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Culture - Sculpture

May Rishani, un « savoir fer » chargé de symboliques

D’un matériau rigide et brut, May Rishani a fait naître un monde vibratoire et tourbillonnant. Ses œuvres de fer vivent en symbiose dans le bel écrin de son Home Sweet Home ouvert aujourd’hui aux amis et amoureux du beau.

May Rishani en compagnie de son couple de derviches tourneurs.

May Rishani scrute obsessionnellement chacune de ses œuvres, hantée par le désir d’une géométrie irréprochable. De ses longs doigts musclés, elle plie les plaques de fer suivant un modèle préalablement imaginé et construit en prototype miniature. Ses tôles deviennent alors des rubans, tournoyant autour d’elles-mêmes et autour de sphères, embarquées elles aussi dans cette chorégraphie giratoire...
Il faut dire que l’artiste est une amoureuse du métal, elle qui, durant une dizaine d’années, s’est attachée aux postes autogènes et aux galaxies d’étincelles pour ses créations de bijoux. Mais voilà, cette personnalité instinctive, à la sensibilité épidermique, a décidé du jour au lendemain de fermer «boutique» et de troquer ses petites pinces contre les outils d’une véritable ferronnerie qu’elle a installée dans un pavillon en contrebas de son jardin. Aidée par des artisans, elle y passe des journées entières, se levant parfois à l’aube tiraillée par une idée, une impulsion à exécuter sur-le-champ.
L’or et les pierres précieuses aux orties, bienvenue à l’âge du fer. «Le passage aux œuvres de grand format a été une libération», affirme May Rishani en ouvrant les bras dans un mouvement ascensionnel. Stature de nageuse pour une femme qui a abordé l’âge mature avec grâce et beauté. Et qui dit s’être lancée dans la sculpture par nécessité d’abord. Sa première œuvre, un mobile accroché au plafond de son salon, était censée, selon une mécanique sonore particulière, contribuer à éliminer l’écho de la salle. «L’écho est toujours là, mais j’ai trouvé une nouvelle voie», sourit l’artiste. Ses œuvres, mobiles ou stables, sont éparpillées sur plusieurs niveaux de sa belle demeure. Au jardin, la famille des derviches (dont le papa et la maman ont été exposés, il y a quelques mois, au Beirut Exhibition Center dans le cadre de «Rebirth»), trône au-dessus de plans d’eau au milieu d’une verdure luxuriante.
La mission de ces fétiches de fer contemporains? Témoigner de la vocation sacrée de l’humanité, exorciser l’esprit des valeurs matérielles, s’élever contre l’absurdité de la condition humaine...

Hermès l’hermétique
Car l’œuvre de Rishani est sans aucun doute chargée d’une mémoire éternelle venue des profondeurs de l’Antiquité. Une sorte de mystique pythagoricienne sous-tend, en effet, son œuvre. Une œuvre irriguée, ramifiée également par ses lectures des grands penseurs antiques, notamment du Kybalion et des enseignements d’Hermès Trismégiste, en tête du panthéon de ses inspirations.
Si, pour May Rishani, la création artistique est essentiellement volonté de se faire miroir de la beauté et de la culture qui nous entoure, il y a aussi chez elle la tentation d’une démiurge qui donnerait vie à ce qu’elle crée. De penser ces formes artistiques comme autant de moyens d’accéder à la transcendance ou de saisir l’unité de la création, du macrocosme (les planètes) au microcosme (les cellules).
Inspirée des derviches tourneurs qui, par leur danse, atteignent la transcendance, cette sculpture rassemble ainsi dans un dispositif mécanique précis, comme une machine infernale, des formes primitives (le mouvement tournoyant de la terre, des molécules, de l’univers...).
Un mouvement qui décrit aussi, par ailleurs, le système solaire (elle a d’ailleurs donné à ses œuvres des noms d’étoiles) dans une ronde cosmique, mais la danse trace également l’ascension réalisée par l’être. Et si on interroge l’artiste sur le secret de cette danse circulaire, elle nous répond qu’elle est le secret de l’origine et du retour, nous conviant à retourner d’où nous venons avec sérénité.
Sur les entrelacs de fer, des signes s’inscrivent, comme les premiers balbutiements de l’écriture arabe, comme les caractères d’un alphabet personnel (n’y a-t-il pas là, dans les courbes et entournures d’une sculpture, un «May» calligraphié en arabe?).
Chorégraphe, calligraphe ou marionnettiste, May Rishani présente aux yeux du monde des œuvres qui «révèlent une recherche de l’équilibre intérieur et un élan hors de soi vers les mystères de l’ordre universel».
«Le moins que l’on puisse demander à une sculpture, c’est qu’elle ne bouge pas», disait Salvador Dali. Celle de May Rishani, par contre, danse. Et c’est beau.
May Rishani scrute obsessionnellement chacune de ses œuvres, hantée par le désir d’une géométrie irréprochable. De ses longs doigts musclés, elle plie les plaques de fer suivant un modèle préalablement imaginé et construit en prototype miniature. Ses tôles deviennent alors des rubans, tournoyant autour d’elles-mêmes et autour de sphères, embarquées elles aussi dans cette chorégraphie giratoire... Il faut dire que l’artiste est une amoureuse du métal, elle qui, durant une dizaine d’années, s’est attachée aux postes autogènes et aux galaxies d’étincelles pour ses créations de bijoux. Mais voilà, cette personnalité instinctive, à la sensibilité épidermique, a décidé du jour au lendemain de fermer «boutique» et de troquer ses petites pinces contre les outils d’une véritable ferronnerie qu’elle a...
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