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À La Une - Libye

Zones d'ombre autour de la mort de Kadhafi

Les nouvelles autorités souhaiteraient que l'ex-dictateur soit enterré dans un lieu secret.

Sur cette photo tirée d'une vidéo fournie par le Conseil national de transition libyen à l'AFP, Moutassim Kadhafi, peu avant sa mort, à Syrte, hier vendredi 20 octobre.

Le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a appelé vendredi à la mise en place d'une enquête sur la mort de l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi tué jeudi à Syrte dans des circonstances encore "obscures".

Le porte-parole du Haut commissariat, Rupert Colville, a jugé très inquiétantes les deux vidéos qui ont circulé dans la presse jeudi montrant successivement Mouammar Kadhafi le visage et les vêtements en sang, puis mort entouré de combattants. Une commission d'experts, mise en place par le Conseil des droits de l'homme de l'Onu, enquête déjà sur les meurtres, actes de torture et autres violences commises en Libye, a-t-il rappelé, lors d'une conférence de presse à Genève. "Le jugement de personnes accusées de crimes graves est un principe fondamental du droit international. Les exécutions sommaires sont absolument illégales. C'est différent si quelqu'un est tué au combat", a-t-il précisé à Reuters.

 

Selon la chaîne de télévision syrienne Arraï, la veuve de l'ex-dirigeant, Safia Kadhafi, qui s'est réfugiée en Algérie, a demandé à l'ONU que la vérité soit faite sur la mort de son mari et de son fils, Moutassim.

 

"Si le colonel Kadhafi a été tué après sa capture, cela constituerait un crime de guerre et les responsables devraient comparaître en justice", a affirmé Claudio Cordone, directeur général d'Amnesty International.

 

"La manière dont (Kadhafi) est mort soulève nombre de questions", a également déclaré, vendredi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. "Nous nous intéressons notamment aux actes de l'Otan du point de vue de la législation internationale", a-t-il ajouté. M. Lavrov a rappelé que les frappes aériennes contre la Libye étaient autorisées par le Conseil de sécurité de l'ONU uniquement pour faire respecter une zone d'exclusion aérienne mise en place et pour protéger les civils.

 

"Kadhafi était vivant quand il a été capturé et a été tué ensuite, a affirmé le docteur Ibrahim Tika, qui a consulté le corps du Guide déchu. La balle à l'origine de sa mort a pénétré son intestin". "Il a ensuite reçu une deuxième balle dans la tête qui a traversé son crâne", a affirmé le médecin à la chaîne de télévision Al-Arabiya.

 

Selon le "Premier ministre" du nouveau régime Mahmoud Jibril, Mouammar Kadhafi a péri d'une balle dans la tête lors d'un échange de tirs entre forces du Conseil national de transition (CNT) et combattants loyalistes. "Quand il a été retrouvé, il était en bonne santé et portait une arme", a-t-il dit ajoutant qu'il avait ensuite été conduit vers un pick-up. "Quand le véhicule a démarré, il a été pris dans un échange de tirs entre des combattants pro-Kadhafi et des révolutionnaires, et il a été tué d'une balle dans la tête".

 

Mais une nouvelle vidéo, le montrant ensanglanté et battu par ses gardes, laisse penser qu'il a été exécuté. On peut entendre un homme qui demande de le "laisser en vie", puis Kadhafi disparaît de l'image et des coups de feu éclatent.

"Alors qu'il était en train d'être emmené, ils l'ont battu et ensuite ils l'ont tué", a dit à Reuters une source de haut rang au sein des nouvelles autorités. "Il a peut-être résisté."

 

 

 

La dépouille de Kadhafi a été transferee à Misrata.

Thaier al-Sudani/Reuters

 

D'après Mohamed Leith, commandant des forces CNT dans la zone sud de Misrata (est), "Kadhafi se trouvait dans une Jeep sur laquelle les rebelles ont ouvert le feu. Il en est sorti et a tenté de fuir. Il s'est réfugié dans un égout. Les rebelles ont ouvert le feu de nouveau et il en est sorti portant une kalachnikov d'une main et un pistolet de l'autre". "Il a regardé à gauche et à droite, demandant +qu'est-ce qui se passe+. Les rebelles ont ouvert le feu de nouveau, le blessant à l'épaule et à la jambe et il a succombé ensuite", a-t-il ajouté.

 

"Nous avons également des informations sur un convoi qui était bombardé par l'Otan alors qu'il fuyait Syrte. Certaines informations font état de la présence des fils de Kadhafi dans ce convoi", a indiqué, pour sa part, le porte-parole officiel du CNT à Benghazi (est), Abdel Hafez Ghoga. .

 

Vendredi, l'Otan a affirmé qu'elle ignorait que Kadhafi se trouvait dans le convoi qu'elle a pris pour cible la veille à Syrte et n'avoir appris que plus tard qu'elle avait de la sorte "probablement contribué" à sa capture. "A environ 08H30 (06H30 GMT) jeudi, l'aviation de l'Otan a frappé onze véhicules militaires pro-Kadhafi qui faisaient partie d'un convoi d'environ 75 véhicules roulant dans la banlieue de Syrte", indique l'Otan dans un communiqué qui détaille l'enchaînement des faits ayant mené à la mort de Kadhafi. "Ces véhicules armés quittaient Syrte à vive allure et tentaient de forcer leur passage", ajoute-t-il. Ils "transportaient une quantité substantielle d'armes et de munitions qui représentaient une menace sérieuse pour la population locale".
Au début, l'appareil de l'Otan a détruit "uniquement un véhicule", ce qui "a perturbé le convoi" et entraîné la dispersion des véhicules qui "ont pris des directions différentes", selon le communiqué. Un groupe d'une vingtaine de véhicules s'est dirigé vers le sud à grande vitesse", continuant "à représenter une forte menace". "L'Otan a pris pour cible ces véhicules" et une dizaine de "véhicules pro-Kadhafi ont été détruits ou endommagés".

 

Selon le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, ce sont des avions français qui ont identifié et "stoppé" la colonne de véhicules dans laquelle se trouvait Mouammar Kadhafi, avant des accrochages au sol entre ses forces et des combattants du CNT. 

 

Par ailleurs, le sort de Saïf al Islam, un des fils de l’ancien homme fort de Libye, reste incertain. Selon le CNT, il aurait fuit la région de Syrte en direction du Niger. Saïf al Islam fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crime contre l'humanité.

 

 

 

Chambre froide

 

 

Selon des photographes de l'AFP, les dépouilles de Mouammar et de Mouatassim Kadhafi, l'un des fils du "Guide" également tué jeudi, ont été amenées à Misrata. La dépouille de Mouammar Kadhafi est dans une chambre froide qui conserve habituellement de la viande et d'autres produits frais près du vieux marché de Misrata.

Une source haut placée dit à Reuters que les nouveaux dirigeants du pays sont divisés sur le lieu de l'enterrement : "Selon le rite musulman, il doit être enterré rapidement mais ils doivent trouver un accord pour savoir s'il sera enterré à Misrata, Syrte, ou ailleurs".

Selon un haut responsable des forces du CNT, des membres de sa tribu, les Kadhafa, discutent de la possibilité de récupérer son corps pour l'enterrer dignement, procédure qui respecterait une tradition déjà observée pour Saddam Hussein. Mais le CNT souhaiterait que Kadhafi et son fils Moutassim, soient inhumés en un lieu secret, à l'inverse de l'ancien dictateur irakien, pour empêcher que son tombeau devienne un lieu de pèlerinage.

 

 

L'annonce de la mort du leader honni a provoqué la liesse dans tout le pays. A Tripoli, Misrata, Benghazi, Sabratha et ailleurs, les tirs de joie d'armes légères et lourdes vers le ciel se sont poursuivis jusque tard dans la nuit. Ces tirs ont fait au moins 63 blessés, et peut-être des morts, a indiqué dans la nuit la télévision libyenne Al-Ahrar. Vendredi matin, le Conseil militaire de Tripoli a demandé dans un communiqué à "tous les citoyens" de "cesser de tirer en l'air, quel que soit le type d'arme et quelles que soient les circonstances".

 

Les combattants libyens ont fêté jusque tard dans

la nuit, hier à Tripoli, la mort de Mouammar Kadhafi.

Suhaib Salem/Reuters

 

Les Libyens attendent, maintenant, l’annonce de la proclamation de la libération totale de la Libye. Après réflexion au sein du gouvernement intérimaire, le CNT a fini par annoncer que la proclamation serait prononcée diamnche à Benghazi, deuxième ville du pays, et non à Tripoli, l'actuelle capitale.

Le gouvernement prévoit d'annoncer à cette occasion son transfert à Benghazi, dans l'Est, d'où est partie l'insurrection mi-février.

Les combattants de Misrata, troisième ville de Libye qui a payé le plus lourd tribut à la répression menée par Mouammar Kadhafi, espèrent aussi obtenir plus d'influence au sein du gouvernement.

Les rivalités régionales sont fortes dans un pays formé de toutes pièces par le colon italien dans les années 1930. Kadhafi a parfois tiré profit de ce puzzle tribal pour contrôler le pays, peuplé de six millions d'habitants seulement mais aux grandes ressources énergétiques. Le contrôle des armes de l'ancien régime et de ses ressources pétrolières sont autant de motifs de désaccord entre les factions qui ont renversé ce régime autoritaire.

 

 

 

Vers la fin de l'opération militaire internationale

 

La communauté internationale a salué la mort de Kadhafi, espérant la fin prochaine de l'intervention de l'Otan et appelant les Libyens à la réconciliation. "Je pense qu'on peut dire que l'opération militaire est terminée, que l'ensemble du territoire libyen est sous le contrôle du CNT et que, sous réserve de quelques mesures transitoires dans la semaine qui vient, l'opération de l'Otan est arrivée à son terme", a déclaré ce matin le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. "Notre but n'était pas de tuer Kadhafi. Quand je dis nous, je parle de la coalition, de la France dans l'Otan. Notre but était de le forcer à abandonner le pouvoir. Il appartenait ensuite au Conseil national de transition de le capturer et de le juger", a-t-il ajouté.

 

L'Alliance atlantique dirige depuis la fin mars une coalition internationale intervenue, sur mandat de l'ONU, pour protéger les civils libyens de la répression de Mouammar Kadhafi, qui était confronté à une insurrection sans précédent.

 

Les pays membres de l'Otan se sont réunis vendredi après-midi pour discuter de l'arrêt de l'opération militaire en Libye. "Je vais recommander la conclusion de cette mission au Conseil de l'Atlantique nord de l'Otan", a indiqué l'amiral américain James Stavridis, chef du commandement allié, sur son compte Facebook.

 

Le président français Nicolas Sarkozy a, de son côté, appelé vendredi le peuple libyen au "pardon" à la "réconciliation" et à "l'unité" après la mort jeudi de Mouammar Kadhafi dans sa ville natale de Syrte. "On ne doit jamais se réjouir de la mort d'un homme quoi qu'il ait fait", a ajouté Nicolas Sarkozy.

 

Le président américain Barack Obama a estimé pour sa part que la disparition de l'ex-dictateur marquait "la fin d'un chapitre long et douloureux" pour les Libyens, et appelé les nouvelles autorités de Tripoli à bâtir un pays "démocratique" et "tolérant".

 

Le ministère turc des Affaires étrangères s'est, quant à lui, félicité de la "victoire définitive" du peuple libyen concrétisée par la mort de Mouammar Kadhafi. "Nous estimons que la chute du régime autocratique de Mouammar Kadhafi qui a perduré pendant près de 40 ans est une douloureuse leçon qu'il faudra prendre en compte dans toutes ses dimensions dans le contexte actuel de changement et de démocratisation dans la région", a ajouté Ankara.

 

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Le porte-parole du Haut commissariat, Rupert Colville, a jugé très inquiétantes les deux vidéos qui ont circulé dans la presse jeudi montrant successivement Mouammar Kadhafi le visage et les vêtements en sang, puis mort entouré de combattants. Une commission d'experts, mise en place par le Conseil des droits de l'homme de l'Onu, enquête déjà sur les meurtres, actes de torture et autres violences commises en Libye, a-t-il rappelé, lors d'une conférence de presse à Genève. "Le jugement de personnes accusées de crimes graves est un principe fondamental du droit international. Les exécutions sommaires sont...
commentaires (3)

24 heures avant son execution, Madame Hilary avait déclaré qu'on le voulait " vivant ou mort ". Indirectement, le feu vert a été donné. On s'en débarrasse et on charge sa mort sur le dos des combattants. Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

06 h 12, le 22 octobre 2011

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Commentaires (3)

  • 24 heures avant son execution, Madame Hilary avait déclaré qu'on le voulait " vivant ou mort ". Indirectement, le feu vert a été donné. On s'en débarrasse et on charge sa mort sur le dos des combattants. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    06 h 12, le 22 octobre 2011

  • L'ONU n'est plus à un ridicule près...

    GEDEON Christian

    11 h 24, le 21 octobre 2011

  • - - Et pourtant , le résultat de l'enquête se résume ainsi : L'ancien dirigeant Libyen était très entouré de ses gardes du corps personnels , à qui il faisait confiance , et de leur côté , étaient prêt à n'importe quoi pour leur leader . Et connaissant le personnage , il a certainement dû donner des instructions à une ou deux de ces gardes , qu'au cas où il serait blessé , ou capturé , de le tuer et ne pas les laisser le prendre vivant , chose qu'il n'aura pas supporté . DEUX ; Connaissant aussi les leaders Arabes , ils ont tous des sosies , souvent plusieurs ! Comment se fait-il qu'il n'ont pas contrôlé l'ADN du leader Libyen ? Serait-ce un de ses sosies qui a été lynché et tué , puis livré à la foule , comme ILS ont voulus nous montrer (... ) .. À suivre .

    JABBOUR André

    08 h 46, le 21 octobre 2011

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