Le modèle du PPP s’appliquerait parfaitement aux projets du secteur énergétique, lequel se caractérise par un taux de gaspillage élevé, un patrimoine et une infrastructure non entretenus et un recouvrement insuffisant des factures.Photo Greg Demargue
« Dans un pays où l’infrastructure souffre de nombreuses défaillances et où les dépenses d’investissement représentent moins de 5 % du budget public, l’État a trois options pour y remédier : s’endetter encore plus pour assurer ces dépenses supplémentaires, augmenter les impôts, ou bien se diriger vers le secteur privé », a notamment souligné à cette occasion Ziad Hayeck. L’option d’endettement supplémentaire est particulièrement dangereuse au Liban, au vu du ratio élevé de la dette au PIB, qui culmine à plus de 130 % actuellement, et d’un contexte économique morose, a-t-il ajouté. « La privatisation des secteurs historiquement gérés par l’État a en outre montré ses limites et ne rassure pas forcément les consommateurs, inquiets de voir s’installer un monopole, sans aucune garantie pour les prix », a souligné de son côté Chadi Karam. Selon lui, la formule des partenariats public-privé (PPP), qui implique un maintien des actifs aux mains de l’État mais un recours au financement partiel et aux compétences du secteur privé, est ainsi la mieux adaptée aux lourds projets d’infrastructures dont a besoin le pays.
De nombreux avantages sur le plan économique
Et pourtant, le Liban est encore largement à la traîne par rapport à d’autres pays méditerranéens, comme l’Égypte, pionnier dans la région, le Maroc ou la Jordanie. En 2006, un projet de loi régissant le partenariat public avec le secteur privé a vu le jour, mais il n’a toujours pas été adopté en Conseil des ministres. « Une dizaine de projets sous forme de PPP existent actuellement, mais seulement l’un d’entre eux fonctionne plus ou moins bien », a déploré M. Hayeck. L’existence d’un cadre législatif clair, doté de règles précises et d’une autorité de régulation transparente, permettrait, selon lui, d’attirer un plus grand nombre d’investisseurs et d’exploiter ainsi de manière optimale les capacités du secteur privé. « Aujourd’hui, l’État n’est pas seulement dans l’incapacité de financer les projets d’infrastructure dont a besoin le pays, il souffre également du manque de compétences nécessaires à l’exécution de tels projets », a souligné le PDG du groupe ECE, Samir Nasr. Pour lui, introduire le système des PPP au Liban reviendrait à introduire davantage de compétences, une infrastructure durable et des services de meilleure qualité pour les consommateurs. « Ce système s’appliquerait parfaitement aux projets pour l’eau et l’assainissement, secteur particulièrement marqué par un taux de gaspillage élevé, un patrimoine et une infrastructure non entretenus et un recouvrement insuffisant des factures », a ajouté Fadi Comair.
Au cours des différentes interventions de la journée, quatre grandes lignes se sont dégagées autour des avantages pour le Liban de recourir aux PPP. D’abord, ce système permettrait une grande flexibilité dans le recours aux financements des projets (État, entreprises privées, organisations internationales, institutions financières) ainsi que dans la taille des projets (grands projets d’infrastructure ou projets de petite et moyenne taille au niveau des municipalités). Ensuite, les PPP représenteraient un mode de gestion « gagnant-gagnant », où le secteur privé apporterait ses compétences et l’État garantirait un meilleur service pour le plus bas prix possible. Ce système pourrait également relancer la croissance économique du pays en donnant une marge de manœuvre plus importante aux régions et municipalités, en permettant de transcender les blocages institutionnels dans l’exécution des projets d’infrastructure et en contribuant au développement des marchés financiers, a ajouté le PDG de ECE. Enfin, selon Samir Nasr, le PPP aura une répercussion sur l’état d’esprit du citoyen, qui devra désormais payer le prix réel des services qu’il perçoit (aujourd’hui largement sous-évalué), et prendra ainsi conscience de la valeur des ressources naturelles qui l’entourent, comme l’eau, l’énergie ou l’environnement.

