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Nos lecteurs ont la parole

Ah ! Si j’avais un pays...

Par Georges TYAN
Sur toutes les mappemondes les 10 452 kilomètres carrés de mon pays existent. Encore faut-il, si vous avez recours à un moteur de recherche sur Internet, agrandir l’image, pour mieux en discerner les contours, coincé qu’il est entre la Syrie et Israël, les pieds barbotant dans la Méditerranée.
À mon sens, un pays n’est pas uniquement des frontières, quatre saisons, des montagnes, la beauté des sites, la nature, l’accès à la mer, mais aussi ce qu’il y a dedans, son histoire, le peuple qui le forme, lui donne sa valeur, son existence, en fait battre le cœur, le rend apte en dépit de la modicité de sa surface à revendiquer sa place dans le concert des nations.
Le concert des nations, parlons-en un peu. Le Liban est membre fondateur de l’ONU et de la Ligue arabe : la belle jambe que cela me fait... Ces deux organismes ont prouvé on ne peut mieux, au cours des trente dernières années, leur relative sollicitude à notre égard, se pliant le plus souvent à la volonté du plus fort, l’Oncle Sam, que seul intéresse la pérennité de l’État hébreu.
Je croyais benoîtement que les soldats onusiens déployés depuis 2006 au Liban-Sud s’y trouvaient pour nous protéger d’Israël. Or il s’est avéré que ce rôle nous incombait. Un peu comme nos FSI, qui ont créé un peu partout dans la capitale des îlots de sûreté, déviant la circulation, barrant des rues, alors qu’elles sont censées veiller au confort et à la sécurité des habitants de ces régions, et non s’en servir comme barricades.
Puisque nous y sommes, je déverserais plus encore mon fiel contre tous ces personnages qu’on dit importants. Pour leur soi-disant intégrité physique, des quartiers entiers ont été hermétiquement bouclés ; vous n’y entrez que suite à la fouille méthodique de votre véhicule, ou à une palpation poussée de votre corps.
Qu’ils aillent donc habiter le désert, ils y seront mieux et nous, nous serons tranquilles. Sans leur souhaiter de finir comme lui, le colonel Kadhafi vivait dans des tentes climatisées, au confort digne d’un palace cinq étoiles. Le nouveau régime libyen sera enchanté, je suppose, de nous refiler à prix d’ami le stock qui lui reste sur les bras.
J’aborderais aussi ces convois de 4x4 toutes armes et têtes dehors, vociférant, menaçant, insultant les paisibles conducteurs pour frayer au forceps un passage à l’illustre occupant du plus imposant de ces monstres de la route en retard à quelque déjeuner ou réunion certainement pas hautement stratégique, juste pour épater la galerie et se donner une importance, qu’en fait ils n’ont pas.
Les montres, c’est fait pour donner l’heure, les agendas aussi, il n’y a qu’à prendre au départ les précautions nécessaires, pour ne pas déranger les gens sur son chemin. Je ne crois pas que les terroristes soient embusqués à chaque carrefour : de plus, à quoi servent tous ces services étatiques, sinon à les débusquer ?
Mais passons sur ces petites misères qui tout de même font le sel de notre quotidien. Sans elles, si, d’un coup, tout le monde se mettait à respecter la loi, qu’en serait-il de nous, de nos habitudes ? Imaginez un peu l’électricité 24 heures sur 24, l’eau coulant à flot dans vos robinets, les feux rouges qu’on respecte, les officines de santé sans produits frelatés, la médecine pour tous, écoles et universités accessibles, dans quel bonheur nous ne nagerions pas, le paradis sur terre en somme.
Sarcastique ? Absolument ! Désabusé ? Pas vraiment. Car il m’arrive des fois de rencontrer en petit comité ou encore dans les salons virtuels sur la toile des personnes issues d’horizons divers, qui donneraient à tous les politiciens qui nous gouvernent des cours magistraux de civisme, de patriotisme ; leur foi dans notre pays, son avenir, ébranlerait des montagnes.
Pour eux, comme pour moi, ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui : cet axiome simple comme bonjour, tout le monde le connaît, mais qui l’applique ?
Dans un pays où chacun se fait le chantre de sa propre démocratie, se targuant d’avoir insufflé dans la région un vent de liberté qui s’est terminé, comme on le constate par l’instauration de la charia, il serait plus juste d’affirmer que nous pataugeons en plein dans un État de non-droit.
Chacun pousse sa chansonnette, paroles et musique écrites et composées à l’étranger par des étrangers, qui ne comprennent rien à notre histoire, à nos valeurs, à notre enracinement viscéral à notre terre. Cette cacophonie ne mènera nulle part, sauf à approfondir le fossé entre les protagonistes retranchés chacun derrière une date du mois de mars, ils s’y sont tant et si bien cadenassés, qu’il est tout à fait inutile de tenter de leur faire entendre raison.
On ne construit pas un pays autour d’une brisure, ou d’une allégeance effrénée à l’étranger, devenue partie intégrante de notre ordinaire. Ceux qui, comme Bachir Gemayel, Rafic Hariri, avaient saisi cette nuance, l’ont payé de leurs vies, mais c’est nous qui avons encaissé le choc, subi la désillusion amère et ressenti les profondes brûlures des rêves partis en fumée.
Un pays, c’est certes des frontières, mais encore plus, une armée convenablement équipée pour protéger ses habitants ; une police efficace apte à maintenir l’ordre, appliquer la loi, loin des interventions partisanes ou religieuses ; une justice équitable, indépendante où seule l’intime conviction du juge prévaudrait ; des responsables politiques qui feraient du bien-être social le premier de leurs soucis.
Un pays n’est pas un caravansérail, envahi par les marchands du temple pour qui le peuple est une denrée qu’ils achètent à bas prix et vendent au plus offrant. En un mot comme en cent, un pays, c’est l’espace vital de ses habitants, le vent de liberté qu’ils hument, où l’adage tant galvaudé « Tout le monde est au-dessous de la loi » serait une réalité.
Sur toutes les mappemondes les 10 452 kilomètres carrés de mon pays existent. Encore faut-il, si vous avez recours à un moteur de recherche sur Internet, agrandir l’image, pour mieux en discerner les contours, coincé qu’il est entre la Syrie et Israël, les pieds barbotant dans la Méditerranée.À mon sens, un pays n’est pas uniquement des frontières, quatre saisons, des montagnes, la beauté des sites, la nature, l’accès à la mer, mais aussi ce qu’il y a dedans, son histoire, le peuple qui le forme, lui donne sa valeur, son existence, en fait battre le cœur, le rend apte en dépit de la modicité de sa surface à revendiquer sa place dans le concert des nations.Le concert des nations, parlons-en un peu. Le Liban est membre fondateur de l’ONU et de la Ligue arabe : la belle jambe que cela me fait... Ces deux...
commentaires (2)

Ni les frontières, ni les montagnes, ni la mer, ni les 10452 kms2 font un pays. Les pays ne font pas le peuple. Le peuple fait le pays. Quand on le comprendrait, seulement alors, le Liban, comme Phenix, ressusciterait de ses cendres. Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

10 h 07, le 09 novembre 2011

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Commentaires (2)

  • Ni les frontières, ni les montagnes, ni la mer, ni les 10452 kms2 font un pays. Les pays ne font pas le peuple. Le peuple fait le pays. Quand on le comprendrait, seulement alors, le Liban, comme Phenix, ressusciterait de ses cendres. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    10 h 07, le 09 novembre 2011

  • Mais de quel pays parlez-vous là?!

    GEDEON Christian

    07 h 04, le 09 novembre 2011

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