Le chef de l'OTAN (gauche) reçu par le ministre libyen de la Défense par intérim, Mohammed Dfeynas (droite). Marco LONGARI/
Le chef de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a effectué lundi une visite surprise à Tripoli au dernier jour de la mission aérienne de l'Alliance atlantique, qui a joué un rôle majeur dans la chute du régime de Mouammar Kadhafi.
Sept mois après les premiers bombardements des avions de l'Alliance contre des positions des forces de Kadhafi, M. Rasmussen a atterri en milieu de journée à Tripoli pour des entretiens avec les nouveaux dirigeants libyens. Il s'agit de la première visite en Libye d'un secrétaire général de l'OTAN.
Le voyage a eu lieu trois jours après la confirmation par l'Alliance de la fin de l'opération "Protecteur unifié" à laquelle avaient participé 28 pays.
"Ce soir à minuit, l'opération Protecteur unifié prendra fin. Je ne prévois pas un rôle majeur pour l'OTAN. Il revient désormais aux Nations unies d'être en première ligne dans l'assistance internationale aux nouvelles autorités libyennes", a déclaré M. Rasmussen dans l'avion qui l'amenait à Tripoli.
Un embargo sur les armes et quelque 26.000 sorties aériennes de l'OTAN, dont plus de 9.650 dans un but "offensif", ont largement contribué au changement de régime en Libye après plus de quarante ans de dictature, même si l'Alliance n'en avait pas officiellement fait un objectif.
"Kadhafi n'était pas une cible de nos opérations", a répété M. Rasmussen, interrogé sur le raid aérien mené par la coalition sur un convoi du dirigeant déchu, le 20 octobre à Syrte, qui a conduit à son arrestation, avant d'être tué. "Non, nous ne savions pas" que Kadhafi était dans le convoi, a-t-il indiqué. "Nous avons frappé des cibles militaires légitimes et un convoi armé est une cible militaire légitime, car elle peut constituer une menace pour les civils", a-t-il ajouté.
La zone d'exclusion aérienne et un blocus naval, appliqués par l'OTAN depuis le 31 mars, prendront fin à 23H59 (21H59 GMT), conformément à la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU ayant mis fin au mandat autorisant le recours à la force en Libye, sur la base des résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité.
L'Alliance, qui n'a subi aucune perte humaine, ne communique pas sur le nombre de morts provoquées par ses frappes, mais estime avoir réussi à limiter au maximum les dégâts collatéraux grâce à des règles d'engagement très strictes.
"Nous n'avons pas de confirmation quant à d'éventuelles pertes civiles", a déclaré M. Rasmussen. "Nous avons déclaré une fois publiquement que nous ne pouvions pas exclure la possibilité d'avoir causé des pertes civiles, mais l'enquête ne pouvait pas le confirmer", a-t-il ajouté.
Un nouveau chef de gouvernement
Par ailleurs, l'universitaire Abdel Rahim al-Kib, originaire de Tripoli, a été élu lundi soir Premier ministre du gouvernement de transition en Libye par les membres du Conseil national de transition (CNT), selon un journaliste de l'AFP sur place.
M. al-Kib a été élu au premier tour parmi cinq candidats après avoir recueilli 26 voix sur 51 votants.
Peu après son élection, M. Kib, a dit vouloir "bâtir une nation respecteuse des droits humains", lors d'une conférence de presse à Tripoli. "Nous nous engageons à bâtir une nation qui n'accepte pas les violations des droits de l'Homme. Mais nous avons besoin de temps", a-t-il dit, s'exprimant en anglais.

Le PM libyen Abdel Rahim al-Kib. Marco LONGARI/AFP
Le vote a débuté aux alentours de 19H40 (17H40 GMT), le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, étant le premier à déposer son bulletin dans l'urne. "Ce vote prouve que les Libyens sont capables de construire leur avenir", a lancé M. Abdeljalil après avoir voté.
Dix candidats étaient en lice dimanche, cinq se sont retirés lundi, dont Abdel Hafez Ghoga, le vice-président du CNT.
Les quatre autres candidats étaient Ali Tarhouni, "ministre" du Pétrole et des Finances de l'exécutif provisoire, Idriss Abou Fayed, ancien opposant emprisonné sous le régime de Mouammar Kadhafi, Ali Zidane, représentant du CNT en Europe, et Moustapha al-Rojbani, un universitaire installé à l'étranger.
Moustapha al-Rojbani, originaire de la ville de Rojban, dans les montagnes de Nefoussa, est arrivé en deuxième position avec 19 voix, tandis que M. Tarhouni n'a obtenu que 3 voix.
Le chef de l'exécutif précédent, Mahmoud Jibril, avait indiqué qu'il ne comptait pas faire partie du gouvernement de transition, ni se présenter lors des différentes élections à venir.
Les membres du CNT ont procédé au vote dans une salle de réunion d'un local situé dans le sud de Tripoli, qui fait office de siège de l'exécutif provisoire.
Selon la feuille de route annoncée par le CNT, un gouvernement intérimaire doit être formé au plus tard un mois après l'annonce de la libération du pays, dont la proclamation officielle a eu lieu le 23 octobre.
Des élections constituantes doivent avoir lieu parallèlement dans un délai de huit mois maximum, suivies d'élections générales un an après au plus tard.
D'un autre côté, l'ancien Premier ministre libyen, al-Baghdadi al-Mahmoudi, emprisonné en Tunisie et dont les autorités libyennes réclament l'extradition, a dit par la voix de son avocat "craindre pour sa vie" car il est le seul à "détenir les secrets de l’État libyen" après la mort de Mouammar Kadhafi.
Premier ministre jusqu'aux derniers jours du régime déchu, M. Mahmoudi, 70 ans, avait été arrêté en Tunisie le 21 septembre près de la frontière algérienne. Condamné pour "entrée illégale" sur le territoire, puis acquitté, il est toujours maintenu en détention.
Par ailleurs, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité une résolution appelant la Libye et les pays voisins à mettre un terme à la prolifération dans la région des armes amassées par Mouammar Kadhafi, en particulier les missiles sol-air à courte portée.
Présentée par la Russie, cette résolution impose aux autorités libyennes d'entreprendre les actions nécessaires pour empêcher la prolifération des armes et demande au pays de respecter les engagements internationaux pris sous le colonel Kadhafi de détruire tout le stock d'armes chimiques.
Par cette résolution, le Conseil de sécurité demande également aux Etats de la région de collaborer avec la Libye pour empêcher la dispersion de ces armes.
Le voyage a eu lieu trois jours après la confirmation par l'Alliance de la fin de l'opération "Protecteur unifié" à laquelle avaient participé 28 pays.
"Ce soir à minuit, l'opération Protecteur unifié prendra fin. Je ne prévois pas un rôle majeur pour l'OTAN. Il revient désormais aux Nations unies...

