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Couverture spéciale de la révolte en Syrie - Répression

La Ligue s’énerve et Pékin s’impatiente

47 morts en 24 heures entre loyalistes et insoumis ; Assad promet d’éventuels « séismes ».
Au lendemain d’une journée extrêmement lourde de sang (47 morts en 24 heures) et de menaces (Bachar el-Assad a promis d’éventuels « séismes »), les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, réunis hier à Doha, ont proposé à la Syrie un plan pour mettre fin à la violence interne, et la délégation de Damas a promis une réponse pour aujourd’hui.
C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, qui a carrément utilisé le mot « tromperies ». S’adressant aux journalistes après la réunion, il a pressé le président Assad de prendre des mesures « concrètes », loin de « toute tergiversation. Ce qui est requis, ce sont des mesures concrètes pour empêcher ce qui est arrivé dans d’autres pays », a déclaré aux journalistes cheikh Hamad, interrogé sur l’avertissement lancé par M. Assad contre un séisme dans la région en cas d’intervention occidentale contre son pays. Le PM qatari semblait faire référence à la Libye où une intervention de l’OTAN avait contribué à la chute du régime du colonel Mouammar Kadhafi, dans la foulée des révoltes ayant chassé du pouvoir les présidents tunisien et égyptien. « L’ensemble de la région est exposée à une grande tempête. Et il importe que les dirigeants sachent comment se comporter (mais) pas par des tergiversations et des tromperies », a-t-il averti. La délégation syrienne, conduite par le ministre des Affaires étrangères, Walid el-Moallem, « passera la nuit à Doha pour apporter sa réponse » au plan arabe, a-t-il encore dit sans préciser la teneur exacte des propositions faites aux Syriens. Il a ajouté que, quelle que soit la réponse de Damas, le comité ministériel devrait se réunir mercredi au Caire pour faire le point sur les tractations en cours avec le régime syrien, soulignant que « l’important, c’est la mise en œuvre » du plan proposé.

L’appel à Moscou et l’impatience de Pékin
La réunion de Doha s’est tenue dans un climat tendu, la Ligue arabe ayant exprimé dans un message au président Assad samedi « son rejet des meurtres de civils » et « l’espoir que le gouvernement syrien prendra les mesures nécessaires pour les protéger ». À Damas, le ministère syrien des Affaires étrangères s’est déclaré « étonné que le comité arabe ait basé sa position sur les mensonges diffusés par les chaînes de télévision qui incitent à la violence », selon un communiqué rapporté par l’agence officielle SANA. Sans compter le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui a demandé « la fin immédiate des opérations militaires contre les civils. La violence est inacceptable et doit cesser immédiatement », a-t-il dit, exhortant les autorités à entreprendre « des réformes ambitieuses » pour répondre aux attentes de la population.
Rappelons que Bachar el-Assad avait prévenu que toute action occidentale contre son pays provoquerait un « tremblement de terre », dans un entretien publié hier par le journal britannique The Sunday Telegraph. « La Syrie est désormais le centre de la région. C’est la ligne jaune, et si vous la touchez, vous provoquerez un véritable tremblement de terre : voulez-vous avoir sur les bras un nouvel Afghanistan, ou des dizaines d’Afghanistan ? » a demandé le président syrien. « Tout problème en Syrie enflammera la région entière. Si le plan est de diviser la Syrie, cela revient à diviser toute la région », a-t-il ajouté. Il a cependant reconnu que les forces de sécurité syriennes ont commis « beaucoup d’erreurs » au début de la contestation visant son régime, mais qu’elles ciblent désormais uniquement les « terroristes ».
Ces menaces semblent être une réponse à un avertissement préalable de la Ligue arabe qui avait mis en garde le président syrien contre une intervention internationale « inévitable », rapportait hier el-Qabas, un influent quotidien koweïtien. Citant des sources arabes bien informées, le journal affirme que « la délégation arabe a été franche et claire au cours de sa réunion avec la direction syrienne. Elle l’a avertie que si une solution arabe échouait, cela aboutirait à une internationalisation de la crise ».
Le président syrien a en outre demandé à la Russie de continuer à le soutenir face aux condamnations occidentales de sa répression des manifestations, dans une interview à la télévision russe. « Avant tout, nous comptons sur le soutien de la Russie, un pays auquel nous sommes liés par des liens solides (...). Le rôle de la Russie est extrêmement important », a-t-il déclaré dans un petit extrait de l’interview diffusé en milieu de journée.
Cet appel survient moins d’un mois après une déclaration du président russe Dmitri Medvedev, dans laquelle il appelait, pour la première fois, le président syrien à accepter des réformes ou bien à démissionner. Mais la Russie continue à soutenir la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU et a bloqué jusqu’à présent toutes les propositions de sanctions.
En attendant, Pékin montre de plus en plus d’impatience à l’encontre de Damas : l’émissaire de la Chine au Moyen-Orient, Wu Sike, a déclaré hier au Caire qu’il avait mis en garde la Syrie lors d’une récente visite à Damas contre le danger de la poursuite de la répression. M. Wu a dit avoir souligné auprès « de hauts responsables en Syrie le danger de la situation », disant qu’« elle ne peut continuer » et que le régime doit « respecter et répondre aux aspirations et aux revendications légitimes du peuple syrien ».

« Geler » l’adhésion à la Ligue...
Parallèlement, plusieurs manifestations ont eu lieu hier en réponse à l’appel lancé par les militants prodémocratie pour réclamer le gel de l’adhésion de la Syrie à la Ligue arabe, selon la page Facebook des contestataires. « Les milices de Bachar el-Assad nous tuent depuis huit mois. Ils nous arrêtent et nous écrasent sous les obus. Et vous les Arabes, épris de discours, que faites-vous ? » ont écrit les militants sur leur page Facebook « Syrian Revolution 2011 » appelant à la mobilisation sous le slogan « Geler l’adhésion. Arrêtez votre appui aux assassins ».
Ces militants ont également diffusé sur Facebook des vidéos montrant des étudiants défiler à Inkhel (Deraa), « en réponse aux menaces d’Assad d’incendier la région », ainsi qu’à Tibet el-Imam à (Hama) et à Idleb où les manifestants ont réclamé la chute du président.
Toujours sur le terrain, trois civils ont été tués hier par des tireurs embusqués. Une jeune fille a péri dans le quartier de Deir Balaa et un jeune homme dans le village d’el-Ghantou, victimes de tireurs embusqués, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Un troisième civil a été tué par des tirs des forces de sécurité dans le quartier el-Hadar. Selon la chaîne de télévision al-Jazeera, huit civils auraient été tués par les forces de sécurité syriennes. En outre, dix civils ont été blessés par des tirs en provenance d’un barrage de la sécurité à Deir Balaa, selon la même source.

Samedi noir
Samedi, les affrontements entre soldats, membres des forces de sécurité et insoumis ont redoublé d’intensité, faisant 47 morts en 24 heures dans les rangs des forces du régime, selon l’OSDH, qui a révélé que vingt soldats ont péri dans la journée de samedi lors d’affrontements entre la troupe et des hommes armés, probablement des insoumis, dans le quartier de Baba Amro à Homs. Cinquante-trois autres blessés ont été hospitalisés, selon la même source, et des affrontements similaires ont fait au moins 17 morts parmi les soldats dans la nuit de vendredi à samedi, toujours à Homs.
En outre, dix membres des forces de sécurité et un soldat dissident ont été tués dans une embuscade tendue par des dissidents présumés contre un car transportant des agents de sécurité entre les villages d’el-Habit et de Kafrnabouda dans la province d’Idleb. Ce à quoi il faut rajouter douze civils, tués samedi à Homs et dans sa région par des tirs des forces de sécurité, de tireurs embusqués et par un pilonnage aux mitrailleuses lourdes. D’autres civils, dont le nombre n’a pas pu être précisé, ont été tués à leur domicile par des tirs des forces de sécurité.
D’après l’OSDH, la région de Homs, troisième ville de Syrie, « a donné 40 % des martyrs de la révolution syrienne », dont la répression depuis le 15 mars a fait, selon l’ONU, plus de 3 000 morts.

(Sources : agences et rédaction)
Au lendemain d’une journée extrêmement lourde de sang (47 morts en 24 heures) et de menaces (Bachar el-Assad a promis d’éventuels « séismes »), les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, réunis hier à Doha, ont proposé à la Syrie un plan pour mettre fin à la violence interne, et la délégation de Damas a promis une réponse pour aujourd’hui.C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, qui a carrément utilisé le mot « tromperies ». S’adressant aux journalistes après la réunion, il a pressé le président Assad de prendre des mesures « concrètes », loin de « toute tergiversation. Ce qui est requis, ce sont des mesures concrètes pour empêcher ce qui est arrivé dans d’autres pays », a déclaré aux journalistes cheikh Hamad, interrogé...