Réfutant la thèse selon laquelle le gouvernement Mikati reflète une diversité de tendances, M. Geagea a souligné que les divergences qui surgissent de temps à autre au sein de l’équipe ministérielle ne signifient nullement que le cabinet n’est pas monochrome. « Pour tout ce qui a trait aux grandes orientations d’ordre stratégique, le gouvernement est bel et bien monochrome », a notamment déclaré M. Geagea qui a dressé un bilan particulièrement négatif de l’action de l’équipe Mikati au cours des derniers mois. « Nous avions réussi, après la révolution du Cèdre, à rétablir le Liban sur les scènes arabe et internationale, et cet acquis, le gouvernement l’a totalement dilapidé, a notamment déclaré M. Geagea. Nombre de responsables officiels ont demandé des rendez-vous avec leurs homologues étrangers mais n’ont pas obtenu de réponse. Même les deux entretiens que le Premier ministre a eus avec la secrétaire d’État Hillary Clinton et le Premier ministre britannique, David Cameron, avaient pour but de transmettre des messages bien précis au gouvernement libanais. Preuve en est qu’après cet entretien avec Cameron, l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Beyrouth a rencontré le chef du gouvernement pour exprimer l’étonnement de son pays après la position adoptée par le Liban à la Ligue arabe. »
Le leader des FL a par ailleurs indiqué que lors des entretiens que le responsable d’un appareil sécuritaire a eus récemment en Europe, il a consacré la plupart de son temps à essayer de convaincre ses interlocuteurs de la nécessité de préserver le régime syrien et de donner une chance au président Bachar el-Assad. M. Geagea a également donné un exemple de l’isolement dans lequel le gouvernement actuel a plongé le pays en indiquant que lors du forum arabo-turc qui s’est tenu récemment au Maroc, le ministre des Affaires étrangères, Adnane Mansour, était resté dans son coin et aucun responsable ne s’était entretenu avec lui.
Relevant en outre que de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme ont accusé le pouvoir libanais d’être complice des agressions et des opérations d’enlèvement qui visent les opposants syriens au Liban, M. Geagea a déploré le fait que le gouvernement ait discrédité de la sorte le Liban au niveau des droits de l’homme et des libertés publiques. « L’État libanais n’existe plus, ni sur la scène internationale ni en matière de défense des droits de l’homme », a affirmé le leader des FL.
Interrogé sur l’attitude de l’armée, M. Geagea a souligné qu’avant de faire assumer à l’institution militaire la responsabilité de certains débordements, il faudrait d’abord que les responsables politiques, notamment le président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Défense, adoptent la position qui s’impose. « L’armée ne pourra pas auquel cas se dérober à ses responsabilités », a affirmé le leader des FL.
Le tribunal et le printemps arabe
En réponse à une question sur le dossier du Tribunal spécial pour le Liban, M. Geagea a déclaré qu’il serait erroné de limiter cette affaire à un problème de financement. « Le problème dépasse largement la question du financement, a relevé le leader des FL. Il se pose plutôt en termes de quête de la justice. L’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons ne concerne pas uniquement la famille Hariri. Il s’agit de l’assassinat d’un Premier ministre qui essayait d’améliorer la situation dans le pays. Toutes les personnalités qui ont été assassinées ne comptent-elles pas ? Sont-elles quantité négligeable pour que l’on néglige de la sorte le tribunal international ? »
En ce qui concerne le printemps arabe et la position des Forces libanaises favorables aux révolutions dans les pays arabes, M. Geagea a déclaré : « Nous ne pouvons pas prôner la liberté et la démocratie au Liban et appuyer dans le même temps les régimes oppresseurs dans la région. Nous devons être conséquents avec nous-mêmes. Nous sommes conscients du fait qu’il y a des risques et des dangers qui peuvent naître de ces révolutions. Mais cela ne signifie pas que nous devons arrêter l’évolution historique. Nous devons reconnaître l’existence de risques mais en œuvrant pour éviter que les révolutions ne soient déviées vers une voie extrémiste. »
Interrogé sur la position du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, M. Geagea a déclaré que la fonction du patriarche est d’exprimer ses craintes et ses appréhensions. « Mais il aurait dû s’exprimer autrement en mettant en relief ses craintes, tout en soulignant qu’il faut œuvrer afin que ces appréhensions ne se confirment pas », a-t-il souligné.
En conclusion, M. Geagea a précisé que le projet de loi électorale fait l’objet de discussions actuellement au sein du 14 Mars. Il s’est toutefois prononcé d’emblée à ce propos pour une loi électorale qui « permette au courant chiite libéral de faire entendre sa voix ». Il a en outre lancé un appel dans ce cadre aux émigrés libanais les invitant à entreprendre de s’enregistrer au plus tôt dans les ambassades et les consulats du Liban afin qu’ils puissent participer aux prochaines élections législatives de 2013. « Au cas où les consulats s’abstiendraient de les enregistrer, qu’ils nous en informent », a ajouté à cet égard le leader des FL.


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Il est grand temps de former un gouvernement d'union nationale et cesser de donner des recettes gratuites de patriotisme dans un pays ou la politique est devenue un commerce . Antoine Sabbagha
08 h 55, le 24 novembre 2011