La plupart des victimes sont tombées dans les régions de Homs et de Hama, deux foyers de la contestation dans le centre du pays, selon des militants. « Douze civils et un soldat insoumis ont été tués dans divers quartiers de la ville de Hama, 20 autres dans la ville de Homs et un civil à Qousseir, dans la région de Homs », théâtre depuis plusieurs semaines d’opérations de l’armée, a ainsi annoncé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Selon son président Rami Abdel Rahmane, « Homs a donné 40 % des martyrs de la révolution syrienne », ajoutant que « plus de cent personnes ont été blessées hier et 500 autres ont été arrêtées à travers le pays ». Deux civils ont également été tués et dix autres blessés par les tirs des forces de sécurité à Tsil, dans la province de Deraa, tandis qu’un adolescent de 15 ans a péri dans la province d’Idleb.
Comme chaque vendredi depuis le début mi-mars de la contestation contre le régime du président Bachar el-Assad, de nombreuses manifestations ont eu lieu à la sortie des mosquées, après la grande prière de la mi-journée. Plusieurs rassemblements ont ainsi eu lieu à Homs après la prière, en particulier dans le quartier de Deir Balaa, où près de 25 000 personnes ont défilé en réclamant la chute du régime, selon des militants.
Rappelons que les militants prodémocratie avaient appelé sur leur page Facebook à manifester en faveur d’une « zone d’exclusion aérienne, à l’image de la Libye, afin de permettre à “l’Armée syrienne libre” d’œuvrer avec plus de liberté ». Un groupe de soldats insoumis a ainsi rejoint les rangs de cette armée à Hama.
Dans le nord-ouest, les forces armées et les shabbiha ont procédé à des perquisitions dans le village de Kafrouma, dans la province d’Idleb, près de la frontière turque, arrêtant 13 personnes dont une femme et son fils de 12 ans, a indiqué l’OSDH. Dans la même région, « les funérailles d’un soldat insoumis se sont transformées à Maaret el-Nohmane en une importante manifestation » contre le régime, selon la même source.
À Damas, des dizaines de jeunes ont défilé pour la liberté dans le quartier de Barzé, malgré un déploiement massif des forces de sécurité, qui ont procédé à plus d’une quarantaine d’arrestations, toujours selon l’OSDH.
Dans le quartier historique de Salhié, en plein cœur de la capitale, les mosquées étaient encerclées par des agents de sécurité pour empêcher les manifestations, selon les Comités de coordination locaux (LCC), qui chapeautent la mobilisation sur le terrain.
La foule s’est également soulevée à Nemr, Banias, Moadamiya, Qudsaya, Tamil, Alep, Deraa, Talbissé, al-Hajar el-Aswad à Damas, Seqba, Khan Shaykhoun, Kanaker, Baraza, Nahr Aïsha, Ras el-Ayn, Qamishli, Hasaka, Qaboun, Talbissé.
Un homme, Mohammad Leila (Abou Fadi), qualifié par le porte-parole « des révolutionnaires de Jabla » de Bou Azizi syrien, s’est par ailleurs immolé pour protéger sa femme et ses enfants des shabbiha.
Dans ce contexte, Imadeddine Rachid, membre du Conseil national syrien, a assuré que « tous les mots dits et les initiatives annoncées sont désormais inutiles après les massacres d’hier. C’est une réponse claire du régime syrien à la Ligue arabe, alors que cette dernière continue de lui donner chance après chance. Ce régime poursuit son oppression : les 40 morts d’hier sont un développement très dangereux que la Ligue ne peut occulter », a-t-il dit, interrogé par la chaîne de télévision libanaise Akhbar el-Mustaqbal. M. Rachid a demandé l’intervention de forces de dissuasion arabes en Syrie, à l’image de ce qui s’est passé au Liban durant la guerre civile. « Ceci est applicable aujourd’hui, parce que le peuple syrien refuse la violence mais tient à être protégé contre la mort, et en l’absence de tout rôle que l’armée syrienne peut jouer à ce niveau, cette requête devient naturelle et légitime », a-t-il ajouté.
Sur le plan diplomatique, l’ambassadeur de France à l’ONU, Gérard Araud, a déclaré que les 15 pays membres du Conseil de sécurité pourraient se retrouver pour une nouvelle action contre la Syrie. « Nous sommes tous horrifiés par ce qui se passe. Toutes les promesses de réforme ne mènent à rien », a-t-il lancé. Début octobre, le veto de la Chine et de la Russie avait pourtant empêché une résolution menaçant Damas de « mesures ciblées ». Mais jeudi, l’émissaire spécial chinois pour le Proche-Orient, Wu Sike, qui a effectué une visite à Damas, a appelé à « mettre fin à tous les actes de violence et à l’effusion de sang, et à mener des réformes par le biais du dialogue et des voies pacifiques ».
La Lituanie a annoncé de son côté, hier, avoir interdit le survol de son territoire par des avions syriens à destination et en provenance de l’enclave russe de Kaliningrad, craignant qu’ils ne soient utilisés pour transporter du matériel militaire. Et l’Espagne a convoqué l’ambassadeur de Syrie à Madrid pour dénoncer le harcèlement et les intimidations dont plusieurs opposants syriens vivant en Espagne se disent victimes de la part de l’ambassade.
À Tunis, le second prêche d’hier a été un message d’espoir adressé à la Syrie. « Alors que nous savourons notre nouvelle indépendance, nos frères en Syrie subissent dans le sang la plus féroce répression. Prions pour eux », a lancé l’imam de la mosquée Fatah. « Patience, patience, frères syriens, musulmans et chrétiens, la victoire est à la portée », a-t-il poursuivi en demandant au président syrien de « dégager », relayant un appel de l’Union internationale des musulmans, 40 000 ulémas, à « cesser les tueries » sur le sol syrien.
(Sources : agences et rédaction)

