Le camp du 8 Mars a beau être en désaccord sur de nombreux sujets avec le Premier ministre, Nagib Mikati, jusqu’à considérer que ses positions ne sont pas très éloignées de celles du chef du courant du Futur, Saad Hariri, il n’en reste pas moins qu’il continue à avoir besoin de lui.
Il est vrai que dans le principe, on s’interroge au sein du 8 Mars sur les raisons qui ont poussé à renverser le cabinet Hariri si c’est pour poursuivre sa politique par le biais du gouvernement actuel. Un ancien ministre, membre de la direction d’une formation englobée dans le bloc du Changement et de la Réforme, se fait l’écho de cette interrogation. Il souligne qu’en effet, M. Mikati est une copie conforme de M. Hariri et il l’a prouvé, non seulement en s’engageant à avaliser le financement du Tribunal spécial pour le Liban, mais aussi en s’abstenant de limoger les symboles de l’ancien pouvoir, comme le procureur Saïd Mirza, le directeur des FSI, Achraf Rifi, le chef des SR de la police, Wissam el-Hassan, et d’autres responsables. De plus, pour cet ancien ministre, M. Mikati ne se prévaut du centrisme que pour éviter d’être étiqueté auprès d’un camp ou de l’autre.
Mais ce même ex-responsable estime dans le même temps que toutes ces différences ne doivent pas amener le 8 Mars à provoquer la chute du gouvernement. Il révèle à ce sujet l’existence d’un désaccord entre les dirigeants du bloc du Changement et de la Réforme, certains d’entre eux se disant opposés aux virulentes attaques que lance régulièrement le chef du bloc, le général Michel Aoun, en direction du Premier ministre.
D’une part, ils estiment que le moment n’est pas propice à des comportements pouvant causer la chute du cabinet et donc le retour du 14 Mars au pouvoir à la faveur d’un retournement du chef du PSP, Walid Joumblatt. Et ils font valoir, de l’autre, que M. Mikati n’est nullement gêné par la campagne du général Aoun contre lui car il l’exploite dans la rue sunnite pour asseoir sa popularité.
Pour de nombreux responsables de la majorité, les griefs et les observations que l’on peut avoir sur la politique du Premier ministre sont un moindre mal à l’ombre des bouleversements qui se produisent dans la région. La pérennité de ce gouvernement est donc pour beaucoup une nécessité vitale, et certains vont même jusqu’à penser, malgré leur position de principe, que le dossier du financement du TSL n’est qu’un détail par rapport à l’importance de la survie du cabinet.
Par ailleurs, on estime de sources ministérielles que l’opposition a entamé dans les faits son action en vue de renverser le gouvernement. Certains observateurs voient, en effet, dans le récent déplacement d’une délégation du 14 Mars à Wadi Khaled, au Akkar, et dans le meeting populaire projeté par le courant du Futur le dimanche 27 novembre à Tripoli, à l’occasion de l’Indépendance, ainsi que dans d’autres actions, le début d’une feuille de route du 14 Mars préparant la voie à un retour de M. Hariri et à une reprise en force de l’initiative politique, tout cela à l’ombre des changements escomptés sur la scène syrienne.


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