Le chef de l’État souligne l’importance du pacte national comme socle de l’indépendance, à savoir que les Libanais renonçaient à se tourner vers l’Orient ou l’Occident, faisant le choix d’assumer seuls la responsabilité de leur vie en commun. Commentant l’actualité que nous vivons aujourd’hui, il reviendra à plusieurs reprises sur l’équilibre méritoire de ce pacte, (i) sagement confectionné par les pères de l’indépendance dans une logique de modération et de dialogue pour donner à la jeune République les moyens de s’autogérer et (ii) consacré par leur serment de le préserver, forts d’un appui populaire massif. Au passage, le président Sleiman saluera la mémoire du regretté président Chéhab qui rappelait ce rôle primordial du pacte dans son discours d’investiture au Parlement le 23 septembre 1958.
Cela dit, ce ne sera pas la seule occasion pour le père de l’armée et des institutions de manifester sa foi immuable en ce pacte. Deux ans après son accession à la première magistrature, convaincu en bon soldat d’avoir accompli sa mission salvatrice en ayant pansé les blessures de la crise de 1958 et assuré le bon déroulement des élections législatives, Fouad Chéhab démissionne. Ce 20 juillet 1960, dans son message à la nation, il écrit : « Je m’adresse aussi à tous les Libanais (...) pour leur demander (...) d’assurer la sauvegarde des fondements de l’indépendance (...) et s’attacher en toutes circonstances à leur pacte national, qui est la charte tacite de leur État, de le respecter et de l’appliquer strictement. De même, ils ont pour devoir de respecter la Constitution et le système de gouvernement qui en émane » (voir site de la Fondation Fouad Chéhab pour le texte intégral du message :
www.fouadchehab.com).
C’était donc bel et bien dans le cadre de ces deux constantes comme valeurs fondamentales étroitement liées – pacte et indépendance – qu’était née la 1re République.
Pour en revenir au discours du président Sleiman, parmi les conditions les plus immédiates de l’indépendance, il cite la liberté, la souveraineté exclusive de l’État sur l’ensemble du territoire, la justice sociale et le succès de l’État dans sa gestion autonome de la chose publique.
Le président rappelle aussi le rôle unificateur et protecteur de l’armée, garante de la démocratie, insistant sur le fait que, depuis le déclenchement de la guerre en 1975, c’est la première fois que nous passons 3 ans d’affilée sans violence et sans stationnement de forces étrangères à l’exception de la Finul qui a pour mission de faire exécuter les dispositions de la résolution 1701 en coordination avec l’armée.
Toujours dans cet intervalle, le président cite les réalisations que sont : l’établissement de relations diplomatiques avec la Syrie, le succès des élections municipales et législatives, les travaux sur un projet de loi électorale qui assure une meilleure représentativité et qui reflète encore mieux l’esprit conciliatoire de la Constitution concrétisé par le pacte, les travaux sur un projet de loi pour la récupération de la nationalité, la loi sur le pétrole et le gaz, le projet de loi pour éviter le cumul des deux fonctions législative et ministérielle.
Dans le même esprit convivial qui avait débouché sur l’indépendance, le président appelle à la reprise du dialogue national et à l’exécution des résolutions déjà convenues, particulièrement en ce qui a trait à l’armement palestinien, pour renforcer la souveraineté, l’indépendance et la stabilité. Il insiste aussi sur la nécessité de se conformer aux résolutions de l’ONU, dont celles relatives au Tribunal spécial pour le Liban par souci de justice et non par crainte de sanctions.
Puis il expose l’intérêt de la décentralisation administrative pour le développement rural, pour la création d’emplois et pour la limitation de l’exode.
Face à l’obstination des Israéliens, le président appelle au règlement de la question du Moyen-Orient sur base des résolutions de l’ONU, de la conférence de Madrid et de l’initiative arabe de paix, en évitant toute forme d’implantation, que le Liban rejette catégoriquement.
Ce programme qualitativement riche en réalisations et en objectifs prometteurs nous fait réfléchir sur l’étendue actuelle des pouvoirs du président, trop réduits par l’avènement de la IIe République (Taëf 1989). D’aucuns peuvent certes arguer du fait que le pays était alors à feu et à sang, et que le plus urgent était de faire taire les canons. Oui, bien sûr ; mais le calme d’aujourd’hui nous permet d’envisager un rééquilibrage des pouvoirs, d’autant plus que le manque s’est déjà fait souvent ressentir et que plusieurs parties l’ont maintes fois réclamé.
Et quel meilleur forum y a-t-il pour mettre la question à l’ordre du jour que celui de la prochaine conférence nationale de dialogue ?


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Sous la gérance du présent gouvernement nous ne pouvons que rêver de ces belles paroles.
07 h 49, le 30 novembre 2011