Plusieurs personnes parlaient, une à une, utilisant des mots poignants qui faisaient revenir à ma mémoire de si tristes souvenirs.
« Je suis un Libanais torturé et mis à mort pour avoir voulu être libre, libre d’aimer et de vivre. »
« Je suis une jeune fille du Rwanda. J’ai été tuée avec ma famille par des membres d’une autre tribu, nous étions pourtant du même pays, du même sang. »
« Je suis une Palestinienne tuée dans le camp de Sabra, à Beyrouth, j’étais enceinte de six mois. »
« Je suis un Américain tué sur le lieu de mon travail, un jour de septembre. Un avion a percuté l’immeuble où je me trouvais. »
« Je suis un Algérien qu’on a égorgé tout simplement parce que j’aimais parler la belle langue d’un moine français, tué lui aussi avec ses compagnons peu de temps après moi. »
« Je suis un Arabe tué par l’armée de mon pays obéissant à des ordres donnés par mon président. Peut-on mourir deux fois ? Mourir d’incrédulité face aux commanditaires du crime et d’un arrêt du cœur ? »
« Je suis une mère libanaise morte avant de revoir son fils, ne sachant pas s’il était encore en vie, emprisonné ou exécuté. Il était tellement beau dans son uniforme. »
D’autres voix se faisaient entendre et je n’en pouvais plus de pleurer. Je compris combien il était urgent de changer les mentalités, combien il était primordial de penser à toutes les victimes des attentats, des crimes ou des massacres perpétrés à travers le monde, de penser à leur douleur, à leurs souffrances sans parler de religion à moins que cela ne soit pour prier de tout cœur.
J’ai regardé le ciel à travers mes larmes et j’ai dit à toutes ces personnes que le destin a unies dans le malheur : « Je suis citoyenne du monde, votre peine doit être mienne et je mêle mes larmes aux vôtres. » Que les douces paroles d’un Ave Maria s’envolent vers le ciel, unies aux mots d’une prière récitée devant un mur de Jérusalem, à des versets du Coran lus avec piété dans une mosquée, à la fumée des encensoirs d’un temple bouddhiste. Unissons nos prières pour vaincre le mal qui ronge ce monde de plus en plus fou.


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