligné "le manque d'indépendance" des autorités électorales, des médias et la trop grande proximité de l'Etat et de Russie Unie.
Le président russe, Dmitri Medvedev a ignoré lundi ces critiques, jugeant comme la veille que le vote avait été démocratique. Le score de Russie unie est "ni plus ni moins" que la réalité. "En ce sens, les élections ont été honnêtes, équitables et démocratiques", a-t-il dit, selon Interfax.
Le parti au pouvoir a obtenu, en vertu d'un système complexe de répartition des sièges lié au mode de scrutin, 238 mandats sur 450, soit 12 sièges de plus que la majorité absolue. Il n'aura donc besoin d'aucun soutien pour former le gouvernement. Russie unie recueille 49,54% des voix, un niveau toujours très élevé mais qui représente une baisse d'environ 15 points par rapport au score réalisé au scrutin de 2007 (64,3%). Le parti de Poutine avait alors obtenu 315 sièges à la Douma et perd donc 77 députés et la majorité des deux tiers qui lui avait permis de modifier la Constitution.
Le Parti communiste, arrivé deuxième aux législatives de dimanche, aura 92 députés, le parti Russie juste (centre-gauche) 64 et le parti libéral-démocrate (nationaliste) 56, selon la commission électorale centrale.
Cette répartition des mandats de députés a été calculée sur la base du dépouillement dans 96% des bureaux de vote.
La presse russe notait lundi que ce score est peu reluisant pour le mouvement dirigé par Vladimir Poutine, estimant que l'appareil administratif avait été au service du régime, avait organisé des fraudes en sa faveur et des pressions contre les ONG et médias indépendants.
"Si la société avait besoin d'une confirmation que les élections sont +bricolées+, la confirmation est là : la nervosité et la réaction hystérique des autorités face aux tentatives légales et pacifiques de contrôler le déroulement du scrutin", note le journal Vedomosti.
Le quotidien relève en particulier les cyber-attaques qui ont paralysé les sites de l'ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des scrutins et par ailleurs dans le collimateur de la justice, et de médias indépendants comme le journal Kommersant ou la radio Echo de Moscou. Plusieurs d'entre eux (kommersant.ru, golos.ru et slon.ru notamment) ne fonctionnaient d'ailleurs toujours pas lundi après-midi. "Nombreux sont ceux qui refuseront de reconnaître les résultats de telles +élections+", observe encore Vedomosti.
Le politologue russe, Evgueni Volk, du Fonds Eltsine a cependant relativisé le recul du parti de Poutine. "Que Russie unie n'ait plus sa majorité constitutionnelle, ce n'est pas un drame (...) ce qu'ils voulaient changer dans la Constitution, il l'ont déjà changé", a-t-il noté.
Pour l'analyste Alexandre Goltz, sur le site ej.ru, les électeurs russes ont été "violés" lors de "cette imitation d'expression de la volonté populaire". Selon lui, Vladimir Poutine, candidat à la présidentielle de mars 2012, Dmitri Medvedev lui cédant la place, a prouvé une fois de plus que c'est lui qui décidait de tout. "Le but était de convaincre le pays qu'aujourd'hui, demain, après-demain, Poutine fera ce qu'il veut", note M. Goltz.
L'actuel Premier ministre et homme fort du pays a d'ailleurs relevé dans la nuit de dimanche que les résultats des législatives vont permettre "le développement stable du pays".
Le retour de M. Poutine au Kremlin ne fait guère de doute et il devrait être élu en mars pour un troisième mandat, après ceux accomplis entre 2000 et 2008. Il avait alors cédé la place à Dmitri Medvedev faute de pouvoir enchaîner plus de deux mandats consécutifs.
"Le vote était bien organisé mais la qualité du processus s'est considérablement détériorée durant le décompte des voix, qui a été caractérisé par des violations fréquentes de la procédure, notamment avec de sérieuses indications de bourrage des urnes", a relevé la mission de l'OSCE. Comme en 2007, elle a aussi constaté que "la concurrence politique avait été limitée et pas équitable" durant la campagne et a souligné "le manque d'indépendance" des autorités électorales, des médias et la trop grande proximité de l'Etat et de Russie...

