Le marché du mariage au Liban est estimé à plus d’un milliard de dollars.
Il paraîtrait que l’amour n’ait pas de prix. Le dicton est d’autant plus vrai au Liban où le mariage est un véritable secteur estimé à plus d’un milliard de dollars selon Karen Choueiri Yaacous, de la société Promofair. Cela fait dix ans que la spécialiste organise Wedding Folies, le Salon du mariage qui se tient chaque année au BIEL. « Nous avons créé la première édition en 2003, précise-t-elle. À l’époque, un vent d’extravagance commençait à souffler sur l’industrie du mariage. Les gens voulaient de grands événements, de la sophistication, de la folie ! » Flairant le potentiel du secteur, nombreux ont été les nouveaux acteurs à se découvrir une vocation pour un marché de plus en plus lucratif. « On comptait seulement trois grands wedding planners à Beyrouth il y a dix ans et une dizaine de professionnels dédiés aux plus petits budgets, poursuit-t-elle. Aujourd’hui, il doit en exister une cinquantaine, toutes catégories confondues. Parmi eux, plus de la moitié sont des nouveaux venus dont le métier d’origine n’est pas l’organisation de mariages. Il peut s’agir de sociétés d’animation, de DJ ou encore de traiteurs qui se sont mis à surfer sur la tendance », souligne-t-elle. C’est le cas de Fayez al-Ali, propriétaire de Narciss, fleuriste de métier. « Nous avons ouvert notre boutique en 1998. Sept ans plus tard, nous avons senti une nouvelle tendance se développer chez la jeune génération : la demande de mariages de plus en plus élaborés. En parallèle, les jeunes, souvent actifs à l’âge de leurs noces, n’ont plus le temps nécessaire pour organiser un tel événement. C’est pourquoi nous avons décidé en 2008 de nous diversifier en nous lançant comme wedding planner. » Selon certaines estimations, près de 35 000 mariages sont célébrés chaque année au Liban, dont quelque milliers de moyens et gros mariages. « Le plus petit mariage revient au minimum à 20 000 dollars, précise-t-elle. Quant au budget moyen, il varie entre 200 et 300 000 dollars. Les mariages les plus hauts de gamme peuvent quant à eux se chiffrer en millions de dollars ! » En parallèle, « un phénomène important tend à se développer depuis près de quatre ans, souligne Karen Choueiri : les organisateurs de mariages libanais sont demandés dans le monde entier. De Monaco à Cannes, en passant par les pays du Golfe, les expatriés ramènent dans leur pays la touche d’extravagance made in Lebanon ! Même si les Arabes représentent un faible pourcentage de la demande totale, les sommes investies sont énormes et peuvent parfois atteindre les 5 millions de dollars ! » Même son de cloche pour Fayez al-Ali avec des budgets certes moindres mais une clientèle étrangère non des moindres. « 70 % de notre clientèle vient de l’extérieur : des pays arabes en majorité, de la diaspora américaine et canadienne. Nous avons même organisé quatre mariages syriens durant l’été avec des budgets de l’ordre de 30 000 dollars en moyenne (...) Depuis le mois de janvier, nous avons participé à 260 mariages et en avons organisé près de la moitié soit deux fois plus que l’année dernière », précise-t-il.
Côté mets, le savoir-faire libanais est également fortement apprécié à l’étranger. Pour Henri Cattan, manager de Cat and Mouth, un des principaux traiteurs de la ville, « la clientèle arabe même si elle est irrégulière représente une part significative du chiffre d’affaires. En moyenne, nos prix varient entre 100 dollars par personne pour un repas signé Cat and Mouth et 500 dollars par tête pour des demandes plus élaborées », indique-t-il. « On a souvent des requêtes qui sortent de l’ordinaire. Il nous est arrivé de créer des réceptions au milieu d’un désert, d’ouvrir spécialement une route au milieu d’une forêt pour transporter les mets ou encore de transporter une pièce montée sur un bateau ! » Le gâteau de mariage, un détail dans l’organisation du mariage ? « Loin de là ! » répond Henri Cattan. « Comptez au minimum 500 dollars pour le dessert culte de la soirée et jusqu’à 20 000 dollars pour un lustre en pièce montée pesant tout de même 250 kg, entièrement illuminé et décoré de feuilles d’or, de cristaux Swarovski et de pas moins de 12 000 fleurs en sucre ! »
Un mariage, un lieu, un traiteur... et beaucoup d’extras !
Si le lieu et le traiteur constituent les deux postes les plus importants du budget des mariés, la liste des extras n’en est pas moins négligeable. Animation, éclairage, sonorisation, mise en beauté... La liste est longue et la facture peut facilement atteindre des sommes vertigineuses. Impossible par exemple d’imaginer le conte de fées sans la fameuse robe blanche ! Un conte de fées, certes, mais aussi un véritable business à l’instar de celui du mariage. À lui seul, le marché des robes de mariées à Beyrouth est faramineux. « Il y a trente ans, nous étions les premiers à nous lancer sur le segment du prêt-à-porter, livre Nouhad Ayoub, responsable de Pronuptia à Beyrouth. Créée en 1976 en pleine guerre, l’entreprise connut malgré les circonstances un très vif succès. » Pendant près de vingt ans, nous sommes ainsi restés l’unique enseigne de robes de mariées dans le prêt-à-porter, poursuit la responsable du magasin. Dans les années 1990, flairant le bon filon, de nouveaux acteurs sont venus s’ajouter au marché. Aujourd’hui, on compte près de 300 boutiques à Beyrouth, uniquement sur ce segment. « Le marché des robes de mariées est ainsi un grand méli-mélo de prix, de qualité et de tissus. Certaines enseignes importent leurs marchandises de Paris, d’autres de Chine, d’Indonésie ou encore de Turquie. » À cela s’ajoute la location de robes de mariées, une nouvelle tendance qui se développe... Comptez de 1 000 à 3 500 dollars pour une robe Pronuptia, les prix peuvent grimper en centaines de milliers de dollars pour une robe signée d’un grand couturier. Enfin, à quoi ressemblerait la princesse sans la coiffure qui sublime sa tenue ? Mario, propriétaire et coiffeur d’un institut de beauté à Beyrouth, considère que les coiffures de mariées ne constituent pas la majeure partie de son activité. De mai à septembre, il a coiffé 25 futures mariées et en a maquillé autant. Avec des prix allant de 250 à 1 000 dollars, la coiffure et la même fourchette de prix pour le maquillage, le propriétaire a tout de même perçu près de 25 000 dollars en cinq mois grâce uniquement à ces 25 mariées, soit environ 30 % de son chiffre d’affaires, selon ses estimations. « Le savoir-faire libanais est connu et reconnu, notre créativité et originalité fortement demandée, conclut Karen Choueiri. Le mois dernier au BIEL s’est tenu un mariage gréco-libanais (...) Les mariés ont fait reproduire une véritable acropole, fait recouvrir l’intérieur de pelouse fraîche et arrosée leur entrée par plus de 5 000 roses », raconte-t-elle. Au Liban, tout est décidément possible... à condition de payer le prix fort !


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Prière lire : Robert Malek au lieu de Robert Kamel Merci. Anastase Tsiris
07 h 20, le 16 octobre 2011