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Moyen Orient et Monde - Le Point

Unesco, US & Co.

« Je suis fière d’être le premier secrétaire d’État américain à visiter le siège de l’Unesco; je suis ici parce que je crois fermement en votre mission. » C’était en mai dernier, à Paris. Cinq mois plus tard, Hillary Clinton qualifie, peu avant le vote sur l’admission de la Palestine, d’ « inexplicables » les délibérations en cours avant que son département, suivi hier par le Canada, n’annonce la décision d’interrompre la participation US au financement de l’ « Organisation pour la science, l’éducation et la culture », soit près de 70 millions de dollars par an (22 pour cent du budget global), en application d’une loi votée par le Congrès en 1994, interdisant « toute contribution au financement d’un organisme des Nations unies qui aurait admis un nouveau membre non reconnu internationalement en tant qu’État ».
Les Palestiniens, qui avaient fait acte de candidature il y a vingt-deux ans (le 16 mai 1989) lors de la conférence générale, ont fini par avoir gain de cause. Aujourd’hui, ils jubilent, Israël fulmine et Obama se résigne – en échange d’une poignée de voix à la présidentielle – à renier les engagements contenus dans ses discours d’Ankara et du Caire, lui dont le pays avait porté l’Unesco sur les fonts baptismaux le 16 novembre 1945. Extrait du préambule de la Constitution, œuvre entre autres de l’écrivain US Archibald MacLeish : « Puisque les guerres ont commencé dans le cerveau des hommes, c’est dans le cerveau des hommes que doit s’édifier la défense de la paix. » Il faut croire que, dans le cerveau de membres de l’administration démocrate, le vote intervenu lundi ne contribue pas à la réalisation d’un tel objectif et que, après tout, le vieux Ronald Reagan avait raison en claquant la porte, il y a vingt ans de cela. C’est George W. Bush – l’histoire a de ces ironies... – qui, en septembre 2002, est revenu à de meilleurs sentiments, « comme témoignage de notre engagement à la dignité humaine ». Autres temps, son successeur, un velléitaire, n’a pas son pareil pour abreuver son monde de bons sentiments, les remiser dans les oubliettes du bureau Ovale puis anesthésier les esprits avec de belles envolées lyriques. Il lui resterait à avancer un drôle d’argument, faisant valoir par exemple que la démocratie, c’est uniquement quand le vote intervient en votre faveur.
En fait, l’enjeu est bien plus important qu’il n’y paraît. Ibrahim Khraichi, membre de la délégation représentant l’Autorité auprès des bureaux relevant de l’ONU, à Genève, a laissé entendre qu’au lendemain du coup de tonnerre du début de la semaine, l’AIE (Agence internationale de l’énergie atomique), l’OMS (santé), l’OMPI (protection de la propriété intellectuelle) se trouvent dans le collimateur de Mahmoud Abbas. La manœuvre aura pour effet, lors des débats du 11 novembre au Conseil de sécurité, d’isoler les USA – déjà lâchés par ses deux principaux alliés disposant du droit de veto, soit : la France, qui a eu le courage de prouver qu’elle savait être fidèle à ses principes en votant en faveur des Palestiniens, et (partiellement) par le Royaume-Uni qui, frileusement, s’est abstenu.
La riposte israélienne, elle, s’inscrit dans la drôle de logique qui est depuis longtemps celle de Benjamin Netanyahu et de ses alliés : l’accès des Palestiniens à l’Unesco, c’est la porte fermée devant la poursuite du processus de paix. Et à l’appui de cette affirmation, la décision a été annoncée aussitôt de procéder à la construction de 2 000 logements dans la partie orientale (arabe) de Jérusalem, à Goush Etzion et Ma’aleh Adoumim, qui resteront sous la juridiction de l’État hébreu après la signature d’un traité de paix, a fait savoir sans rire le cabinet restreint réuni mardi. L’autre mesure prévoit le blocage d’un transfert de fonds qui devait intervenir à la veille de la fête d’al-Adha et permettre le paiement des traitements des fonctionnaires de l’Autorité.
Après avoir une nouvelle fois pris fait et cause en faveur de son protégé au Proche-Orient, la Maison-Blanche peut-elle estimer avoir consolidé ses assises sur le plan intérieur? C’est loin, semble-t-il, d’être le cas. Les républicains pavoisent, eux dont l’hégérie anti-ONU et présidente de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, Ileana Ros-Lehtinen (Floride), ne cesse de réclamer un boycott de l’organisation internationale et de ses multiples agences. À l’oreille des « likoudnik » de Washington, l’issue du bras de fer qui vient de se dérouler à Paris représente une douce musique qu’ils feront jouer en boucle dans les mois qui précèdent l’élection de novembre.
Ce n’est plus de « la science-fiction » – le propos est du délégué israélien Nimrod Barkan– ; pour les démocrates, c’est de l’ « horror movie ».
« Je suis fière d’être le premier secrétaire d’État américain à visiter le siège de l’Unesco; je suis ici parce que je crois fermement en votre mission. » C’était en mai dernier, à Paris. Cinq mois plus tard, Hillary Clinton qualifie, peu avant le vote sur l’admission de la Palestine, d’ « inexplicables » les délibérations en cours avant que son département, suivi hier par le Canada, n’annonce la décision d’interrompre la participation US au financement de l’ « Organisation pour la science, l’éducation et la culture », soit près de 70 millions de dollars par an (22 pour cent du budget global), en application d’une loi votée par le Congrès en 1994, interdisant « toute contribution au financement d’un organisme des Nations unies qui aurait admis un nouveau membre non reconnu...
commentaires (2)

Ce qui fait la crédibilité d'une ambition, c'est le prix personnel qu'on est prêt à payer.Vingt-deux ans auront bien suffi aux palestiniens pour obtenir gain de cause au siège de l’Unesco, mais ni le nombre d' années ni les sacrifices arabes malheureusement ne convaincront US & Co que la Palestine pourra voir le jour et exister réellement . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

07 h 52, le 03 novembre 2011

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Commentaires (2)

  • Ce qui fait la crédibilité d'une ambition, c'est le prix personnel qu'on est prêt à payer.Vingt-deux ans auront bien suffi aux palestiniens pour obtenir gain de cause au siège de l’Unesco, mais ni le nombre d' années ni les sacrifices arabes malheureusement ne convaincront US & Co que la Palestine pourra voir le jour et exister réellement . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    07 h 52, le 03 novembre 2011

  • Après la lecture de ce merveilleux article, ceux qui auraient encore des doutes sur la manipulation du machin par "la communauté internationale" réduite à quelques états devraient sérieusement se remettre en question pour ce qui concerne l'autre machin local que conelly veut nous faire avaler. On est en droit de lui demander chaque fois qu'elle se fera voir de nous expliquer pourquoi l'Unesco dans sa décision souveraine et là il y en a une, ne serait pas crédible et qu'il faille d'après certains de ses compatriotes carrément le supprimer.

    Jaber Kamel

    05 h 44, le 03 novembre 2011

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