Une image de la manifestation pro-Assad qui s'est déroulée aujourd'hui jeudi 27 octobre dans la ville côtière de Lattaquié. Une image diffusée par la télévision publique syrienne. Photo Sana/
Le régime syrien a lancé une nouvelle stratégie, aujourd'hui, pour tenter d'étouffer la révolte qui gronde dans le pays depuis le mois de mars. L'armée syrienne a entrepris, ce jeudi matin, de poser des mines en face de deux villages frontaliers libanais, apparemment dans une tentative de bloquer la contrebande d'armes vers la Syrie, a affirmé à l'AFP un responsable local libanais. "L'armée syrienne a entrepris dès l'aube de poser des mines à l'intérieur du territoire syrien, à la frontière avec les localités libanaises de Knaissé et d'el-Hnaider", a précisé ce responsable sous le couvert de l'anonymat. Des soldats syriens se sont déployés dans la zone, près des villages syriens de Heet et de Bouayt, à un kilomètre des villages libanais, a-t-il ajouté.
Cette région frontalière, seulement séparée de la Syrie par des monticules de terre, est généralement un lieu de passage pour la contrebande de marchandise du Liban vers la Syrie. Au cours des derniers mois, plusieurs Syriens de Heet et de Bouayt se sont réfugiés à Knaissé, pour fuir les violences.
L'ambassadeur de Syrie au Liban, Ali Abdel Karim Ali, a, dans ce contexte, exhorté les forces de sécurité libanaise à revoir leurs enquêtes sur la contrebande d'armes vers Damas en raison de "la différence" entre le nombre d'armes saisies en Syrie et le niveau des prises enregistrées et dévoilées par les enquêteurs libanais.
A l’intérieur des frontières syriennes, la répression ne faiblissait pas. Trois civils, dont un adolescent, ont été tués jeudi par les tirs des forces de sécurité dans les régions de Homs (centre) et Deraa (sud), deux fiefs de la contestation contre le régime du président syrien Bachar el-Assad, ont annoncé des militants.
"Un mineur de 15 ans a été tué et trois autres personnes ont été blessées par les tirs des forces de sécurité lors de perquisitions" à Daël, près de Deraa, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) dans un communiqué. Mercredi soir, plus de 5.000 personnes avaient défilé à Daël pour réclamer la chute du régime, a ajouté l'OSDH, faisant état de 23 arrestations dans cette ville. Selon la chaîne al-Arabiya, près de 100 personnes y ont été arrêtées.
Plus au nord, deux civils ont été tués dans la région de Homs par un tireur embusqué et par des tirs des forces de sécurité. Selon les Comités de coordination locaux (LCC), qui chapeautent les manifestations sur le terrain, les forces de l'ordre sont aussi entrées dans plusieurs localités à l'est de Damas, procédant "à des contrôles sur la base de listes".
La télévision publique syrienne a, de son côté, diffusé des images d'une manifestation géante en faveur de Bachar al Assad dans la ville côtière de Lattaquié. "Un million de personnes ont défilé pour soutenir les réformes et exprimer leur refus des interventions étrangères", a assuré la télévision.
Les militants pro-démocratie ont appelé pour leur part sur les réseaux sociaux à manifester vendredi pour l'imposition d'"une zone d'exclusion aérienne" au-dessus de la Syrie, afin d'empêcher l'armée d'intervenir contre les civils et pour encourager les soldats à faire défection.
Mercredi, le président syrien a reçu une délégation ministérielle de la Ligue arabe dirigée par le Qatar, qui a annoncé la tenue d'une nouvelle réunion dimanche pour tenter de trouver une solution politique à la crise. « La rencontre avec le président Assad était franche et amicale, et nous allons poursuivre la réunion le 30 octobre », a affirmé le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, cité par la télévision publique syrienne. « Nous avons perçu l’attachement du gouvernement syrien à œuvrer avec la commission arabe pour parvenir à une solution » à la crise en Syrie, a ajouté cheikh Hamad, également Premier ministre du riche État du Golfe. La télévision avait indiqué auparavant « qu’une ambiance positive avait régné lors de cette rencontre ».
De son côté, dans un entretien avec la chaîne qatarie al-Jazira, Burhan Ghalioun, président du Conseil national syrien (CNS) qui réunit la quasi-totalité des courants de l’opposition, avait appelé la communauté internationale à « protéger le peuple syrien » de la répression menée par le régime de Damas.
Sur le plan diplomatique, l'émissaire spécial chinois pour le Proche-Orient, Wu Sike, a réaffirmé jeudi à Damas l'opposition de son pays aux "ingérences étrangères" en Syrie, lors d'une rencontre avec le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem, a rapporté l'agence officielle Sana. Selon Sana, M. Mouallem a expliqué au responsable chinois "la situation actuelle, les mesures prises par les dirigeants syriens pour répondre aux demandes légitimes des citoyens et les efforts déployés pour appliquer les réformes".
La Russie et la Chine -membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU- ont opposé le 4 octobre leur veto à un projet de résolution des pays occidentaux menaçant Damas de "mesures ciblées" pour que cesse la répression sanglante des manifestations. Le 11 octobre, Pékin a toutefois pressé la Syrie d'"agir plus rapidement afin d'honorer ses promesses de réformes".
Par ailleurs, l'ambassadeur de France à l'ONU Gérard Araud a souligné jeudi que les quinze pays membres du Conseil de sécurité pourraient se retrouver pour une nouvelle action visant la Syrie après l'échec début octobre d'une résolution du fait d'un double veto russo-chinois. "Nous sommes tous horrifiés par ce qui se passe en Syrie. Toutes les promesses de réforme ne mènent à rien", a dit M. Araud devant la presse. "Peut-être, à un moment donné, retournerons-nous au Conseil de sécurité" pour une action commune visant la Syrie, a-t-il ajouté.
De Ferzat aux "martyrs de la liberté"
Par ailleurs, le célèbre caricaturiste syrien Ali Ferzat, récompensé jeudi par le prestigieux prix Sakharov du Parlement européen, a dédié sa récompense "aux martyrs de la liberté". "Je partage cette récompense avec tous ceux qui sont épris de liberté et de démocratie. Elle suscite l'espoir dans l'avenir", a déclaré à l'AFP M. Farzat joint par téléphone à Koweït. Le 25 août, M. Farzat avait été enlevé et frappé à Damas par des membres des services de sécurité masqués et des miliciens du régime d'Assad. Il avait subi notamment des fractures aux mains.
Cette région frontalière, seulement séparée de la Syrie...


