Le premier affirme que les événements de 1860 sont une tentative de torpiller « l’autonomie libanaise » en attaquant les chrétiens, notamment les maronites, alors que le second place la phase charnière de 1860 dans un contexte international, comme « réaction ottomane à la politique d’interventionnisme de l’Ouest, notamment la politique française relayée par ses alliés maronites », selon M. Abi Fadel. Il passe en revue également les ouvrages scolaires renouvelés en 1946, puis en 1970, qui choisissent de renvoyer les faits de 1860 aux ingérences des puissances de l’époque au Liban.
La matière d’histoire étant la seule à avoir été exclue du renouvellement des programmes en 1997, les informations fournies aux élèves sur 1860 s’en tiennent donc à la version (incomplète) de 1970. Version incomplète puisqu’elle occulte les facteurs internes du conflit, ainsi que les détails des événements, par crainte de « susciter les émotions, d’autant que l’histoire moderne du Liban est enseignée aux élèves de brevet, qui ont entre 13 et 15 ans », souligne M. Abi Fadel.
Du rôle des historiens
« Historiens et harmonie sont deux choses différentes », estime Ussama Makdisi (Rice University, États-Unis). « Cela ne veut pas dire que les émotions de l’historien sont inexistantes », mais son but est uniquement celui de « fournir une multiplicité d’études et de perspectives », afin que les gens de la cité puissent avoir à leur disposition une matière de lecture, « sur la base de laquelle ils évalueront ce qui est le plus important », ajoute-t-il. Mais les propos de ce jeune enseignant-chercheur ont suscité un débat, notamment parmi certains historiens plus âgés, attachés à un concept d’engagement que devrait assumer l’historien. Or le citoyen, selon la perception défendue par M. Makdisi, n’est pas de donner une réponse, mais des éléments de réponse, d’où les réserves émises sur la possibilité d’unifier la teneur du livre d’histoire.
Écrire un livre d’histoire, c’est « rendre accessibles au public toutes les versions que l’historien aura cernées », ajoute pour sa part Carla Eddé, chef du département d’histoire à l’Université Saint-Joseph et membre du comité scientifique du colloque. Soulignant le fait qu’« un manuel commun n’est pas une version commune », Mme Eddé a rappelé que l’enjeu de l’historien, « lorsque l’on tourne en rond autour d’un problème », comme c’est le cas au Liban, est de « dire les choses telles quelles, sans injures. C’est là notre principal engagement, d’abord professionnel, et notre éthique », imperméable à toute forme de censure, conclut-elle.


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Unifier ce que chaque partie a écrit ? Entente même sur l'histoire ? Ce sera non pas l'histoire, mais de l'histoire... Salade russe par excellence. Anastase Tsiris
03 h 10, le 14 octobre 2011