L’ambiance est toujours conviviale. Le début se fait allègrement et, au fur et à mesure que le nombre des marches augmente, nos pas deviennent plus lourds et nous envions les enfants qui rivalisent d’astuces pour arriver en premier à l’église.
Le chemin a un nom bien choisi, très symbolique : le chemin du Ciel, «Dareb el-Sama». Et, effectivement, nous avons l’impression d’être dans un endroit loin des tourmentes de la vie quotidienne, si proches de Dieu dont on sent la présence partout. Tout ici appelle à la prière, à la paix et au bonheur d’être entouré de personnes aimées.
Il y a quelques jours, un acte odieux a noirci la pureté du lieu.
Myriam a quitté sa maison; elle a eu envie de réciter son rosaire sur le chemin du Ciel et de se rendre à la petite église. Je l’imagine montant les marches si nombreuses, se souciant peu de la fatigue, pensant seulement au Seigneur qu’elle avait appris à aimer. Elle comptait sur Lui pour trouver du travail. Je la vois arriver au bout des marches, à la source d’eau claire et fraîche. À droite, le sentier qui mène à Harissa, où la belle statue de Notre-Dame nous tend les bras. C’est vers la gauche que Myriam se dirige. Elle a sûrement hâte de se mettre à genoux devant l’icône de l’Annonciation. Pensant y trouver la sérénité, elle n’y trouvera, sur l’escalier de pierres qui la sépare de la maison de Dieu, que la peur et l’incrédulité. Le monstre était là qui la guettait, qui l’attendait. Elle l’a peut-être salué avant de deviner avec effroi ses sales intentions. Myriam est morte à l’endroit même où elle avait l’impression de renaître en vivant pleinement sa foi. Elle a suivi le chemin du Ciel, l’autre, celui auquel on pense à chaque souffle qui s’éteint, à chaque messe de requiem, à chaque oraison funèbre.
Ce n’est pas la nationalité du bourreau, encore moins sa religion qui l’ont poussé à commettre ce crime. Cet homme est l’image même d’un monde qui devient de plus en plus ignoble, d’un monde où les instincts barbares prennent le dessus sur les bonnes intentions. Je lui en voudrai toujours à cet homme-là, je lui en voudrai pour la peur de Myriam, pour la douleur de sa famille, pour l’angoisse des habitants du village, pour avoir sali la beauté de l’endroit, pour toutes les images pénibles qui nous accompagneront lors de notre prochaine procession durant laquelle nos pensées porteront le doux prénom de celle qui nous a quittés, pour tous nos silences qui ressembleront plus que jamais à des cris étouffés.
Durant une journée ensoleillée, un enfant se penchera pour cueillir des fleurs et trouvera emmêlés aux pétales et aux tiges les grains du chapelet de Myriam, ce chapelet qu’elle a dû serrer si fort afin de se montrer digne de sa foi.
Repose en paix, jolie Myriam.


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