Jadis proche du président Bachar el-Assad qu’il qualifiait d’« ami », le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui est issu de la mouvance islamiste, a condamné avec de plus en plus de virulence la répression en Syrie, jusqu’à lâcher complètement Damas et préparer des sanctions « en coordination » avec Washington. Il n’en reste pas moins, selon l’agence de presse qatarie QANA, que M. Erdogan aurait pris contact par téléphone avec M. Assad, le pressant à davantage de « maîtrise de soi », d’après un communiqué du bureau du PM turc.
Un membre du Conseil national syrien qui vit en Turquie, Halid Hodjha, a déclaré pour sa part qu’une réunion de représentants du Conseil avait eu lieu lundi à Istanbul, avec pour objectif de former un secrétariat général du Conseil.
Toujours sur le plan diplomatique, le ministre portugais des Affaires étrangères Paulo Portas a estimé hier à Alger que l’initiative de la Ligue arabe, qui a appelé à la tenue d’une « conférence de dialogue national » pour mettre fin aux violences en Syrie, « peut être constructive ». Réunie dans la capitale égyptienne, la Ligue avait appelé à une « conférence de dialogue national » d’ici à 15 jours au Caire entre le gouvernement syrien et l’opposition, pour mettre fin aux violences et « éviter une intervention étrangère ».
Par ailleurs, la Ligue syrienne pour la défense des droits de l’homme a réclamé hier dans un communiqué que le président Assad soit jugé pour « crimes contre l’humanité ».
De son côté, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero, a déclaré hier que Paris n’expulsera aucun ressortissant syrien. Il réagissait à une information donnée par le site Internet du Nouvel Observateur (tempsreel.nouvelobs.com), selon laquelle un opposant syrien, immigré clandestin ayant participé à Paris à plusieurs manifestations contre le régime Assad, était sous le coup d’un arrêté d’expulsion. « L’intéressé ayant demandé l’asile, une procédure est en cours devant l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) », a dit Bernard Valero.
Du sang, comme chaque jour...
Sur le terrain, les manifestations ont continué dans plusieurs villes, notamment à Mseifra, dans la région de Deraa, Homs, Hama, Damas, Houla, et plusieurs villes du Houran. En conséquence, quatorze personnes ont été blessées hier dans des opérations de sécurité dans le centre de la Syrie au moment où des dizaines d’autres étaient arrêtées à travers le pays, selon des militants de droits de l’homme. « Cinq personnes ont été blessées lorsque des convois de blindés ont parcouru les rues de la ville de Qousseir (région de Homs, centre), tirant sur tout ce qui bouge, notamment sur les motocyclistes », a affirmé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Qousseir est l’une des villes qui sont depuis lundi le théâtre d’affrontements entre l’armée et des soldats insoumis de l’Armée syrienne libre, au cours desquels dix soldats et un officier ont été tués, selon l’OSDH. Par ailleurs, « dans plusieurs villages de la région de Homs, neuf personnes ont été blessées dans des opérations de l’armée et des forces de sécurité qui recherchaient des hommes armés, probablement des insoumis ». Des combats similaires ont eu lieu près de la capitale, précise al-Arabiya, a ajouté l’OSDH, qui a fait état d’affrontements similaires près de la capitale.
Dans le mohafazat du rif de Damas, « plusieurs villes ont été visées hier par des opérations de sécurité, les plus féroces depuis le début de la révolution » contre le régime de Bachar el-Assad à la mi-mars, toujours selon l’Observatoire. « L’armée et les forces de sécurité imposent un blocus total et des snipers sont postés sur les toits des immeubles », poursuit la même source, précisant que « des dizaines de jeunes ont été arrêtés » dans ces villes et 25 autres à Deraa (Sud), berceau de la révolte. Toujours près de la capitale, des affrontements ont eu lieu hier entre l’armée et des déserteurs, selon la chaîne al-Arabiya.
De même à Deir ez-Zor, « les forces de l’ordre ont arrêté hier matin les militants Fadel Jabr et Jaafar Kassem dans la maison où ils étaient cachés ». De leur côté, les Comités de coordination locaux (LCC), qui chapeautent les protestataires, ont également fait part de « rafles d’envergure » dans les régions de Damas et de Homs.
Dans le Nord-Ouest, « un agent du renseignement militaire a été tué hier dans le gouvernorat d’Idleb par les balles d’un sniper (membre d’un groupe) armé positionné au sud de la ville d’Idleb », a affirmé l’OSDH, ajoutant que 15 personnes avaient été arrêtées dans la ville de Saraqeb (région d’Idleb). Au total, quatre civils auraient été tués hier par balles, dont trois lors d’une manifestation à el-Harak, près de Deraa, toujours selon l’OSDH. Selon lui, la manifestation avait été organisée dans cette localité pour protester contre l’enlèvement par les chabbiha d’un dignitaire religieux, cheikh Wajih Kaddah. Selon la chaîne al-Jazira, en revanche, le bilan serait de sept morts.
Selon l’ONU, plus de 3 000 civils ont été tués dans la répression de la contestation contre le régime syrien depuis la mi-mars.
(Sources : agences et rédaction)

