Dans une interview télévisée, le ministre Fadi Abboud a ainsi estimé que l’État ne doit pas intervenir dans la relation entre le patronat et les travailleurs, son rôle se limitant à fixer le montant du salaire minimum. Selon lui, il est aussi bien plus intéressant pour l’économie du pays de créer des emplois, plutôt que de donner 200 000 LL d’augmentation des salaires, d’autant que chaque année, il y a 20 000 nouveaux jeunes diplômés sur le marché du travail ... Il a aussi évoqué le danger de l’inflation, avant même le relèvement des salaires.
Le ministre de l’Économie Nicolas Nahas a été plus nuancé, affirmant que le gouvernement a pris ses décisions sociales après de longs débats et de délicates tractations. C’est pourquoi, selon lui, une fois la décision prise, il est difficile d’y revenir. Il a toutefois reconnu que les prix ont augmenté de 3 à 4 %.
De son côté, le ministre Ghazi Aridi, en tournée à Bint Jbeil, au Sud, a préféré rester prudent, affirmant que le problème social est bien trop profond pour être résolu en une seule décision prise en quelques jours. Il a donc estimé qu’il est normal que les solutions apportées soient partielles, mais cela n’exclut pas la nécessité d’un dialogue global et approfondi. Tout en rappelant son appui permanent aux revendications sociales, Aridi a estimé que la faiblesse actuelle de l’État, « dont nous assumons tous la responsabilité », a-t-il précisé, rend difficiles les solutions radicales...
Les députés reflètent aussi les mêmes divergences. Assem Kanso a réclamé une solution radicale au problème des salaires, assurant que si cela ne se produit pas, la situation deviendra dangereuse. Neemetallah Abi Nasr a qualifié de son côté les décisions du gouvernement d’improvisées. « En prenant ces décisions mal calculées, le gouvernement s’est placé à la merci de la rue, alors qu’il a agi rapidement par crainte de la manifestation des travailleurs », a-t-il déclaré.
Fadi Habre (député Kataëb) a été plus loin conseillant au gouvernement de démissionner, puisqu’il est en train d’échouer socialement après avoir montré son inefficacité politique en restant sous le contrôle des armes du Hezbollah. Il a aussi mis l’accent sur la faible croissance économique, la flambée des prix alors que les investissements se réduisent et que de plus en plus d’établissements se déclarent en faillite.
Même son de cloche chez le PNL qui, dans son communiqué hebdomadaire, a qualifié les décisions sociales du gouvernement de « tronquées et improvisées ». Enfin, le député de la Jamma islamiya Imad el-Hout a appelé à un dialogue national et populaire sur la situation sociale, car les conditions de vie de nombreux citoyens deviennent intolérables et méritent qu’on leur cherche des solutions loin de toute politisation...

