Commençons par les plaisanteries inappropriées, comme le fameux « La plus petite poitrine du village allaiterait la moitié de l’Ukraine » qui passe aussi dans la bande-annonce du film. Cette blague reflète une grosse mauvaise perception que les Ukrainiens sont maigres et mal nourris. En plus, cette blague, ne faisant absolument pas rire, est d’un niveau effroyablement vulgaire.
De plus, que dire du fait de préciser que les prostituées sont ukrainiennes. Cela est d’un irrespect total envers les Ukrainiens. Pour rappel, l’Ukraine est un pays de 46 millions d’habitants, qui comme le Liban, s’est battu à plusieurs reprises contre les occupations et les influences étrangères et dont le peuple est l’auteur en 2004 d’une des révolutions les plus civilisées du XXIe siècle. Comment Nadine Labaki se permet-elle d’offenser ce peuple si ouvertement ? Qu’auraient penser les Libanais si un film ukrainien se permettait de mettre en scène des prostituées libanaises ? Il aurait été beaucoup plus approprié et surtout délicat de garder vague la nationalité des femmes. D’autre part, où donc Nadine Labaki était-elle allé chercher cette perception des hommes libanais ? Je n’ai rien contre les mouvements féministes, et je me suis moi-même battu en faveur des droits des femmes en général et de leur droit à l’octroi de la nationalité à leurs enfants. Mais de là à faire des hommes des brutes qui s’entre-tuent toute la journée mais aussi des êtres aussi facilement impressionnés par des femmes blondes qui dansent, c’est quand même pousser le bouchon trop loin ! Ce n’est plus du féminisme mais de l’« anti-machisme ». Non, Mme Labaki, il existe au Liban des hommes beaucoup plus sages, posés et surtout matures. Et si on convient que le sectarisme est une maladie sociale qui ronge notre pays, je trouve qu’il touche aussi bien les hommes que les femmes. Il n’y a absolument aucune preuve que les femmes sont moins sectaires que les hommes.
Troisièmement, ces fameux Libanais (les hommes encore une fois et non les femmes) dans le film sont représentés comme étant incroyablement naïfs et aveuglément liés à leur religion. En particulier, les scènes où la croix de l’église est légèrement brisée et où les chrétiens décident de riposter en voulant faire entrer des chèvres dans la mosquée du village. Où bon sang y a-t-il dans ce pays autant de naïfs ? Si je suis d’accord que les Libanais sont des champions dans l’art de s’entre-tuer, ils le font pour des raisons beaucoup plus profondes que ce qui est vu dans le film, des raisons culturelles, politiques, mais pas aussi bêtement religieuses.
Je ne voudrais pas oublier aussi les scènes comportant des idées mille fois ressassées dans d’autres films, comme celle où Nadine Labaki (l’actrice) perd le contrôle de ses nerfs et se lance dans un monologue bourré de déjà vus du style « Vous n’avez encore rien appris ».
En général, je suis fatigué de voir les Libanais présentés comme des villageois qui se promènent en bretelles toute la journée, avec des chèvres sur le dos. Pour référence, mes deux parents sont déjà familiers avec Internet, Facebook ou Whatsapp. Et, de mémoire, je n’ai encore jamais vu mon père en tenue digne de l’Empire romain ou ma mère en train de promener un âne. Il existe quand même dans ce pays beaucoup de gens qui aiment le théâtre, le sport, le cinéma, un bon dîner entre amis. Des gens qui se soucient quand même du futur, apprécient la vie, savent faire la fête mais aussi savent bien travailler. Des gens normaux, quoi.
On pourrait me reprocher d’être pessimiste ou de ne pas vouloir encourager la production cinématographique libanaise. Je ne suis pas d’accord. On doit arriver au Liban à un stade de maturité qui permet l’autocritique. En tant que Libanais, je souhaite bien évidemment le plus grand succès professionnel à l’équipe de Et maintenant on va où ? dans tous les festivals internationaux mais aussi, pourquoi pas, dans la course aux Oscars. Mais je suis déçu et surtout inquiet de l’idée que les étrangers qui verront ce film se feront du Liban... Une idée si lointaine de la réalité.


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