Une fois achevé, ce plan est destiné à servir de guide, non seulement au gouvernement en place, mais aussi à tous ceux qui lui succéderaient durant la durée envisagée par le plan. Celle-ci est généralement fixée à cinq ans pour permettre à l’administration de réaliser les projets à moyen terme qu’une réforme en profondeur exige.
Au Liban, l’idée d’un tel plan ne date pas d’hier. Un ministère du Plan avait été créé en 1958 par le général Fouad Chehab après son accession à la présidence de la République. Malheureusement ce concept, qui aurait pu favoriser une croissance harmonieuse et équitable de l’économie, fut vite abandonné par ses successeurs, au profit d’une économie ultralibérale de laisser-faire dont nous endurons les effets à ce jour.
Et pourtant, au cours des dix dernières années, plusieurs ministres ont finalement réalisé la nécessité d’adopter des politiques de développement à moyen et long terme. Il est particulièrement intéressant de noter que ces initiatives ont été prises par des ministres appartenant aussi bien au 14 Mars qu’au 8 Mars. Nous allons rapidement examiner ce qu’il en est advenu, tout en soulignant avec regret que pas un seul de ces plans n’a survécu au départ du ministre qui l’avait initié. En fait, certains ministres ont même ignoré le plan introduit par leur prédécesseur du même clan.
Ministère de l’Éducation
Commençons par le ministère de l’Éducation, auquel incombe l’ultime responsabilité de former les générations libanaises futures. L’ancien ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, le Dr Hassan Mneimné, avait lancé dès les premiers mois de son mandat un plan quinquennal destiné à réhabiliter les écoles publiques et à réformer le système éducatif dans le pays. Ce plan, qui avait été approuvé par le gouvernement Hariri, fut par la suite publié sur le site web du ministère et fit l’objet de diverses discussions et conférences dans le but de l’introduire au public.
Et pourtant, il semblerait que ce résultat n’ait pas été atteint car peu de citoyens sont au courant de ce plan. Un an après sa mise en chantier, ils ignorent toujours s’il a effectivement pris corps ou si les 220 millions de dollars qui lui avaient été alloués ont, en fait, été déboursés. Le projet prévoyait la composition de dix commissions chargées d’élaborer ce plan et d’en superviser l’exécution. Les citoyens ignorent comment contacter les membres de ces commissions pour leur en demander compte. Il existe donc un plan. Peu de citoyens le savent et personne ne semble en avoir cure. Ce plan va-t-il être repris par le successeur du ministre Mneimné ? Aucune indication en ce sens n’a été fournie à ce jour aux citoyens.
Ministère de l’Agriculture
Tout le monde s’accorde à reconnaître que l’actuel ministre de l’Agriculture, Hussein Hajj Hassan, fait un excellent travail dans son domaine pour introduire les réformes essentielles afin de renforcer le secteur et améliorer la qualité et la salubrité des produits agricoles locaux ou importés. N’empêche que l’on n’arrive pas à comprendre pourquoi le plan agricole que le ministre Ali Hassan el-Khalil avait présenté en 2005 n’a jamais été adopté par ses successeurs. Ceux-ci auraient dû en fait l’étudier, le réviser et le mettre à jour si nécessaire, mais non l’ignorer totalement, comme ce fut le cas. À ce jour il n’existe pas de plan agricole inclusif, mais un grand nombre d’excellentes initiatives qui exigeraient plus de coordination et un programme de financement unifié.
Ce que, malheureusement, peu de nos élites comprennent c’est qu’un plan, dont l’élaboration coûte à l’État beaucoup d’efforts, de temps et d’argent, n’est pas fait pour être relégué aux archives. Le jour où ce principe sera reconnu sera celui où l’on pourra fêter l’avènement d’un système de gouvernance responsable.
(À suivre)
Georges SABAT


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef