L’Italie, répète-t-on aujourd’hui, représente un pays trop important pour être abandonné à son triste sort, mais aussi trop endetté pour espérer être sauvé. Le passif atteint le chiffre astronomique de 1 900 milliards d’euros, soit plus du double de celui des trois autres lanternes rouges de la zone réunies : la Grèce, le Portugal et l’Irlande. L’an prochain, il lui faudra, pour garder la tête hors de l’eau, emprunter 300 milliards sur le marché. Autant dire qu’il lui est particulièrement difficile de briser le cercle vicieux dans lequel elle se trouve enfermée et qui l’oblige déjà à emprunter à cinq ans au taux affolant de 7,4 pour cent, un chiffre jamais atteint en dix ans, soit depuis la création de la monnaie unique, et qui reste insoutenable, même à moyen terme.
Pour autant, le tableau est-il aussi sombre qu’on veut le croire ? Paroles d’expert (le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble) : « Si le montant de la dette est élevé, celui du déficit, par contre, ne l’est pas. Le problème réside dans la perte de confiance des marchés financiers. » Il est clair que l’annonce de la sortie, à la fin du mois en cours,du Cavaliere n’a pas suffi à rassurer les grandes places financières. « Une démission au ralenti », a jugé le Corriere della Sera, liée à l’adoption par le Parlement d’une série de réformes et de mesures budgétaires susceptibles d’éviter à l’ensemble de la zone la contagion de la crise.
Après avoir été, dix-sept années durant, une des figures éminentes de la scène italienne, Sua Emittenza a trébuché mardi, se rattrapant in extremis grâce à la promesse d’élections législatives anticipées auxquelles il ne prendra pas part. Il y a quelques mois, José Luis Rodriguez Zapatero avait opéré un rétablissement similaire, et la tension sur l’Espagne avait aussitôt baissé d’un cran. Hier, la presse de la Péninsule faisait ses choux gras d’un gros plan sur une feuille de papier sur laquelle le Premier ministre avait rageusement griffonné ces deux mots : « Otto traditori » (huit traîtres), en allusion aux voix qui venaient de lui faire défaut lors du vote de confiance (308 sur 630 députés) sur la clôture des comptes de 2010, alors que le 14 octobre dernier, il avait bénéficié d’une majorité, étriquée peut-être mais suffisante pour le repêcher, de 316 voix.
Berlusconi tournant le dos à la vie politique, la perspective paraît peu probable aux yeux d’une opinion publique échaudée par les expériences passées, notamment des propos difficilement publiables sur le pays et les pratiques de ses collègues. D’autant plus qu’une cascade de procès l’attend s’il venait à perdre son immunité parlementaire. Il incombera en outre à son successeur – Mario Monti, Giuliano Amato, Gianni Leta ou Angelino Alfano – la lourde mission d’appliquer une série de mesures d’austérité hautement impopulaires dans un pays régi par le système du patronage politique.
À quelques différences près, c’est le même système qui prévaut en Grèce où gouvernait jusqu’en début de semaine le représentant de la troisième génération des Papandréou, Georges de son prénom, lointain successeur de son père Andreas et de son grand-père Georges. Après le faux pas représenté par l’annonce d’un référendum, auquel il avait renoncé, sur le plan d’austérité exigé par les partenaires européens, le chef du gouvernement s’était décidé à jeter l’éponge, ouvrant la voie à la crise. Pourtant, le plan de sauvetage semblait alléchant, comprenant en gros un effacement de 50 pour cent de la dette extérieure et des avances totalisant 30 milliards d’euros. En échange, Athènes devait s’engager par écrit à respecter un programme d’aide, le second, établi par l’Union européenne et le Fonds monétaire international pour lui permettre d’obtenir, avant le 15 décembre, le versement de 8 milliards d’euros prévus en octobre dernier et devant servir à honorer des échéances urgentes. Huit milliards, c’est le montant des fausses pensions de retraite payées en dix ans par l’État à des (combien chers) disparus, dont des footballeurs depuis longtemps passés de vie à trépas.
Vous avez dit tragédie ?


Monsieur Christian Merville, bonne analyse à quelques détails près, en ce qui concerne la Grèce. L'effacement de 50% de la dette est seulement sur les obligations, déjà achetées par les banques européennes au 70% de leur prix d'émission, de l'Etat grec. Ce qui fait que l'effacement est seulement de 20% et uniquement sur les obligations et pas sur toute la dette grecque. Il faut bien l'accentuer. On demande aux grecs de ratifier un papier qui parle d'une aide et de conditions à débattre encore et non déjà clarifiées, d'où l'appréhension qui frappe les politiciens et le peuple grec sur les vraies intentions des Européens ( de l'Allemagne, car la France est à la traîne... ). Pour l'Italie le paysage est encore très flou. On ne s'attend à rien mieux que la Grèce. D'où l'Ânier Allemand, lui-même atteint aussi de la gale financière, conduit son troupeau de baudets, de dettes ,super-chargés, au gré des établissements financiers ( appelés les marchés ) à l'appartenance bien connue. Espérons que le troupeau européen puisse trouver, un jour, seul sa voie... Anastase Tsiris
02 h 23, le 10 novembre 2011