Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la majorité des courants de l’opposition et continue de réclamer le départ du président Bachar el-Assad, a lancé hier une campagne auprès des pays arabes pour réclamer des mesures sévères contre le régime de Damas. « Le CNS a entamé une action politique tous azimuts pour exhorter les États membres de la Ligue arabe à adopter une position ferme et efficace contre le régime syrien, à la mesure des dangereux développements en Syrie, dans la ville de Homs en particulier », a affirmé le Conseil dans un communiqué. Il prévoit d’envoyer des émissaires en Algérie, au Soudan, à Oman et au Qatar et d’établir des contacts avec l’Arabie saoudite, l’Irak, la Jordanie, les Émirats arabes unis, la Libye et le Koweït pour les informer des « crimes horribles commis par le régime à Homs » et ailleurs dans le pays.
Une délégation du CNS doit en outre se rendre au siège de la Ligue arabe au Caire où des réunions ministérielles sont prévues sur la Syrie les 11 et 12 novembre, pour « transmettre les demandes du peuple syrien », ajoute le texte en exigeant de la Ligue arabe qu’elle suspende l’adhésion de la Syrie et impose des sanctions économiques et diplomatiques au régime.
Le Conseil réclame également que le régime soit poursuivi par la Cour pénale internationale pour violations des droits de l’homme et « génocide » et appelle à soutenir les efforts de l’ONU en vue d’assurer une protection à la population civile en Syrie. Il demande enfin qu’il soit reconnu comme « représentant légitime du peuple syrien et de la révolution ».
Juppé et la protection internationale
La veille, le CNS avait accusé les forces gouvernementales de commettre des « massacres barbares » à Homs, un haut lieu de la révolte pilonné et assiégé par les troupes du régime, la déclarant « ville sinistrée » et réclamant « l’envoi immédiat d’observateurs internationaux ». Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a indiqué qu’il discuterait avec ses partenaires de l’ONU de cet appel à la protection internationale. « Le comportement du régime est inacceptable, on ne peut pas lui faire confiance », a-t-il lancé. De son côté, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a écarté l’option d’une intervention militaire, préférant un renforcement de la pression internationale sur le régime. Selon l’administration américaine, le régime commence à ressentir les effets des sanctions des États-Unis et de l’Union européenne.
De son côté, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, a accusé les États-Unis « d’être impliqués actuellement dans les évènements sanglants en Syrie » et a demandé à la Ligue arabe « de condamner cette implication et de faire le nécessaire pour y mettre fin », dans une lettre à l’organisation panarabe.
Faisant fi des pressions occidentales et arabes, les forces syriennes ont poursuivi la répression de la contestation, faisant plus de 80 morts depuis l’acceptation le 2 novembre par le régime d’un plan arabe censé mettre fin aux violences. Face à l’escalade de la répression, la Ligue arabe avait accusé dimanche Damas d’avoir failli à ses engagements et annoncé une réunion « d’urgence » le 12 novembre au Caire.
Des violences qui ont fait, selon un nouveau bilan diffusé hier par le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, plus de 3 500 morts. « Alors que le gouvernement syrien a annoncé la libération de 553 prisonniers samedi à l’occasion d’al-Adha, des dizaines de milliers d’entre eux demeurent en détention et des dizaines de personnes sont arrêtées tous les jours », a précisé une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU.
Au moins quatorze personnes – huit soldats et six civils dont une fillette – ont été ainsi tuées hier, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Deux civils, dont une fillette, ont été tués à Homs, où l’armée syrienne menait des perquisitions. « Les soldats entrent dans les maisons pour arrêter des personnes recherchées » par les services de sécurité, selon l’OSDH. Quatre civils ont également péri sous les balles des forces de sécurité dans la région d’Idleb, près de la frontière turque, selon la même source, qui a précisé que sur la route reliant Damas à Alep cinq personnes avaient été blessées par des tirs venant de blindés. Dans la région d’Idleb, au sud de la ville de Maaret al-Nehmane, huit militaires et agents de sécurité ont par ailleurs été tués dans une embuscade tendue par des insoumis présumés. À Hama, « de violents affrontements ont opposé l’armée à des insoumis » et plus au Sud, à Qousseir, des accrochages similaires ont eu lieu dans la nuit, a indiqué l’OSDH.
Mais, malgré la répression, d’importantes manifestations quotidiennes appelant à la chute du régime ont lieu à travers la Syrie, particulièrement à Idleb, Homs, Hama, Deraa et Damas, a indiqué l’OSDH. Une vidéo diffusée sur YouTube a ainsi montré une manifestation dans le quartier d’Oussali à Damas appelant à une protection internationale des civils. « Le CNS nous représente, nous réclamons une zone d’exclusion aérienne, une protection des civils, une zone-tampon », pouvait-on lire sur une pancarte brandie par un manifestant.
(Sources : agences et rédaction)

