Gilbert Bécaud chantait L’indifférence sur une radio locale et les voitures passaient dans l’indifférence générale, les conducteurs derrière leurs lunettes noires jetant quelquefois leurs mégots de cigarette et un regard hautain et presque inhumain par leur fenêtre sur ces enfants basanés par le soleil ardent de l’été. Des enfants sur le bord de la route, filles et garçons âgés de 5 à 12 ans et qui, en haillons, guettent la première fenêtre ouverte pour faire la manche. Des 4x4 rutilants et hauts comme des camions passent, les frôlent et quelquefois, de leur hauteur démesurée comme voiture de ville, les conducteurs ne voient même pas ces enfants qui bravent la chaleur et l’humidité et les dangers d’une route toujours meurtrière dans notre pays. Je me demande si les responsables sociaux ou les membres des gouvernements successifs ainsi que les religieux de tous bords qui passent sur ce pont sont aveuglés les uns par le soleil, les autres par leurs lunettes et vitres teintées, et peut-être tous par leur esprit égoïste et « indifférent », pour ne pas voir les uns la détresse humaine et les autres la délinquance en puissance qui grandit sur ce pont de la honte. L’on se demande comment tous ces « pouvoirs » permettent qu’au Liban, des enfants soient jetés par leurs parents ou par les mafias en pâture sur les routes pour en profiter en exploitant leur enfance. Un crime qui doit être puni par la loi, par la morale et par la conscience. Tous les jours que Dieu a faits, quand je passe par ce pont, j’espère de tout cœur ne plus voir ces enfants innocents dans ces lieux, et tous les jours je suis détrompé dans mon attente. Et chaque jour, je me promets d’écrire pour alerter l’opinion sur ce fait qui est contraire à l’humanité, qui est dégradant pour nous tous, déshumanisant notre peuple et notre pays. Je ne suis pas saint Martin pour couper mon manteau et pour le donner aux pauvres. On ne demande à personne de le faire, mais on demande aux responsables politiques et moraux d’agir et d’envoyer leurs patrouilles recueillir ces enfants pour les confier à une assistance publique et punir les parents et/ou la mafia qui les exploitent. J’espère que les pouvoirs publics et organisations humanitaires viendront en aide à ces enfants et que la justice sévira contre les esclavagistes des temps modernes. Des enfants qui ont droit à une attention et une éducation comme tous les autres enfants de notre pays. Que ceux qui sont indifférents nous excusent de nous être indignés de ne pas être civilisés.
Joseph W. ZOGHBI


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