Hussein Hajj Hassan : 85 % des aliments consommés au Liban sont importés. Photo Mohammad Bargham
« Les révoltes de la faim qui ont explosé en 2008 dans plusieurs pays ont secoué l’opinion publique et les dirigeants de la planète se sont réunis une première fois à New Delhi en mai 2008 pour essayer de trouver des solutions à cette crise », a expliqué Yahia el-Hadi, du comité organisateur de la FAO. Selon Saad al-Otaibi, représentant régional de la FAO, les révoltes arabes devraient faire réagir les gouvernements et les inciter à faire de la sécurité alimentaire une priorité nationale et à prendre des mesures courageuses en faveur du développement du secteur agricole de leur pays. « La hausse incontrôlée des prix des produits alimentaires et la crise financière mondiale menacent gravement notre agriculture et nos industries et la raison principale de la colère des populations est d’ordre socio-économique », a-t-il ajouté. Pour donner un exemple il rappelle que depuis 2002, les prix des produits alimentaires ont augmenté de près de 80 % dans le monde.
Forte coopération régionale et rôle
accru des États
La faute à qui ? « Sans aucun doute aux catastrophes naturelles contre lesquelles l’homme ne peut rien ou presque, au système financier international où les produits alimentaires de première nécessité sont cotés en Bourse, mais aussi et surtout aux politiques irresponsables des États qui accordent une importance dérisoire au secteur agricole », a soutenu le ministre de l’Agriculture, Hussein Hajj Hassan. « Je ne suis pas pour une économie complètement fermée et un État interventionniste, mais il ne faut pas que la liberté des échanges soit synonyme d’une dépendance accrue aux importations. Au contraire, elle doit favoriser la production locale et l’exportation », a indiqué M. Hajj Hassan.
Bien qu’ayant chacun une vision propre des politiques à mettre en place pour mettre un terme à cette situation critique, tous les participants au forum étaient d’accord sur la place centrale des États dans la prise de mesures urgentes. Parmi les propositions retenues, l’aide à la collaboration entre agriculteurs et industriels, le soutien financier aux projets des petits agriculteurs, l’encouragement des études d’investigations scientifiques, le renforcement des projets de partenariat public-privé. Selon le ministre de l’Agriculture, « ces initiatives ne visent pas seulement à dynamiser le secteur agricole, mais toute l’économie d’un pays en favorisant la croissance, en créant des opportunités de travail et en rendant les produits locaux plus compétitifs au niveau international ».
Si l’on en croit les chiffres avancés, 85 % des produits alimentaires consommés par les Libanais sont importés et une part très minime d’entre eux proviennent des pays de la région. Dans un contexte économique mondial de plus en plus difficile, il devient primordial, selon le ministre, que les pays arabes unissent leurs efforts pour pouvoir affronter ensemble la concurrence d’autres blocs régionaux plus puissants. Dans cet esprit, M. Hajj Hassan a prôné un renforcement de la collaboration avec les pays voisins et la mise en place de projets d’investissement interrégionaux. « Nous, pays arabes, avons les moyens de développer une industrie agroalimentaire de qualité. L’urgence se fait sentir dans la rue et le temps est aujourd’hui venu de nous donner les moyens de le faire », a conclu le ministre de l’Agriculture au terme de la première série de conférences du forum.

