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Nos lecteurs ont la parole

Une journée à Paris

Par Myriam FARHOUD
Tout commence à 7 heures du matin par le cri strident du réveil qui déchire le silence d’une chambre de bonne au sixième étage sans ascenseur.
La tête dans les nuages en train de me préparer un café au lait pour émerger d’une nuit de sommeil entrecoupé par le brouhaha des nuitards.
Un petit déjeuner pris sur le pouce, à la va-vite pour rapido atterrir dans un métro bourré de monde comme chaque matin. Dans la rame, les passagers s’ignorent et font semblant de traficoter leur téléphone portable pour fuir les regards indiscrets d’autres passagers. Il y a ceux qui se font passer pour Sartre avec leur recueil sur la crise économique et le rôle de la religion dans l’existence universelle de l’individu.
Parmi ceux-là se faufilent une bande de voleurs, de préférence mineurs, redoutables. Ils sévissent avec dextérité, au nez et à la barbe des agents de sécurité de la RATP. Les habitués de la ligne baissent plus bas que terre leur tête et étreignent un peu plus fort leurs sacs. Une fois la traversée métropolitaine franchie sans accroc, un autre parcours du combattant débute, qui consiste à éviter les différents excréments, liquides comme solides, qui jonchent les trottoirs parisiens. Je slalome à droite à gauche pour déjouer les pièges inéluctables de la vie trépidante parisienne. Et si, par inadvertance, je marche sur une crotte de chien, je peux toujours me consoler et me considérer comme chanceuse. Parce que, selon la tradition, cela veut dire tout bonnement que ma journée sera placée sous le signe de la chance !
Au bureau, les visages des collègues sont fermés ; ils dénoncent la corruption, les conditions de travail, la crise économique. Calculette en main, ils s’ingénient à évaluer le montant de leur prime de fin d’année sans perdre de vue la destination de leurs prochaines vacances.
Déjeuner pris entre deux bousculades pour s’emparer d’une place assise autour d’une table bancale.
Il est 17 heures, fin du service, course vers la première bouche de métro, les rames vont bientôt exploser vu le nombre excessif des passagers qui jouent des coudes.
L’air est suffocant, des odeurs de sueur mélangées à d’autres relents indéterminés enveloppent l’habitacle, un haut-le-cœur me secoue les tripes. Je tiens tant bien que mal ; encore deux stations et c’est le salut.
Je débarque sur la terre ferme, je gravis, satisfaite, le trottoir pour me faire renverser par un cycliste qui confond chaussée et trottoir. Je me redresse et contemple mon chauffard, lequel continue sa course effrénée jusqu’à probablement l’obtention du prix du « marathon public du Vélib par tous les temps, et sur toutes les pistes cyclables envisageables ».
Que faire ? Éclater en sanglots ou insulter le cycliste pour son manque de civisme ?
Je risque peut-être de me donner en spectacle et être la risée de tout le monde, ou pire encore subir un passage à tabac par celui qui s’arroge tous les droits comme celui d’accaparer les places piétonnes. À quoi bon ?
Je rentre indemne chez moi pour ainsi dire recommencer une autre journée à Paris.
Tout commence à 7 heures du matin par le cri strident du réveil qui déchire le silence d’une chambre de bonne au sixième étage sans ascenseur. La tête dans les nuages en train de me préparer un café au lait pour émerger d’une nuit de sommeil entrecoupé par le brouhaha des nuitards.Un petit déjeuner pris sur le pouce, à la va-vite pour rapido atterrir dans un métro bourré de monde comme chaque matin. Dans la rame, les passagers s’ignorent et font semblant de traficoter leur téléphone portable pour fuir les regards indiscrets d’autres passagers. Il y a ceux qui se font passer pour Sartre avec leur recueil sur la crise économique et le rôle de la religion dans l’existence universelle de l’individu. Parmi ceux-là se faufilent une bande de voleurs, de préférence mineurs, redoutables. Ils sévissent avec...
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